Les personnes utilisatrices de drogues par injection (PUDI) sont surreprésentées dans les établissements carcéraux australiens; on estime que 49 % des personnes incarcérées ont déjà utilisé des drogues par injection. Les traitements par agonistes opioïdes (TAO) sont accessibles, mais aucun programme d’échange de seringues et d’aiguilles n’est offert. Dans l’ensemble des établissements correctionnels australiens, environ 18 % des personnes incarcérées ayant des antécédents d’usage de drogues injectables reçoivent un TAO. Entre 2019 et 2022, le nombre de personnes recevant un TAO dans les prisons de la Nouvelle-Galles du Sud est passé de 1589 à 2955.
Compte tenu du nombre important de personnes traitées pour le VHC en milieu carcéral australien et de l’absence d’accès aux programmes d’échange de seringues et d’aiguilles, la prise en charge de la réinfection (par le VHC) en prison constitue une priorité pour entre autres atteindre l’élimination du VHC d’ici 2030. Ainsi, cette étude (Conway, A., & al., International Journal of Drug Policy, 2026) cherchait à évaluer l’incidence des réinfections par le VHC après un traitement chez des PUDI incarcérées en Nouvelle-Galles du Sud.
Méthodes
SHARP-P – ou « Study of Hepatitis C treatment And Reinfection in People in Prison », est une étude de cohorte menée auprès de personnes présentant un usage récent de substances injectables (au cours des six mois précédents) et recevant un traitement par antiviraux à action directe (AAD) dans des établissements carcéraux de la Nouvelle-Galles du Sud entre 2019 et 2021. Les participant·e·s ont été recruté·e·s depuis 16 établissements carcéraux différents, avant l’instauration du traitement et ont été évalué·e·s à la fin du traitement, puis tous les 3 à 6 mois après le traitement afin de détecter une virémie récurrente (à savoir une réapparition d’un ARN viral détectable). À la fin du traitement ainsi qu’à chaque visite de suivi post-traitement, les participants bénéficiaient d’un test de l’ARN du VHC (ARN-VHC) au point de service. Le séquençage du génome du VHC ainsi que les données de suivi clinique ont été utilisés pour classifier les cas de virémie récurrente comme suit : réinfection certaine ou confirmée, réinfection possible, échec virologique ou cas indéterminé/non défini. Voici les définitions associées à ces termes :
- Réinfection confirmée : ARN-VHC quantifiable après traitement, avec souche virale du VHC confirmée comme hétérologue par rapport à la souche prétraitement, ou résultat d’ARN-VHC indétectable après 10 semaines post-traitement suivi d’un résultat d’ARN-VHC détectable;
- Réinfection possible : résultat d’ARN-VHC indétectable en post-traitement (avant 10 semaines), suivi d’un ARN-VHC détectable, sans preuve de réinfection confirmée (c.-à-d. absence de changement de génotype, absence d’échantillon disponible pour séquençage, ou charge virale trop faible pour permettre le séquençage);
- Échec virologique : ARN-VHC quantifiable après traitement, avec souche virale du VHC homologue à la souche prétraitement;
- Virémie post-traitement non définie : absence de preuve de guérison, avec ARN-VHC quantifiable après traitement, et absence d’échantillon suffisant pour réaliser un séquençage.
Résultats de l’étude
Parmi les 201 participant·e·s de l’étude, 154 (77 %) ayant bénéficié d’un suivi après le traitement ont été inclus·e·s dans l’analyse. L’âge médian était de 32 ans; 20 % étaient des femmes; 16 % avaient reçu un TAO; 62 % avaient déclaré une utilisation de drogues par injection au cours du mois précédant l’inscription à l’étude, dont 95 % avaient partagé du matériel d’injection en milieu carcéral.
