Les thérapies médicamenteuses du trouble lié à l’usage d’opioïdes (TMTUO, ou MOUD en anglais) sont efficaces, mais les personnes hospitalisées présentant un trouble lié à l’usage d’opioïdes (TUO ou TLUO) reçoivent rarement ces traitements pendant leur hospitalisation et sont peu souvent orientées vers une prise en charge à leur congé de l’hôpital. Cette étude (Ober, A. J., & al., JAMA Internal Medicine, 2025) visait à évaluer si un service de consultations axé sur les dépendances, mis en place dans des hôpitaux pour les patients hospitalisés présentant un TUO, appelé le Substance Use Treatment and Recovery Team (START), permettait d’augmenter l’initiation aux TMTUO pendant l’hospitalisation ainsi que d’améliorer le lien avec les soins après la sortie de l’hôpital.
Cet essai clinique randomisé en ratio 1:1 a réparti les participants entre l’intervention START et les soins usuels ou traditionnels. L’étude a été menée entre novembre 2021 et septembre 2023 dans trois hôpitaux situés dans trois villes des États-Unis : Los Angeles (Californie), Albuquerque (Nouveau-Mexique) et Springfield (Massachusetts). Le dernier suivi a eu lieu en décembre 2023. Les personnes éligibles étaient âgées de 18 ans ou plus et répondaient aux critères diagnostiques du TUO.
Le programme START mené à partir de l’hôpital – qui est en fait une équipe interprofessionnelle spécialisée dans l’usage de substances pour guider les patients vers le traitement et le rétablissement, comprend un médecin spécialiste en dépendances et un coordonnateur de soins (travailleur social ou gestionnaire de cas). Les critères de jugement principaux étaient la proportion de patients :
- (1) initiant un TMTUO — naltrexone (antagoniste des opioïdes), buprénorphine ou méthadone (traitement par agonistes opioïdes, TAO) — au cours de l’hospitalisation (selon les données du dossier médical électronique),
- (2) établissant un lien effectif avec un TMTUO dans les 30 jours suivant la sortie de l’hôpital (selon l’autodéclaration du patient).
L’équipe START réalise des évaluations diagnostiques, formule des recommandations cliniques, assiste à la mise en œuvre des plans de traitement, établit des plans de congé de l’hôpital axés sur le TUO, facilite la liaison avec les soins après la sortie, et assure un suivi téléphonique pendant un mois. Le coordonnateur de soins et le médecin spécialiste en dépendances élaborent un plan de mise en place d’un traitement fondé sur des données probantes pour le TUO (TMTUO), pendant l’hospitalisation et après la sortie. Le médecin spécialiste facilite l’initiation du traitement par médicaments.
Résultats : l’inititation au TMTUO plus élevée dans le groupe START
Au total, 325 participants ont donné leur consentement et ont été randomisés pour recevoir :
- soit l’intervention START (n = 164),
- soit les soins usuels ou courants (n = 161).
L’âge médian était de 41 ans (32–50 ans). 213 participants (65,5 %) étaient de sexe masculin à la naissance, 28 (8,6 %) étaient Amérindiens ou autochtones de l’Alaska, 21 (6,5 %) étaient Noirs, 156 (48,0 %) étaient Hispaniques, et 125 (38,5 %) étaient Blancs. Plus de la moitié, à savoir 175 (53,8 %), avaient vécu sans domicile fixe au cours de l’année précédente, et 163 (50,2 %) étaient sans emploi.
Les participants du groupe START étaient significativement plus nombreux que ceux du groupe soins usuels :
- à initier un TMTUO pendant l’hospitalisation – 94/164 (57,3 %) contre 43/161 (26,7 %) avec un rapport de risque ajusté (RRa) de 2,10 ;
- à établir un lien avec une prise en charge du TUO après le congé de l’hôpital – 90/125 (72 %) contre 50/104 (48,1 %), avec un RRa de 1,49.
Dans les deux groupes, 90 patients (sur 137) ayant reçu un TMTUO (66 %) ont reçu de la méthadone pendant l’hospitalisation. Au total, 36 patients du groupe START (38,3 %) et 17 patients du groupe de soins usuels (39,5 %) ayant reçu un TMTUO ont reçu de la buprénorphine, tandis que 5 (5,3 %) et 1 (2,3 %) patients des groupes START et soins usuels, respectivement, ont reçu à la fois de la méthadone et de la buprénorphine. Deux patients du groupe START (1 %) et aucun du groupe de soins usuels ont reçu à la fois de la méthadone et de la naltrexone orale.
Concernant les critères de jugement secondaires, les patients du groupe START étaient significativement plus susceptibles que ceux du groupe de soins usuels à :
- disposer d’un plan de sortie axé sur le TUO – 81/164 (49,4 %) vs. 44/161 (27,3 %), respectivement (aRR = 1,8) ;
- initier ou poursuivre un TMTUO après le congé de l’hôpital – 65/124 (52,4 %) vs. 32/104 (30,8 %), respectivement (aRR = 1,71) ;
- consulter un professionnel de santé pour leur TUO après le congé de l’hôpital – 42/122 (34,4 %) vs. 19/104 (18,3 %), respectivement (aRR = 1,89).
Conclusion et pertinence de l’étude
Cet essai clinique randomisé conduit sur plusieurs sites, a démontré que l’intervention START menée dans les hôpitaux était supérieure aux soins usuels. Les patients ayant bénéficié de l’approche START étaient plus susceptibles de commencer un TMTUO pendant l’hospitalisation et de réussir leur transition vers une prise en charge pour un traitement après la sortie de l’hôpital.
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