Avec le temps, l’infection chronique par le virus de l’hépatite B (VHB) peut entraîner une fibrose hépatique, une cirrhose, un carcinome hépatocellulaire et, dans certains cas, la nécessité d’une transplantation hépatique. Toutefois, certaines personnes peuvent rester en bonne santé pendant de nombreuses années — voire toute leur vie — sans traitement. Les recommandations thérapeutiques actuelles concernant l’hépatite B préconisent généralement d’initier un traitement antiviral uniquement lorsque des signes d’inflammation ou de lésions hépatiques sont présents, tels qu’une élévation du taux d’alanine aminotransférase (ALT) ou une fibrose significative. Cependant, un nombre croissant de cliniciens plaident en faveur d’un élargissement des critères d’accès au traitement. Les auteurs ont cherché ici (Lim, Y.-S., & al., The Lancet Gastroenterology & Hepatology, 2025) à évaluer l’efficacité d’un traitement antiviral précoce dans la prévention des événements indésirables (ÉI) hépatiques graves chez des personnes atteintes d’hépatite B chronique (HBC) non cirrhotique, présentant une virémie modérée ou élevée mais des concentrations d’ALT normales ou légèrement élevées et aucune atteinte hépatique apparente.
Cette étude fait partie d’un essai plus large appelé « ATTENTION », essai contrôlé randomisé en cours, mené dans 22 centres situés en Corée du Sud et à Taïwan. Des adultes âgés de 40 à 80 ans, atteints d’HBC non cirrhotique (pas de développement de cirrhose), présentant une concentration d’ADN du VHB sérique comprise entre 4-8 log₁₀ UI/mL (virémie haute à modérée), et des concentrations (normales ou légèrement élevées) d’ALT < 70 U/L chez les hommes et < 50 U/L chez les femmes, ont été recrutés et randomisés (1:1) pour recevoir :
- soit du ténofovir alafénamide (TAF, commercialisé sous le nom de Vemlidy) par voie orale (25 mg par jour),
- soit aucun traitement antiviral (groupe dit d’« observation »).
Le critère de jugement principal (analysé dans la population en intention de traiter, ITT) était un critère composite – à savoir un critère qui prend en considération simultanément plusieurs événements cliniques, comprenant :
- le carcinome hépatocellulaire (CH),
- la décompensation hépatique ou perte de la fonction hépatique (par exemple, survenue de complications liées à l’hypertension portale ou http – provoquée par la cirrhose, telles qu’une ascite, des varices gastro-œsophagiennes, ou évaluation de la sévérité de la cirrhose avec un score de Child-Pugh ≥7),
- la transplantation hépatique,
- ou le décès, toutes causes confondues.
La « population de sécurité » comprenait tous les participants randomisés ayant reçu au moins une dose du traitement à l’étude. Cette étude se déroule sur 12 ans (2019-2031) et la première analyse intermédiaire démarre quatre ans (2023) après l’inclusion du premier participant – à A4 (année 4). L’étude est enregistrée sur ClinicalTrials.gov sous le numéro NCT03753074.
Résultats : taux d’incidence de 0,33 vs. 1,57 pour 100 PA (groupe TAF vs. groupe d’observation)
Entre le 8 février 2019 et le 17 octobre 2023 (date de clôture pour la première analyse intermédiaire), 798 personnes ont été dépistées et 734 ont été randomisées – plus précisément 369 dans le groupe TAF et 365 dans le groupe observation. Après un suivi moyen de près de 17,7 mois, le critère composite principal est survenu chez 11 participants : deux dans le groupe ténofovir alafénamide (tous deux des cas de carcinome hépatocellulaire) et neuf dans le groupe observation (sept carcinomes hépatocellulaires, une décompensation hépatique et un décès), correspondant à un taux d’incidence de 0,33 pour 100 personnes-années (PA) dans le groupe TAF et de 1,57 pour 100 PA dans le groupe observation (rapport de risque (RR) = 0,21 ; p=0,027). La différence entre les deux groupes n’a pas dépassé les seuils prédéfinis permettant un arrêt anticipé de l’essai. Des ÉI, à l’exclusion des événements correspondant au critère principal, ont été rapportés chez 23 participants (6 %) du groupe TAF et chez 24 participants (7 %) du groupe observation.
Interprétation
Les résultats de cette analyse intermédiaire suggèrent qu’un traitement précoce par TAF peut réduire le risque d’ÉI graves liés au foie, comparativement à l’observation seule, chez des adultes atteints d’HBC non cirrhotique, présentant une virémie modérée ou élevée, mais des concentrations d’ALT normales ou légèrement élevées. Bien que ces résultats doivent être confirmés par d’autres analyses futures, ils suggèrent que les recommandations actuelles pourraient être élargies afin de permettre un traitement antiviral précoce chez les patients ayant une charge virale modérée ou élevée du VHB, indépendamment des concentrations d’ALT.
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