La prophylaxie préexposition (PrEP) constitue une stratégie établie de prévention du VIH, recommandée pour les populations clés – groupes qui sont touchés de manière disproportionnée par le VIH et qui sont prioritaires dans les recommandations de prévention, y compris les utilisateurs de drogue par injection (UDI). Toutefois, les données probantes étayant son efficacité pour prévenir la transmission parentérale du VIH chez les UDI demeurent limitées. Étant donné que l’association ténofovir alafénamide / emtricitabine (TAF/FTC) n’est approuvée que pour la prévention du VIH transmis par voie sexuelle et exclut de fait les personnes exposées au risque d’infection par injection, il existe une lacune critique dans la compréhension de son utilisation potentielle au sein des UDI. Par conséquent, l’objectif de cette étude (Gautam. K., & al., Sexually Transmitted Infections, 2026) était d’évaluer la faisabilité et l’acceptabilité d’une PrEP orale quotidienne à base de TAF/FTC, prescrite pour la prévention du VIH chez des UDI présentant un trouble lié à l’usage des opioïdes (TUO), dans des programmes communautaires d’échange de seringues (PES) de la région élargie de New Haven, au Connecticut (États-Unis).
Méthodes
100 UDI ont été inclus afin de recevoir une PrEP par TAF/FTC administrée quotidiennement par voie orale, dans le cadre d’un PES. Après inclusion, les participants ont été orientés vers des examens biologiques et se sont vus fournir des comprimés de TAF/FTC pour 90 jours à l’inclusion, puis aux visites de suivi à 3 mois et 6 mois (3M et 6M). Des données comportementales et biomédicales ont été recueillies lors de chaque visite de suivi. La faisabilité a été évaluée en documentant le nombre de personnes dépistées, incluses et maintenues dans l’étude. L’acceptabilité a été évaluée à 3M et 6M à l’aide d’un questionnaire d’évaluation de l’acceptabilité comportant 10 items. Les participants ont indiqué leur degré d’accord avec les affirmations proposées sur une échelle de Likert en 4 points (1 = tout à fait en désaccord ; 4 = tout à fait d’accord). L’observance, l’initiation et les événements indésirables (ÉI) ont été évalués par auto-déclaration.
Résultats
Les 100 participants inclus ont tous complété l’entretien initial ainsi que les évaluations biologiques de base. Parmi eux : 37 seulement ont réalisé l’évaluation de suivi et les examens biologiques à 3M (soit 37 %), et 27 ont complété le suivi à 6M (soit 27 %). Les pertes de vue étaient principalement liées à l’impossibilité de recontacter les participants. Tous les participants étaient séronégatifs pour le VIH à l’inclusion (N = 100). Aucun cas incident d’infection par le VIH n’a été observé au cours de la période d’étude. Aucun cas d’infection par une ITS n’a été détecté à 3M, et un cas de syphilis a été identifié lors du suivi à 6M.
Les participants avaient un âge moyen de 43,5 ans et 63 % étaient des hommes. Voici les différentes caractéristiques de début d’étude des participants :
- 89 % ont rapporté une situation de chômage ou d’invalidité,
- 43 % ont déclaré une situation d’itinérance au cours du mois précédent,
- les participants consommaient des drogues depuis en moyenne 20 ans,
- 64 % ont rapporté des injections plus d’une fois par semaine au cours du mois précédent (37 % des injections quotidiennes),
- 36 % ont déclaré un partage de seringues,
- 72 % étaient sexuellement actifs, dont 36 % avaient des partenaires sexuels multiple, et dont 92 % d’entre eux (sur les 72) rapportaient des rapports sexuels sans préservatif,
- 4 % des participants ont été testés positifs pour des ITS autres que le VIH lors du bilan biologique initial.
Tous les participants se sont vu prescrire du TAF/FTC à l’inclusion (N = 100). Au total, au cours de toute la période d’étude, 60 participants (sur les 100) ont initié le TAF/FTC au moins une fois (que ce soit au début de l’étude, au suivi à 3M ou à 6M), tandis que 40 ne l’ont jamais initié. Parmi ceux ayant initié le TAF/FTC, 42 participants se sont fait délivrer une prescription de PrEP une seule fois, 16 deux fois, et seulement 2 ont fait renouveler leur prescription à l’ensemble des visites de suivi prévues (à 0M, 3M et 6M). En nombre d’initiations par visite (autre métrique), on peut noter que : 51 participants ont initié leur traitement par TAF/FTC à l’inclusion (0M), 16 lors de la visite de suivi à 3M et 13 lors de la visite de suivi à 6M. L’observance moyenne autodéclarée du traitement par TAF/FTC était de 68,14 % à 3M (n = 27) et de 88,37 % à 6M (n = 10).
Les résultats ont montré que l’acceptabilité globale du TAF/FTC est demeurée élevée, avec un score moyen de 3,20 à 3M et de 3,10 à 6M. 52,63 % des participants ont rapporté au moins un ÉI à 3M et 41,38 % à 6M. L’ÉI le plus fréquemment rapporté à 3M était la fatigue (18,4 %), tandis qu’à 6M, il s’agissait des nausées (17,2 %).
Discussion
Cette étude a évalué la faisabilité et l’acceptabilité du traitement TAF/FTC oral quotidien en PrEP contre le VIH chez des UDI présentant un TUO. L’initiation de la PrEP à l’inclusion a été modérée, 51 % des participants l’ayant débutée. La poursuite de la PrEP a diminué au fil du temps, avec une proportion plus faible de participants ayant retiré leur traitement à 3M et 6M. Malgré ces difficultés, l’acceptabilité de la PrEP parmi les participants ayant retiré leur traitement est demeurée élevée, suggérant que, bien que des obstacles structurels et logistiques aient limité l’utilisation prolongée de la PrEP, les participants reconnaissaient la valeur de la PrEP pour la prévention de l’infection par le VIH.
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