Il demeure nécessaire d’élargir l’éventail des schémas thérapeutiques efficaces à comprimé unique afin de répondre aux besoins diversifiés des personnes vivant avec le VIH-1 (PVVIH). Un nouveau schéma thérapeutique potentiel se présentant sous forme de coformulation, combine le bictégravir ou BIC (inhibiteur du transfert de brin de l’intégrase ou INI, ITBI) et le lénacapavir ou LEN (inhibiteur de capside) – BIC/LEN. Le BIC est largement utilisé en pratique clinique comme composant du schéma en comprimé unique bictégravir–emtricitabine–ténofovir alafénamide (B/FTC/TAF), recommandé par les lignes directrices internationales parmi les traitements antirétroviraux de première intention privilégiés constituant le standard de soins (Molina, J.-M., & al., The Lancet HIV, 2018; Trottier, B., & al., HIV Research and Clinical Practice, 2025). Le LEN injectable à longue durée d’action (LEN LA), et a été approuvé sous forme d’injection sous-cutanée administrée tous les six mois pour la prophylaxie préexposition (PrEP) du VIH-1 ainsi que pour le traitement du VIH-1, en association avec d’autres antirétroviraux, chez les PVVIH multirésistants pour lesquelles il n’est autrement pas possible de concevoir un schéma antiviral suppressif. De plus, des études in vitro ont montré que l’association BIC + LEN exerçait une activité anti-VIH-1 synergique, sans antagonisme, et présentait une barrière robuste à la résistance. Dans leur ensemble, ces résultats ont suscité un intérêt pour l’évaluation d’une coformulation BIC/LEN en tant que nouveau schéma thérapeutique oral quotidien potentiel en comprimé unique pour le traitement du VIH-1.
Les auteurs ont cherché ici (Meissner, E. G., & al., The Lancet HIV, 2006) à évaluer l’innocuité et l’efficacité d’un passage au traitement par BIC/LEN, comparativement à la poursuite du traitement par BIC/FTC/TAF, chez des PVVIH présentant une suppression virologique.
Méthodes
Cet essai de phase 3, multicentrique, randomisé, contrôlé, en double insu et de non-infériorité a été mené dans 100 hôpitaux et cliniques VIH situés en Argentine, en Australie, au Canada, en République dominicaine, en Allemagne, en Italie, au Japon, au Mexique, à Porto Rico, en Corée du Sud, en Espagne, à Taïwan, au Royaume-Uni et aux États-Unis. Les participants admissibles étaient âgés de 18 ans ou plus, recevaient une association BIC/FTC/TAF (depuis ≥ 6 mois) et présentaient une suppression virologique (ARN-VIH-1 < 50 copies/mL depuis ≥ 6 mois). Les participants ont été répartis aléatoirement (2:1), afin soit de passer à l’association BIC/LEN (75–50 mg), soit de poursuivre l’association BIC/FTC/TAF (50–200–25 mg), administrées une fois par jour sous forme de comprimés uniques pendant 48 semaines (S48).
Le critère d’évaluation principal était la proportion de participants présentant un
ARN-VIH-1 ≥ 50 copies/mL à S48. Cet essai est enregistré sur ClinicalTrials.gov sous le numéro NCT06333808.
Résultats
Entre le 25 mars et le 30 octobre 2024, 666 PVVIH ont été évaluées quant à leur admissibilité; 89 ont été jugées inadmissibles et 577 ont été réparties aléatoirement – à savoir 384 dans le groupe BIC/LEN et 193 dans le groupe poursuivant le traitement par BIC/FTC/TAF. Au total, 574 participants ont reçu au moins une dose du médicament à l’étude (ensemble d’analyse complet) – à savoir 383 pour le groupe BIC/LEN et 191 pour le groupe BIC/FTC/TAF. L’âge médian était de 49 ans. Parmi les 574 participants, 111 (19 %) étaient de sexe féminin et 463 (81 %) de sexe masculin à la naissance. Au départ de l’étude, la durée médiane du traitement contre le VIH-1 était de 12 ans.
À S48, 5/383 participants, soit 1,3 % du groupe BIC/LEN, et 2/191 participants, soit 1 % du groupe BIC/FTC/TAF présentaient un ARN-VIH-1 ≥ 50 copies/mL (différence de pourcentage de 0,3 %), satisfaisant ainsi aux critères de non-infériorité.
Parmi les cinq participants du groupe BIC/LEN présentant un ARN-VIH-1 ≥ 50 copies/mL :
- Un participant avait une charge virale de 10 700 copies/mL et a obtenu une resuppression virologique après un changement de schéma thérapeutique (BIC/FTC/TAF, puis darunavir/cobicistat/FTC/TAF ou DRV/c/FTC/TAF).
- Les quatre autres participants présentaient des taux d’ARN-VIH-1 de 56, 64, 146 et 147 copies/mL. L’un a poursuivi le traitement par BIC/LEN et a obtenu une resuppression virologique à la semaine 60 (S60), un autre a été perdu de vue après le jour 33, et deux ont changé de schéma thérapeutique (l’un vers DRV/c/FTC/TAF et l’autre vers BIC/FTC/TAF).
Parmi les deux participants du groupe BIC/FTC/TAF présentant un ARN-VIH-1 ≥ 50 copies/mL :
- l’un avait une charge virale de 291 copies/mL et a été perdu de vue;
- l’autre présentait une charge virale de 839 copies/mL, a interrompu le traitement par BIC/FTC/TAF au jour 93, puis a reçu l’association BIC/FTC/TAF + DRV/c pendant six semaines avant de revenir au traitement par BIC/FTC/TAF et d’obtenir une resuppression virologique à la semaine 24 (S24).
20 participants (5 %) du groupe BIC/LEN et 16 participants (8 %) du groupe BIC/FTC/TAF ne disposaient d’aucune donnée virologique à S48. Donc, au total, 358 participants (93 %) du groupe BIC/LEN comparativement à 173 participants (91 %) du groupe BIC/FTC/TAF présentaient un ARN du VIH-1 < 50 copies/mL à S48.
Des événements indésirables (ÉI) liés au traitement sont survenus chez 40 (10 %) participants du groupe BIC/LEN, comparativement à 23 (12 %) dans le groupe BIC/FTC/TAF. Des ÉI graves ont été rapportés chez 27 (7 %) participants versus 13 (7 %), respectivement, sans qu’aucun ne soit jugé lié au traitement. Un participant du groupe BIC/FTC/TAF est décédé des suites d’une coronaropathie.
Conclusion
L’association BIC/LEN pourrait constituer une nouvelle option de traitement antirétroviral sous forme de comprimé unique pour les PVVIH présentant une suppression virologique.
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XLG
