Selon les estimations de l’Agence de la santé publique du Canada (ASPC) pour l’année 2021, la prévalence de l’infection par le virus de l’hépatite C (VHC) était estimée à environ 0,56 % dans la population générale et à 2,2 % chez les personnes immigrantes originaires de régions où le VHC est endémique. Les populations immigrantes sont affectées de manière disproportionnée par les complications liées au VHC, en comparaison avec les populations nées au Canada. Malgré l’efficacité démontrée des antiviraux à action directe (AAD), la littérature avance que les personnes immigrantes sont confrontées à des obstacles spécifiques à l’accès aux soins et à l’engagement dans les parcours de santé, du fait : d’un faible niveau de compréhension du système de soins, de difficultés socioéconomiques, des barrières linguistiques et culturelles, autant d’obstacles susceptibles de restreindre leur capacité à bénéficier pleinement du traitement.
Dans cette étude (Fan, S., & al., Journal of Viral Hepatitis, 2025), les chercheurs ont évalué les caractéristiques et les données thérapeutiques des immigrants au Canada présentant une infection par le virus de l’hépatite C (VHC), qui ont été pris en charge en vue d’un traitement antiviral, et ce, en portant une attention particulière sur le délai entre l’arrivée au Canada et l’engagement dans les soins liés au VHC, et sur la période de mise à disponibilité des AAD.
Une analyse de cohorte rétrospective a été réalisée à partir des dossiers médicaux des patients diagnostiqués positifs pour l’ARN du VHC (ARN-VHC), évalués au sein du Programme d’hépatite virale de l’Hôpital d’Ottawa (The Ottawa Hospital Viral Hepatitis Program), et ce, entre août 1997 et mars 2025. Sur 2620 patients, 2057 (78,5 %) étaient nés au Canada, et 563 (21,5 %) étaient des immigrants (nouveaux arrivants).
Résultats de l’étude
Les principales populations d’immigrants provenaient de l’Afrique subsaharienne (30 %), de l’Europe (24,8 %), du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord (13,2 %), ainsi que des Amériques (13,2 %). En comparaison avec les patients nés au Canada, une proportion plus faible d’immigrants présentait des antécédents de consommation excessive d’alcool – 26,3 % vs. 65,2 %, d’incarcération – 16,7 % vs. 56,4 %, d’usage de drogues injectables (UDI) – 22,2 % vs. 73,3 %, de consommation de drogues récréatives – 25,3 % vs. 85,1 %, et de diagnostic de trouble psychiatrique – 35,8 % vs. 71,4 %. Les immigrants recouraient moins souvent à la télémédecine pour l’évaluation en clinique d’hépatite C comparativement aux patients nés au Canada (25,3 % vs. 35,5 %). Les proportions de co-infection par le VIH (8,9 % vs. 10,2 % – immigrants vs patients nés au Canada) et le VHB (2 % vs. 1 %) étaient similaires entre les groupes. Les immigrants étaient plus susceptibles d’être infectés par un génotype 4 (20,3 % vs. 0,7 %).
Le traitement par AAD incluait l’initiation au traitement, l’achèvement du traitement (complétion), l’étape de prélèvements/analyses pour confirmer la réponse virologique soutenue (RVS) et l’obtention de la RVS. Pour chacune de ces étapes, les proportions étaient comparables entre les groupes d’immigrants et de personnes nées au Canada. Cependant, l’achèvement de l’étape de prélèvements/analyses pour confirmer la RVS était plus élevée dans la cohorte immigrante (93,6 % vs. 80,7 %, p < 0,001).
Il a été observé, sur la période d’évaluation, une amélioration marquée du délai séparant l’arrivée au Canada et la première consultation pour le VHC dans la clinique. Le délai moyen global entre l’arrivée au Canada et la première évaluation en consultation spécialisée VHC était de huit ans. Ce délai d’accès aux soins VHC montrait en effet une tendance à la baisse par intervalles de cinq ans pour la période de 1990 à 2025 – médiane en années = 23, 18, 12, 7, 3, 2, 1 (p < 0,001).
Par ailleurs, les immigrants étaient plus susceptibles d’avoir déjà été guéris par un traitement à base d’interféron (11 % vs. 4,2 %) et moins susceptibles de présenter une absence de documentation post-traitement par interféron confirmant la guérison, comparativement aux personnes nées au Canada (6 % vs. 12,5 %).
Les patients ayant immigré plus récemment présentaient des proportions élevées d’initiation au traitement par AAD (arrivée au Canada 1990–1994 : 62,3 %; 1995–1999 : 80 %; 2000–2004 : 92 %; 2005–2009 : 80 %; 2010–2014 : 90,7 %; 2015–2019 : 91,5 %; 2020–2025 : 89,3 %; p < 0,001).
Conclusion
La réduction des délais entre l’arrivée au Canada et l’engagement dans les soins spécialisés du VHC, ainsi que les taux élevés d’initiation des AAD chez les patients arrivés plus récemment, suggèrent une amélioration de la progression des immigrants le long de la cascade de soins du VHC. Ces observations reflètent des avancées positives dans la prise en charge du VHC au Canada au cours des trois dernières décennies et soulignent l’importance de maintenir les efforts visant l’élimination nationale du VHC.
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XLG
