Le Canada continue de faire face à une crise des surdoses et des intoxications causées par les drogues, marquée par plus de 36 400 décès enregistrés entre 2016 et 2022. La crise a été aggravée par la pandémie de COVID-19 : en effet, le nombre de décès par intoxication aux drogues est passé d’environ 3700 en 2019 à plus de 7300 en 2022. Les décès liés aux drogues au Québec ont atteint un sommet en 2020 en restant élevés en 2021, et les opioïdes comme le fentanyl sont de plus en plus impliqués. Alors que les benzodiazépines classiques glissent vers de nouvelles formulations, les décès liés aux amphétamines/méthamphétamines augmentent également depuis 2012.
L’étude visait à décrire ici (Do, U., & al., Drug and Alcohol Review, 2024) les taux et les résultats toxicologiques des décès par intoxication non intentionnelle aux opioïdes et aux stimulants, pour la période allant de 2012 à 2021. Le jeu de données comprenait les décès accidentels déterminés par le coroner comme étant dus aux opioïdes ou aux stimulants. Les chercheurs ont calculé et analysé les taux de mortalité bruts annuels et décrit les combinaisons de drogues identifiées lors des examens toxicologiques des décès. Les chercheurs ont limité l’analyse des données toxicologiques (dans 11 catégories) aux opioïdes (héroïne, méthadone, opioïdes naturels et semi-synthétiques, opioïdes synthétiques), stimulants (cocaïne, amphétamine/méthamphétamine), benzodiazépines (y compris les nouvelles benzodiazépines), gabapentinoïdes et médicaments z (zolpidem, zopiclone). Ces classes ont été sélectionnées en raison de leur rôle disproportionné dans les décès par empoisonnement accidentel.
Selon les résultats, entre le 1er janvier 2012 et le 31 décembre 2021, le bureau du coroner du Québec a examiné 2853 décès non intentionnels dus (à la consommation) aux opioïdes (1647 cas) et aux stimulants (1206 cas). Les hommes représentaient 73 % (n = 2083) des personnes décédées, et l’âge médian était de 45 ans.
Les taux de mortalité ont augmenté au fil du temps, atteignant leur pic en 2020 et restant élevés en 2021 :
- Pour les décès dus aux opioïdes, les taux annuels ont augmenté lentement entre 2012 et 2017, passant de 1,5 pour 100 000 à 2,2 pour 100 000, puis ont légèrement diminué en 2018 et 2019 à 1,8 pour 100 000. Les taux ont augmenté en 2020 pour atteindre leur point le plus élevé, 2,7 pour 100 000, et sont restés élevés en 2021 (2,4 pour 100 000).
- Il y avait une tendance à la hausse des décès dus aux stimulants, avec des taux plus élevés pour la cocaïne que pour l’amphétamine/méthamphétamine. Les taux les plus élevés ont été observés en 2020, avec 2,2 décès pour 100 000.
En ce qui concerne les décès dus aux opioïdes :
- les opioïdes pharmaceutiques ont été retrouvés dans la majorité (77 %) des décès dus aux opioïdes ;
- le fentanyl et les nouveaux opioïdes synthétiques ont été détectés dans environ un quart des décès ;
- les benzodiazépines ont été détectés dans plus de la moitié (56 %) d’entre eux ;
- la cocaïne dans 37 % des cas ;
- et le nombre moyen de catégories de drogues présentes était de trois.
En ce qui concerne les décès dus aux stimulants :
- la cocaïne a été détectée dans 63 % des décès dus aux stimulants ;
- l’amphétamine/la méthamphétamine a été retrouvée dans 53 % des décès ;
- et il y avait moins de consommation concomitante de substances par rapport aux décès dus aux opioïdes;
- le nombre moyen de catégories de drogues détectées était de deux.
Fentanyl et nouveaux opioïdes synthétiques
Parmi les décès dus aux opioïdes, les opioïdes pharmaceutiques ont toujours prédominé, mais avec une tendance apparente à la baisse depuis 2018. La proportion de décès avec détection de fentanyl et d’autres nouveaux opioïdes synthétiques a fluctué depuis 2012, les proportions les plus élevées ayant été observées en 2020 (38 %) et en 2021 (52 %). La proportion de décès par opioïdes avec détection de méthadone a fluctué entre 11 % et 22 %, les proportions les plus élevées étant observées ces dernières années. La proportion la plus faible de décès par opioïdes avec détection de cocaïne a été observée en 2016, à 24 %, et la plus élevée était de 51 %, enregistrée en 2021. La proportion de décès par opioïdes avec détection d’amphétamine/de méthamphétamine a augmenté au fil du temps, atteignant 41 % des décès par opioïdes en 2021. Les benzodiazépines ont été prévalentes tout au long de la période d’observation (dans les décès dus aux opioïdes), mais avec un passage des benzodiazépines classiques à de nouvelles formulations (augmentation des nouvelles benzodiazépines à partir de 2019). En 2021, de nouvelles benzodiazépines ont été détectées dans 41 % des décès dus aux opioïdes, atteignant presque la proportion de benzodiazépines classiques (44 %, en baisse par rapport à 61 % en 2012).
La cocaïne a toujours été la drogue la plus fréquemment détectée dans les décès dus aux stimulants, mais elle est passée de 80 % des décès en 2012 à 58 % des décès en 2021. En revanche, la proportion de décès avec détection d’amphétamine/méthamphétamine a augmenté de 30 % en 2012 à 62 % en 2016, a plafonné autour de 50 % des décès dus aux stimulants chaque année de 2017 à 2020, avant d’augmenter de nouveau à 62 % en 2021.
Conclusion
Les chercheurs ont pu identifier une augmentation nette des taux de mortalité due aux opioïdes et aux stimulants, ainsi que des changements dans les types de drogues détectées dans les résultats toxicologiques des décès. Ces résultats concordent avec d’autres sources de données pour le Québec et Montréal, notamment avec l’augmentation des visites aux urgences pour intoxication aux opioïdes et l’augmentation des interventions d’urgence dans les sites de consommation supervisée. Ces données indiquent que le Québec pourrait être aux premières étapes d’une transition vers des taux de plus en plus élevés d’intoxications mortelles dues aux drogues, comme cela s’est produit dans d’autres provinces canadiennes. Un changement clé est la présence fortement accrue de fentanyl et de nouveaux opioïdes synthétiques dans les décès par intoxication aux opioïdes depuis 2020. Les données présentées ici montrent que le fentanyl et les nouveaux opioïdes synthétiques sont en voie de devenir les substances les plus fréquemment détectées dans les décès par intoxication aux opioïdes dans un avenir proche
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