Les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HARSAH) et engagés dans le commerce sexuel ou sexe transactionnel (ST), vivent des vulnérabilités sociales et structurelles complexes qui augmentent le risque de contracter le VIH. Cette étude (Atkins, K., & al., American Journal of Preventive Medicine, 2024) visait à estimer, chez les HARSAH cisgenres vivant aux États-Unis, la prévalence du ST et les associations pouvant exister entre le ST et les résultats reliés aux infections transmissibles sexuellement et par le sang (ITSS). Les données utilisées dans la cadre de cette étude provenaient d’une enquête en ligne appelée « AMIS » (The American Men’s Internet Survey) qui a été menée chez les HARSAH cisgenres vivant aux États-Unis et correspondaient à la période 2017-2021. Cette étude n’incluait que les HARSAH ayant eu des relations sexuelles orales/anales avec des hommes au cours des 12 derniers mois.
Le ST a été mesuré en posant aux participants la question suivante : « Au cours des 12 derniers mois, avez-vous échangé de l’argent ou de la drogue contre des relations sexuelles avec un partenaire masculin ? ». Les participants pouvaient indiquer en avoir donné en échange de relations sexuelles, en avoir reçu, en avoir reçu et donné, ou aucun des deux. En plus de relever les caractéristiques démographiques, l’enquête a de même relevé les caractéristiques comportementales qui comprenaient l’autodéclaration de rapports sexuels anaux sans préservatif (ou sexe anal sans préservatif, SAS) au cours de l’année écoulée avec un partenaire masculin (oui/non) et avec un partenaire masculin d’un statut VIH différent ou inconnu (oui/non). L’enquête évaluait aussi l’usage de drogues, de stimulants et de drogues injectables. Les résultats hypothétiquement associés au ST comprenaient : le statut VIH, le suivi d’une thérapie antirétrovirale (TAR) chez les HARSAH vivant avec le VIH, l’utilisation de la prophylaxie préexposition (PrEP) contre le VIH chez les HARSAH séronégatifs et le diagnostic d’ITS bactériennes (gonorrhée, chlamydia ou syphilis) au cours de l’année écoulée.
Résultats de l’étude
Un total de 49 539 individus ont été inclus dans l’analyse. La prévalence du ST (rapporté au cours de l’année écoulée précédant la participation à l’enquête) a été de 3,7 % (ou 1848/49 539). Comparés aux autres HARSAH, les HARSAH engagés dans le ST ont plus souvent déclaré être sans-abris (20 % vs. 2,9 %), ne pas avoir d’assurance (23,7 % vs. 13,7 %), avoir pratiqué du SAS (84,3 % vs. 69,5 %) avec des partenaires sérodifférents (45,2 % vs. 24,1 %). En comparaison avec les autres HARSAH, ceux pratiquant le ST ont plus fréquemment rapporté la consommation de drogues au cours de l’année écoulée (69,6 % vs. 33,1 %), l’utilisation de stimulants (54,7 % vs. 11,7 %) et l’utilisation récente de drogues injectables pour ceux ayant des antécédents de consommation de drogues injectables (80,6 % contre 45,0 %). Globalement, la prévalence du VIH était de 8,9 %, avec une prévalence plus élevée chez les HARSAH pratiquant le ST (14,0 % vs. 8,7 %). La prévalence de l’utilisation de la thérapie antirétrovirale (TAR) chez les personnes vivant avec le VIH (PVVIH) était plus faible chez les HARSAH pratiquant le ST (74,4 % vs. 83,8 %), et la prévalence des ITS bactériennes était plus élevée (24,7 % vs. 10,3 %) dans cette population. L’utilisation actuelle de la PrEP chez les personnes séronégatives était similaire entre celles ayant un historique de ST et celles sans historique de ST (13,9 % vs. 14,1 %).
Dans les analyses univariées, le ST a été significativement associé à une prévalence accrue du VIH (PR = 1,61) et des ITS bactériennes (chlamydia : PR = 2,55 ; gonorrhée : PR = 2,86 ; syphilis : PR = 2,80 ; toutes ITS bactériennes : PR = 2,40). Le ST a de même été associé à une utilisation moins fréquente de la TAR parmi les HARSAH vivant avec le VIH (PR = 0,91), mais n’a pas été associé à une différence dans l’utilisation de la PrEP parmi les HARSAH sans VIH (PR = 1,02). Dans les analyses multivariées, des associations ont été observées entre le ST et la prévalence du VIH (PRa = 1,44), l’utilisation de la TAR chez les personnes vivant avec le VIH (PRa = 0,92), et le diagnostic d’ITS bactériennes (chlamydia : PRa = 2,33 ; gonorrhée : PRa = 2,62 ; syphilis : PRa = 2,79 ; toutes ITS bactériennes : PRa = 2,29).
Conclusion
En conclusion, cette étude portant sur près de 50 000 HARSAH cisgenres vivant aux États-Unis, a permis de mettre en relief la vulnérabilité disproportionnée de cette population engagée dans le ST. L’utilisation de la TAR était 10 % moins élevée chez les HARSAH vivant avec le VIH engagés dans le ST, laissant suggérer qu’il pourrait y avoir des barrières dans l’accès aux soins et traitement du VIH chez les HARSAH impliqués dans le ST. Les risques structurels et comportementaux convergent chez les HARSAH américains engagés dans le ST, ce qui conduit à une prévalence plus élevée du VIH et des ITS bactériennes dans ce groupe. L’observation démontrant que le ST est associé à une prévalence accrue du VIH et des ITS bactériennes est en accord avec les résultats d’autres études selon les auteurs, et souligne l’importance d’interventions ciblées pour traiter les facteurs favorisant l’augmentation des ITSS dans cette population spécifique.
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