Les infections sexuellement transmissibles (IST) concomitantes sont courantes dans les populations sexuellement actives. L’objectif de cette étude (Wu, T.-Y., & al., Frontiers in Medicine, 2024) était d’estimer la prévalence et les taux de coinfections d’ITS bactériennes chez les hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes (HARSAH) vivant avec le VIH et sexuellement actifs, et d’évaluer les avantages potentiels de différents schémas thérapeutiques combinés dans la gestion des ITS bactériennes concomitantes.
Cette étude prospective a été menée à l’Hôpital universitaire national de Taiwan, dans un établissement de soins (tertiaires) pour le VIH. Tout d’abord, pendant la période allant de 2019 à 2020, les chercheurs avaient mis en place un programme de dépistage des infections à N. gonorrhoeae et à C. trachomatis chez les personnes vivant avec le VIH sexuellement actives (PVVIH), et le programme avait révélé des taux élevés de coinfection chez celles ayant récemment contracté une infection au VHC et à la syphilis. Par conséquent, le programme de dépistage a été prolongé et poursuivi chez les PVVIH à risque.
Réalisation de diagnostics d’ITS, d’infection au VHC et de syphilis
Dans le cadre de cette étude, de septembre 2021 à septembre 2023, ont été recrutés des HARSAH vivant avec le VIH présentant des symptômes évocateurs d’ITS, ou ayant récemment contracté une infection au VHC dans l’année précédente ou une syphilis récente. Les diagnostics d’ITS, d’infection au VHC et de syphilis ont été réalisés sur la base de signes cliniques et ensuite confirmés par des tests en laboratoire. Les échantillons de rinçage buccal, de prélèvement rectal et de prélèvement urétral ont été testés pour Chlamydia trachomatis, Neisseria gonorrhoeae, Mycoplasma spp., Ureaplasma spp., et Trichomonas vaginalis. Les taux de co-infection estimés ont été utilisés pour évaluer les avantages des différents schémas thérapeutiques combinés dans la gestion des co-infections.
Infections bactériennes concomitantes trouvées chez 32,9 % des participants
Selon les résultats, pendant la période d’étude de deux ans, 535 participants HARSAH vivant avec le VIH (âgés de 37 ans en moyenne, présentant un taux de CD4 de 615 cellules/mm3) ont été enrôlés pour analyse. 94,4 % d’entre eux présentaient une charge virale du VIH inf. à 200 copies par ml, et sous thérapie antirétrovirale. Le taux global de participants présentant au moins un pathogène responsable d’une ITS bactérienne détecté à un site anatomique quelconque (lors de la première visite) était de 57,9 % (310/535). Des infections bactériennes concomitantes ont été trouvées chez 32,9 % des participants (176/535). Le pathogène le plus fréquemment identifié était U. urealyticum (36,3 %), suivi de C. trachomatis (22,8 %) et de N. gonorrhoeae (19,8 %). La plupart des ITS bactériennes ont été détectées au niveau des sites rectaux (239/533, 44,8 %), suivies par le rinçage oral (137/500, 27,4 %) et les sites urétraux (115/499, 23,0 %). Les facteurs associés à toute ITS bactérienne comprenaient un âge plus avancé, une syphilis précoce, et le fait d’avoir plus de 5 partenaires sexuels au cours des 3 mois précédents.
Comme 27,1 % des individus HARSAH sexuellement actifs de l’étude qui présentaient une syphilis précoce, présentaient aussi une coinfection à C. trachomatis, les auteurs recommandent une thérapie combinant à la fois une simple dose de pénicilline G benzathine (benzathine benzylpénicilline ou BPG) pour traiter la syphilis avec en plus de la doxycycline prise pendant sept jours, comme traitement préemptif contre C. trachomatis. Donc, compte tenu des taux élevés de co-infection à chlamydia chez les HARSAH séropositifs actifs sexuellement qui ont contracté une syphilis précoce, le traitement préemptif de 7 jours à la doxycycline en association avec une dose unique de BPG peut offrir un traitement rapide de la co-infection à chlamydia, réduire le besoin de visites de suivi supplémentaires et les dépenses, et diminuer le risque de transmission ultérieure, selon les auteurs.
Les ITS bactériennes étaient courantes et les infections concomitantes étaient fréquentes chez les HARSAH vivant avec le VIH et sexuellement actifs, ce qui soutient le dépistage régulier des ITS bactériennes. L’efficacité de l’utilisation préemptive de la doxycycline en tant que traitement combiné pour les ITS simultanées mérite des investigations supplémentaires, selon les auteurs de l’étude.
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