L’utilisation de drogues injectables demeure un grave problème de santé publique. Les comportements associés, notamment la fréquence des actes d’injections et le partage du matériel d’injection augmentent de fait les risques d’infection par le VIH et le virus de l’hépatite C (VHC), tandis que l’approvisionnement en drogues illégales toxiques et imprévisibles accroît les risques d’empoisonnement. Au Québec, bien que les personnes utilisatrices de drogues par injection (PUDI) comptent pour environ 0,27 % de la population totale, elles représentent respectivement 13 % et 63 % des personnes vivant avec le VIH (PVVIH) et le VHC (Leclerc, P., & al., INSPQ, 2023).
Dans ce contexte et dans le cadre de sa stratégie de réduction des risques, la Ville de Montréal a mis en place quatre services de consommation supervisée (SCS) en 2017. Les services (ou sites) de consommation supervisée offrent un espace sûr, empathique et propre aux personnes qui peuvent y apporter leurs substances qu’ils peuvent utiliser sous la supervision d’un personnel formé (intervenants qualifiés). Cela permet de réduire les risques de surdoses accidentelles et la propagation de maladies infectieuses. Les SCS peuvent offrir divers services de réduction des méfaits fondés sur des données probantes, comme la vérification des drogues (voir page Web).
Montréal est la plus grande ville du Québec, avec une population d’environ 1,7 million d’habitants et 4000 PUDI (selon une estimation) à l’heure actuelle. En juin 2017, deux sites fixes (Cactus, au centre-ville de Montréal et Dopamine, dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve) ainsi qu’un site mobile (L’Anonyme) sont devenus les premiers SCS légalement approuvés dans la province. Une quatrième SCS (Spectre de Rue) a commencé ses activités en novembre 2017. Les recherches antérieures réalisées sur les SCS se sont principalement concentrées à étudier leurs impacts sur les infections virales transmissibles par le sang et la mortalité due aux surdoses. L’objectif de cette étude (Lim, J. & Panagiotoglou, D., Plos One, 2024) visait à évaluer l’impact des SCS de Montréal cette fois sur:
- l’utilisation des services de santé par les UDI présentant des infections liées à l’injection (ILI),
- ainsi que les résultats de santé reliés aux ILI dans cette population.
Méthodes
Les auteurs ont utilisé les données administratives provinciales sur la santé du Québec pour identifier les PUDI à Montréal et ont de même calculé l’incidence des ILI dans cette population entre décembre 2014 et décembre 2019. Les jeux de données incluaient respectivement les historiques des hospitalisations, des consultations médicales, des visites aux départements d’urgence (DU) et des décès. Les auteurs ont estimé l’effet des quatre SCS de Montréal sur les taux d’incidence mensuels : (1) des hospitalisations liées aux ILI, (2) des visites aux urgences, (3) des consultations médicales et (3) de la mortalité liées aux ILI. Les auteurs ont également examiné les effets des SCS sur (4) la durée moyenne des hospitalisations liées aux ILI et sur (5) l’incidence des hospitalisations nécessitant une intervention chirurgicale.
Les chercheurs ont utilisé un modèle d’étude en séries chronologiques interrompues (ou ITS, interrupted time series) pour examiner les effets des SCS de Montréal sur les données relatives aux infections bactériennes liées aux injections (IBLI) et sur l’utilisation des services de santé chez les PUDI. La période d’étude comprenait 30 intervalles mensuels « pré-intervention » (12/2014-05/2017) et 25 intervalles mensuels « post-intervention » (12/2017-12/2019).
Résultats et discussion
Voici les principales constatations :
- Après la mise en place des SCS (après juin 2017), les auteurs ont constaté une augmentation (des niveaux) des taux d’incidence mensuels des hospitalisations, que ce soit pour les infections bactériennes liées aux injections (IBLI) que pour les infections de la peau et des tissus mous (IPTM).
- Cependant, en comparaison avec la période « pré-intervention » (avant juin 2017), les chercheurs ont observé, pendant la période « post-intervention » (après novembre 2017), une tendance décroissante modérée au fil du temps dans les taux d’hospitalisations pour traiter les IBLI, et dans une moindre mesure, les visites aux urgences.
- Parallèlement, des effets positifs ont été constatés sur le niveau et les tendances (mensuelles) des consultations médicales pour les IPTM.
- Les résultats de cette étude restent cohérents avec des études antérieures menées dans d’autres régions du monde qui ont conclu à des probabilités faibles de consultations aux urgences et d’hospitalisations, mais à une probabilité légèrement plus élevée d’infections liées aux injections associées aux SCS. Cela s’explique par un diagnostic et un traitement plus précoces, ainsi qu’un soutien accru aux clients et un dépistage renforcé de ces infections.
- Les quatre SCS de Montréal n’ont pas eu d’impact sur la durée moyenne des séjours hospitaliers, mais une légère diminution a été notée dans la tendance des hospitalisations impliquant des interventions chirurgicales – que ce soit pour les IBLI et les IPTM. Selon les auteurs, ces résultats complètent également une étude antérieure sur le SCS de Vancouver, qui a conclu que les SCS arrivent à prévenir les hospitalisations longues et coûteuses pour les ILI chez les clients ayant utilisé les services des SCS (Llyod-Smith, E., & al., BMC Public Health, 2010).
Ces résultats suggèrent que les SCS pourraient avoir des effets protecteurs modestes sur les ILI qui ont des conséquences plus graves et plus coûteuses, et jouer un rôle dans la promotion de comportements précoces de recours aux soins de santé.
Pour accéder à l’article d’origine, cliquez sur ce lien.
Crédit illustration : Rachel Chung, Ontario HIV Treatment Network (voir page).
XLG
