En Ontario, la province la plus peuplée du Canada, 84 % des décès liés aux opioïdes impliquent désormais l’utilisation de fentanyl non réglementé et de ses analogues. En effet, les drogues illégales contiennent des opioïdes puissants, tels que le fentanyl, et d’autres substances toxiques, ce qui entraîne des taux élevés de surdoses et de décès. En réponse à cette nouvelle réalité, une stratégie de santé publique à volets multiples a été mise en œuvre, comprenant l’éducation à la prévention des surdoses, la distribution de naloxone, l’administration du traitement par agonistes opioïdes (TAO) et l’élargissement de l’accès aux services de réduction des méfaits.
Parmi ces interventions, les programmes d’approvisionnement plus sécuritaire en opioïdes (prescrits) ou APSO (Safer Opioid Supply, SOS, en anglais), ont été introduits afin de réduire l’exposition à l’offre de drogues illégales toxiques et, par conséquent, de prévenir les surdoses. Ils offrent une solution de rechange aux personnes utilisatrices de drogues et peuvent les mettre en contact avec d’autres services sociaux et de santé (comme par exemple l’offre de soins primaires complets). Dans le cadre de ces programmes, des opioïdes pharmaceutiques sont prescrits — généralement sous forme d’hydromorphone à libération immédiate délivrée quotidiennement, souvent associée à des opioïdes à longue durée d’action tels que la morphine orale à libération prolongée ou la méthadone — afin de réduire le recours aux substances non réglementées.
Bien que de nombreux programmes APSO en Ontario soient implantés dans les grands centres urbains de Toronto et d’Ottawa, ces programmes ont également été déployés dans des villes de petite et moyenne taille à travers la province, notamment dans la ville de taille intermédiaire de Kitchener. L’objectif principal des programmes APSO est de réduire les surdoses mortelles et non mortelles liées à l’approvisionnement continuel en drogues toxiques. Cette étude (Kolla, G., & al., International Journal of Drug Policy, 2026) a évalué les changements dans la prévalence des surdoses non fatales au cours des six mois suivant l’initiation d’un programme APSO chez des participants à Kitchener–Waterloo.
Méthodes
Cette étude de cohorte observationnelle repose sur des données recueillies par le Sanguen Health Centre. Le Sanguen Health Centre a conçu un court questionnaire, administré aux participant·e·s lors de leur admission au programme (mesure de référence, « baseline »), puis de nouveau après six mois de participation, afin d’évaluer les effets du programme et de soutenir l’amélioration continue de la qualité. Les données ont été collectées entre juillet 2021 et octobre 2023. Les participant·e·s ont été interrogé·e·s sur leur consommation de substances, leur état de santé et leur bien-être social global. Les critères d’inclusion comprenaient l’ensemble des personnes admises au programme APSO entre juillet 2021 et octobre 2023, et ayant reçu au moins une prescription de médicaments (opioïdes pharmaceutiques) dans ce cadre.
Le critère de jugement principal était la prévalence des surdoses au cours des six derniers mois. Celle-ci était définie à partir de la réponse à la question « Avez-vous fait une surdose au cours des six derniers mois ? » (oui/non) ; pour les personnes ayant répondu par l’affirmative, une question de suivi portait sur le nombre de surdoses survenues durant cette période. Des questions similaires ont été posées au moment de l’évaluation initiale (baseline) puis lors du suivi à six mois pour un ensemble de critères, incluant : le recours aux services d’urgences; une hospitalisation d’au moins une nuit; un contact avec les services policiers ou une arrestation; une incarcération d’au moins une nuit; l’expérience d’itinérance; des difficultés à obtenir une alimentation suffisante ou à subvenir aux besoins essentiels; la participation à des activités criminalisées pour financer l’achat de substances et enfin, le recours au travail du sexe pour financer l’achat de substances. Les participant·e·s ont également été invité·e·s à autoévaluer leur état de santé physique et mentale global à l’aide d’une échelle en 5 points.
Résultats
À l’inclusion, 162 participant·e·s ont été recruté·e·s, parmi lesquel·le·s 100 (62 %) ont complété une visite de suivi à six mois après l’enrôlement, tandis que 62 (38 %) ont été perdu·e·s de vue ou n’ont pas complété le questionnaire de suivi. À l’inclusion, 73 % (n = 72) des participant·e·s avaient vécu au moins un épisode d’itinérance d’une nuit ou plus au cours des six derniers mois, et 31 % (n = 30) avaient été hospitalisé·e·s pour une ou plusieurs nuits. Par ailleurs, 15 % (n = 15) avaient été incarcéré·e·s au cours des six mois précédents, tandis que 35 % (n = 35) avaient eu un contact avec les services policiers ou avaient été arrêté·e·s.
La prévalence des surdoses au cours des six derniers mois à l’inclusion était de 60 %, et a diminué de manière significative à 15 % au suivi (valeur de p < 0,001). Le nombre total d’événements de surdose était de 291 à l’inclusion et de 20 au suivi. Le taux d’incidence pour 100 personnes-mois a également diminué de façon significative, passant de 48,5 à l’inclusion à 3,3 au suivi. Les différences de prévalence des surdoses entre l’inclusion et le suivi étaient significatives pour la majorité des variables indépendantes.
Lors de la comparaison entre les participants ayant présenté une surdose et ceux n’en ayant pas présenté, les personnes ayant des antécédents d’incarcération étaient plus susceptibles d’avoir fait une surdose. Dans le modèle de régression utilisé, les auteurs ont observé un rapport de cotes (RC) de 0,15 au suivi par rapport à la ligne de base et le RC ajusté était de 0,17, indiquant une réduction de 83 % des probabilités de surdose.
Conclusion
Dans cette étude prospective menée auprès de personnes inscrites à un programme APSO dans le sud-ouest de l’Ontario, les chercheurs ont pu observer que la réception d’une prescription de substances de moindre risque (ou substances réglementées) était associée à une réduction du risque de surdose non fatale chez les participants.
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XLG
Illustration issue du rapport du Drug Policy Research Network.
