Gilead Sciences a présenté des résultats concernant un traitement contre le VIH combiné administré par injections semestrielles, intégrant un antirétroviral et des anticorps neutralisants à large spectre (bNAbs), lors de la Conférence sur les rétrovirus et les infections opportunistes (CROI 2025). En janvier 2025, la FDA avait d’ailleurs accordé la désignation de « Breakthrough Therapy » (traitement révolutionnaire) en ce qui concerne cette association innovante alliant le lénacapavir (LEN) à deux bNAbs, à savoir dans ce cas-ci le téropavimab (GS-5423, TAB) et le zinlirvimab (GS-2872, ZAB) – voir communiqué. Cette désignation vise à accélérer le développement de nouveaux traitements susceptibles d’apporter une amélioration significative par rapport aux options thérapeutiques existantes. L’association LEN+TAB+ZAB – appelée LTZ, présente un potentiel unique en tant que premier schéma thérapeutique combiné à action prolongée, nécessitant seulement deux administrations par an (injections semestrielles). Ces résultats d’étude de phase 2 viennent confirmer ceux qui avaient été auparavant rapportés en lien avec l’étude de phase 1b (NCT04811040) lors des événements CROI 2023 et CROI 2024 (voir publication dans The Lancet). En effet, la combinaison de LEN, TAB et ZAB avait réussi à maintenir la suppression virologique pendant 6 mois chez 18/20 personnes vivant avec le VIH-1 (ARN-VIH-1 < 50 copies/mL) – dont les souches virales étaient hautement sensibles aux bNAbs.
Pour information, le téropavimab (GS-5423) est dérivé du bNAb appelé 3BNC117 qui cible le site de liaison CD4, que le virus utilise pour pénétrer dans les cellules. Le zinlirvimab (GS-2872) est dérivé du bNAb 10-1074, qui se lie à la boucle V3 située sur la gp120 à la surface du VIH. Les deux bNAbs ont en effet été modifiés pour que leur demi-vie dans le corps soit prolongée et de fait permettre une administration moins fréquente. Des recherches antérieures ont montré qu’environ la moitié des sous-types B du VIH (le type le plus courant aux États-Unis et en Europe) sont hautement sensibles à ces deux anticorps, tandis que plus de 90 % sont sensibles à au moins un des deux anticorps.
Description et résultats de l’étude
L’étude de phase 2 présentée ici (NCT05729568), menée en mode ouvert, a évalué l’efficacité et la tolérance du traitement LTZ, en comparant des adultes ayant effectué une transition vers LTZ administré tous les six mois (1) à ceux ayant poursuivi leur traitement antirétroviral oral quotidien de référence (2). 80 participants dont les souches du VIH présentaient une forte sensibilité au TAB et au ZAB ont été inclus dans l’analyse. Tous les participants avaient une charge virale indétectable (< 50 copies/mL), étaient sous un traitement antirétroviral oral quotidien standard stable depuis au moins un an.
Comparée à l’essai de phase I, cette étude incluait une population plus diversifiée. Bien que la majorité des participants (85 %) étaient des hommes, plus d’un tiers étaient Noirs et un quart étaient Latinos. L’âge médian était d’environ 51 ans. Les participants présentaient une fonction immunitaire bien préservée, avec un nombre moyen de CD4 à l’inclusion de 749 cellules/μL.
Après le dépistage de la sensibilité aux anticorps, 53 participants ont été randomisés pour passer au traitement LTZ (1), tandis que 27 ont poursuivi leur traitement antirétroviral oral quotidien (2). Le groupe ayant changé de traitement a en fait reçu :
- une dose de charge de LEN (600 mg) oral les deux premiers jours – à J1 et J2,
- des injections sous-cutanées de LEN (927 mg) tous les six mois – à J1 et M6,
- des perfusions intraveineuses de TAB (2550 mg) et de ZAB (2550 mg chacun) tous les six mois – à J1 et M6.
Le taux de réponse était globalement élevé, avec : 96 % des personnes dans les deux groupes de traitement ayant maintenu la suppression virale à S26 – à savoir 96,2 % dans le groupe LTZ (n=51/53) et 96,3 % dans le groupe traitement standard quotidien (n=26/27). Les concentrations de LEN, TAB et ZAB sont restées bien au-dessus des niveaux thérapeutiques au fil du temps. Les comptes de cellules CD4 ont également augmenté entre le moment à l’inclusion et S26 dans les deux groupes, avec une variation moyenne de +23/μL (143) sous LTZ et +69/μL (203) sous SBR.
Les effets indésirables (EI) les plus courants sous traitement LTZ étaient des réactions au site d’injection, associées à l’administration sous-cutanée de LEN, mais étaient de manière générale de grade 1. Aucun effet indésirable grave lié à a combinaison LTZ n’a été observé, et aucune réaction à la perfusion n’a été signalée avec TAB ou ZAB. Dans le bras traitement antirétroviral standard, un participant a interrompu l’étude en raison d’un effet indésirable grave lié au traitement.
Conclusion
Chez les personnes vivant avec le VIH-1 hautement sensibles aux deux bNAbs, l’option de traitement LTZ à action prolongée administrée tous les six mois est comparable, en termes d’efficacité, à la poursuite du traitement antirétroviral standard oral. En effet, 96,2 % des participants sous LTZ affichaient une charge virale inférieure à 50 copies par mL. Ces données encouragent donc à poursuivre la recherche concernant le traitement à base de LTZ en tant que premier traitement combiné complet semestriel à action prolongée pour les personnes vivant avec le VIH.
Consultez le communiqué (Gilead Science).
Consultez la présentation à CROI 2025.
En savoir plus sur l’essai clinique : NCT05729568.
XLG

Crédit illustration : Gilead Sciences.