Parmi la sous-population des personnes ayant déclaré une injection de drogues/substances au cours du dernier mois en milieu carcéral (n = 96), 95 % avaient utilisé une aiguille ou une seringue d’une autre personne, 91 % avaient rapporté une consommation par injection hebdomadaire ou plus fréquente, 93 % avaient rapporté l’injection de buprénorphine, 42 % l’injection d’amphétamines et 24 % l’injection d’héroïne. Concernant le premier traitement, 56 % avaient reçu l’association sofosbuvir / velpatasvir (durée de 12 semaines), 36 % l’association glécaprévir / pibrentasvir (8 semaines), 7 % l’association sofosbuvir / velpatasvir / voxilaprévir (12 semaines), et 1 % l’association sofosbuvir / lédipasvir (12 semaines).
26 épisodes de virémie récurrente ont été détectés, incluant 16 réinfections certaines, trois réinfections possibles, un échec virologique et six cas indéterminés. Le nombre médian de tests de suivi de l’ARN-VHC était de trois et le délai médian entre les tests était de 70 jours. Au cours de 103 personnes-années (PA) de suivi, l’incidence des réinfections confirmées par le VHC était de 15,5/100 PA, globalement. Dans l’analyse par sous-groupes, l’incidence de la réinfection était de :
- 4,7/100 PA pour les personnes ayant reçu un TAO au cours du dernier mois de suivi;
- 19,4/100 PA pour les personnes ayant déclaré toute consommation par injection durant le suivi, comparativement aux personnes n’ayant déclaré aucune consommation par injection durant le suivi, soit 8,3/100 PA.
- 35,7/100 PA pour les personnes ayant déclaré une consommation de drogues par injection au cours du dernier mois de suivi,
- 53,5/100 PA pour les personnes ayant déclaré le partage d’aiguilles ou de seringues au cours du dernier mois de suivi.
Dans l’analyse de sensibilité, l’incidence des réinfections confirmées ou probables par le VHC était de 18,3/100 PA globalement, de 41,4/100 PA chez les personnes ayant déclaré une consommation par injection au cours du dernier mois de suivi, et de 57,9/100 PA chez les personnes ayant déclaré le partage d’aiguilles ou de seringues au cours du dernier mois de suivi.
Parmi les 26 épisodes de virémie récurrente, 58 % (n=15/26) ont reçu un retraitement; dix ont été traités par des schémas thérapeutiques de première intention (sept par glécaprévir/pibrentasvir, deux par sofosbuvir/velpatasvir et un par sofosbuvir/daclatasvir) et cinq par un schéma de sauvetage (sofosbuvir/vélpatasvir/voxilaprévir). Parmi les 15 personnes ayant reçu un retraitement, neuf (60 %) ont obtenu une réponse virologique soutenue ou RVS, une (7 %) a présenté une réponse en fin de traitement (c.-à-d. ARN-VHC non quantifiable) sans évaluation du VHC après le traitement, deux (13 %) ont présenté une virémie récurrente (c.-à-d. ARN-VHC quantifiable après la fin du traitement sans preuve de clairance virale), une (7 %) a présenté un échec virologique et deux (13 %) n’ont eu aucun suivi ultérieur.
Conclusion : incidence élevée de la réinfection
Cette étude menée auprès de personnes incarcérées ayant récemment injecté des drogues, a montré que la majorité des épisodes de virémie récurrente du VHC après traitement étaient dus à des réinfections (certaines ou possibles). Une incidence élevée de réinfection a été observée au niveau global (15,5/100 PA), avec le taux le plus élevé rapporté chez les personnes ayant poursuivi l’injection pendant le suivi en milieu carcéral (au cours du dernier mois de suivi) et ayant rapporté l’utilisation d’une aiguille/seringue qui avait déjà été utilisée par une autre personne (53,5/100 PA). En conclusion, la forte incidence des réinfections par le VHC en milieu carcéral souligne la nécessité de renforcer les mesures de réduction des méfaits en prison, notamment l’accès à du matériel d’injection stérile, actuellement interdit dans les établissements carcéraux australiens.
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