Les contraintes liées à l’insécurité alimentaire, à la consommation de substances, aux troubles mentaux, au racisme structurel, à l’incarcération et au manque d’accès à un entreposage sûr des médicaments sont exacerbées chez les personnes en situation d’itinérance, entraînant finalement une diminution des taux de suppression virologique du VIH dans cette population. Par exemple, à San Francisco, seulement 27 % des personnes en situation d’itinérance et 64 % des personnes utilisatrices de drogues par injection affichaient une suppression virale en 2021, en comparaison avec 73 % pour les personnes logées vivant avec le VIH (Department of Public Health Communications, City and County of San Francisco, Rapport, 2022). Les antirétroviraux à longue durée d’action (ARV-LA) pourraient représenter une solution et ainsi offrir des avantages significatifs aux personnes utilisatrices des drogues et aux personnes en situation d’itinérance confrontées justement à des obstacles structurels et psychosociaux en ce qui a trait à l’adhésion à la thérapie antirétrovirale (TAR) ou à la prophylaxie préexposition au VIH (PrEP) orale quotidienne, mais l’utilisation des ARV-LA dans ces populations n’a pas encore été explorée.
Clinique communautaire à bas seuil d’accessibilité
Dans cet article de Mehtani, N. J., & al. (JAIDS, 2024), l’application de la TAR-LA (thérapie antirétrovirale à longue durée d’action) et de la PrEP-LA (PrEP à longue durée d’action) a été évaluée au sein d’une population itinérante à San Francisco, qui fréquentait le Centre de ressources en santé Maria X. Martinez (MXM), une clinique communautaire à accès libre ou à bas seuil d’accessibilité (sans rendez-vous). En raison des difficultés liées à la gestion des rendez-vous dans le contexte de l’itinérance, le centre MXM utilise en fait un modèle de clinique à accès libre sans rendez-vous, grâce auquel les patients peuvent accéder sur place aux soins médicaux et de santé comportementale, aux analyses de laboratoire et à d’autres services, et ce, 8 heures par jour, 6 jours par semaine. Un modèle de soins multidisciplinaires a été développé pour fournir la TAR-LA et la PrEP-LA aux patients éligibles rencontrant des difficultés d’adhésion aux traitements oraux. Dans le cadre de ce programme (appelé « WPIC Long-Acting Antiretrovirals Program »), les patients du MXM vivant avec le VIH, n’étaient pas requis de présenter une charge virale supprimée avant l’initiation des injections. La TAR-LA consistait en des injections de cabotégravir et de rilpivirine (CAB + RPV) et la PrEP consistait en des injections de cabotégravir (CAB). La faisabilité de ce programme a donc été évaluée en examinant les taux de virémie du VIH et les injections effectuées dans les délais chez les patients recevant des ARV-LA au cours des 24 premiers mois de mise en œuvre du programme.
94 % des PVVIH ont atteint la suppression virale
Entre novembre 2021 et novembre 2023, 33 patients ont démarré la TAR-LA ou la PrEP-LA. D’après les données de l’étude, l’âge moyen des individus était de 37 ans, 27 % vivaient en situation d’itinérance, 52 % utilisaient des refuges, 30 % présentaient un trouble de la consommation d’opioïdes et 82 % vivaient avec un trouble de la consommation de méthamphétamine. 18 patients PVVIH ont reçu des injections de CAB + RPV (parmi eux, quatre ont aussi reçu du lénacapavir LEN), et parmi eux, 14 ont initié des injections de TAR-LA alors qu’ils présentaient une virémie détectable (avec un taux moyen de CD4 de 340 cellules/mm3 et une charge virale moyenne en log10 de 3,53). Huit personnes n’avaient jamais été précédemment supprimées viralement, et toutes sauf une (94 %) ont atteint ou maintenu la suppression virale (< 30 copies/mL). Parmi les 15 patients sous PrEP-LA (injections de CAB), tous sont restés séronégatifs. Sur les 224 injections administrées au total, 8 % ont été retardées de plus de 7 jours. En conclusion, selon les auteurs, l’instauration et la mise en place d’un programme fournissant des ARV-LA est réalisable dans des environnements cliniques à bas seuil peu contraignants, desservant des personnes en situation d’itinérance vulnérables. L’élargissement de tels programmes sera crucial pour mettre fin à l’épidémie de VIH.
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