L’OMS (Organisation mondiale de la Santé) a identifié les personnes incarcérées comme l’une des cinq populations clés dans la riposte mondiale (réduction de la charge mondiale) aux infections transmissibles sexuellement et par le sang (ITSS), avec les établissements pénitentiaires et autres milieux fermés définis comme tous lieux de détention au sein d’un pays. Les personnes incarcérées sont en effet touchées de manière disproportionnée par les déterminants sociaux de la santé et vivent dans des environnements intrinsèquement propices à la transmission des ITSS. Par conséquent, la prévalence des ITSS est plus élevée dans les populations incarcérées que dans la population générale. Afin d’éclairer les efforts d’élimination, les auteurs ont cherché ici à estimer la prévalence mondiale des ITS bactériennes (chlamydia, gonorrhée et syphilis) dans les établissements pénitentiaires et autres milieux fermés.
Les chercheurs ont mené une revue systématique et une méta-analyse (Beaudry, G., & al., The Lancet Public Health, 2026) en interrogeant des bases de données en ligne, ainsi que les listes de références, afin d’identifier des études publiées entre le 1er janvier 2000 et le 5 août 2025. Ont été inclus des publications rapportant la prévalence d’infections actuelles (ou courantes) à Chlamydia trachomatis, à Neisseria gonorrhoeae (gonorrhée), ou d’infections actuelles ou antérieures à Treponema pallidum (syphilis), confirmées par des tests diagnostiques validés, au sein de populations incarcérées (adolescents âgés de 10 à 19 ans et/ou adultes âgés de plus de 19 ans). Deux évaluateurs (GB et BH) ont examiné les études de manière indépendante. Les critères de jugement principaux pour la prévalence étaient définis comme suit : (1) une infection actuelle à Chlamydia trachomatis, pour la chlamydiose, (2) une infection actuelle à Neisseria gonorrhoeae, pour la gonorrhée, et (3) une infection actuelle ou antérieure à Treponema pallidum, pour la syphilis. Les estimations de prévalence combinées pour chaque ITS bactérienne ont été mesurées. L’hétérogénéité a été quantifiée à l’aide de la statistique I² et du test du χ², une valeur d’I² supérieure à 75 % indiquant une hétérogénéité substantielle.
Résultats
La recherche a permis d’identifier 5237 références, dont 212, correspondant à 206 études uniques, qui répondaient aux critères d’éligibilité et qui ont été incluses. Parmi les 206 études, 137 portaient exclusivement sur des adultes (n = 425 215), 53 exclusivement sur des adolescents (n = 342 762) et 16 incluaient à la fois des adultes et des adolescents (n = 675 119). Sur l’ensemble des 206 études, des données étaient disponibles pour 1 443 096 personnes – à savoir 483 438 femmes (33,5 %), 901 188 hommes (62,4 %) et 58 470 dont le sexe était non renseigné (4,1 %). L’âge moyen était de 33,6 ans chez les adultes et de 15,6 ans chez les adolescents/tes. Parmi les 206 études éligibles, 114 portaient sur la chlamydiose, 89 sur la gonorrhée et 125 sur la syphilis. La majorité des 206 études ont été menées dans des établissements pénitentiaires – à savoir 148 (71,8 %), avec une proportion substantielle des autres études ayant été réalisée dans des centres de détention pour adolescents (55 ou 26,7 %).
Les prévalences combinées des infections pour les femmes adultes, les hommes adultes, les adolescentes et les adolescents, respectivement, étaient de :
- 6,5 % (I² = 97 %, p < 0,0001 ; 15 582 infections brutes pour 166 767 femmes ; 38 études), 4,7 % (I² = 94,4 %, p < 0,0001 ; 7101 infections brutes pour 128 380 hommes ; 33 études), 16,8 % (I² = 96,7 %, p < 0,0001 ; 31 206 infections brutes pour 221 350 femmes ; 38 études) et 7,4 % (I² = 97 %, p < 0,0001 ; 15 122 infections brutes pour 231 606 hommes ; 29 études) – pour Chlamydia trachomatis;
- 1,5 % (I² = 97,2 %, p < 0,0001 ; 4424 infections brutes pour 167 953 femmes ; 32 études), 0,4 % (I² = 98,4 %, p < 0,0001 ; 591 infections brutes pour 330 418 hommes ; 23 études), 6 % (I² = 89,3 %, p < 0,0001 ; 2053 infections brutes pour 39 949 femmes ; 22 études) et 2 % (I² = 94,5 %, p < 0,0001 ; 1393 infections brutes pour 75 697 hommes ; 17 études) – pour Neisseria gonorrhoeae;
- 5,9 % (I² = 98,6 %, p < 0,0001 ; 5143 infections brutes pour 103 641 femmes ; 59 études), 3,7 % (I² = 99,4 %, p < 0,0001 ; 10 404 infections brutes pour 522 133 hommes ; 61 études), 1,9 % (I² = 76 %, p = 0,0058 ; neuf infections brutes pour 449 femmes ; quatre études) et 1,9 % (I² = 24,7 %, p = 0,26 ; 11 infections brutes pour 596 hommes ; trois études) – pour Treponema pallidum.
La qualité globale des études était jugée modérée pour 118 études (57,3 %) et élevée pour 88 études (42,7 %).
Interprétation
En résumé, cette revue systématique et méta-analyse synthétise la prévalence mondiale des ITS bactériennes chez 1,4 million de personnes incarcérées et vivant dans d’autres milieux fermés. A été observée une forte prévalence de la chlamydiose, de la gonorrhée et de la syphilis, reflétant potentiellement à la fois des comportements sexuels augmentant le risque d’ITS bactériennes et un accès insuffisant au dépistage et au traitement des ITS bactériennes en milieu carcéral et dans la communauté, selon les auteurs. La prévalence globale de la chlamydiose était plus élevée que celle de la gonorrhée et de la syphilis, conformément aux tendances mondiales. En outre, les estimations de prévalence combinée de la chlamydiose et de la gonorrhée étaient plus élevées chez les adolescents que chez les adultes, et la prévalence combinée de chaque ITS bactérienne était plus élevée chez les femmes que chez les hommes. Ces résultats viennent confirmer une prévalence plus élevée des ITS bactériennes en milieu carcéral que dans les autres communautés (environnantes), ainsi que la forte association entre incarcération et ITS. Ces résultats mettent donc en évidence d’importantes lacunes de santé publique en matière de prévention et de prise en charge des ITS bactériennes et viennent étayer les recommandations de l’OMS en faveur d’un dépistage systématique des ITSS chez les personnes incarcérées et vivant dans d’autres milieux fermés. Ainsi, la mise en place d’un dépistage systématique avec possibilité de refus (« opt-out ») des ITS bactériennes pour l’ensemble des personnes détenues devrait être envisagée afin d’accélérer les efforts d’élimination, selon les auteurs de cette étude.
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XLG
