Bien que les traitements antirétroviraux (TAR) ayant une double activité contre le VHB et le VIH-1 aient permis d’améliorer le contrôle de la virémie du VHB et de réduire le risque de résistance aux traitements anti-VHB, les personnes vivant avec une co-infection par le VIH-1 et le VHB présentent de moins bons résultats cliniques — notamment un risque accru de maladie hépatique et de mortalité — ainsi qu’une utilisation plus importante des services de santé que les personnes vivant uniquement avec le VHB.
Les personnes co-infectées par le VIH-1 et le VHB nécessitent généralement un traitement antiviral à long terme. L’objectif d’un traitement antirétroviral (TAR) optimal est d’obtenir et de maintenir une suppression virologique durable du VIH-1 et du VHB, tout en assurant une bonne tolérance, un risque minimal d’émergence de résistances, peu d’interactions médicamenteuses et un faible nombre de comprimés à prendre. Les TAR à base de ténofovir alafénamide (TAF) ou de fumarate de ténofovir disoproxil (TDF) sont recommandés comme schémas thérapeutiques initiaux chez la plupart des adultes et des adolescents vivant avec le VIH-1 et le VHB. L’association bictégravir / emtricitabine /ténofovir alafénamide (B/F/TAF) est un schéma thérapeutique en comprimé unique dont l’efficacité et l’innocuité, ainsi que la barrière élevée à la résistance, ont été démontrées dans des essais cliniques portant sur le VIH et en pratique clinique courante (Esser, S., & al., HIV Med, 2024; Orkin, C., & al., Lancet HIV, 2020). Par ailleurs, le B/F/TAF est recommandé par les directives internationales sur le VIH chez les personnes vivant avec le VIH-1, qu’elles soient naïves au traitement (NT) ou déjà traitées (TE – traitées expérimentées). Mais les données sur l’association B/F/TAF chez les personnes présentant une co-infection par le VIH-1 et le VHB sont limitées, particulièrement chez les personnes ayant déjà reçu un traitement.
Méthodes – Explication du protocole
ALLIANCE (Avhingsanon, A., & al., AIDS Research and Therapy, 2026) est une étude de phase 3, randomisée, à double insu et contrôlée par comparateur actif, menée dans 46 centres ambulatoires répartis dans différents pays à travers le monde. Cette étude a évalué l’association B/F/TAF par rapport au dolutégravir + emtricitabine / fumarate de ténofovir disoproxil (DTG + F/TDF), chez des adultes naïfs de tout traitement (NT – pour les deux virus), présentant un taux d’ARN-VIH-1 ≥ 500 copies/mL et un taux d’ADN-VHB ≥ 2 000 UI/mL. Les participants admissibles ont été répartis aléatoirement selon un ratio 1:1 afin de recevoir soit du B/F/TAF (50/200/25 mg), soit du DTG + F/TDF (50 mg + 200/300 mg), ainsi qu’un placebo correspondant, une fois par jour pendant 96 semaines (S96). La randomisation était stratifiée selon le statut antigénique de l’antigène HBe (AgHBe; positif vs négatif), le taux d’ADN-VHB (< 8 vs ≥ 8 log10 UI/mL) et le nombre de lymphocytes T CD4 (< 50 vs ≥ 50 cellules/μL) à la sélection. Les participants ont :
- SOIT reçu de façon continue le traitement par B/F/TAF pendant 144 semaines (≥ 96 semaines de traitement en insu, suivies d’une prolongation facultative de 48 semaines en ouvert – ou open label extension, OLE) – groupe appelé « B/F/TAF continu »;
- SOIT effectué une transition vers B/F/TAF après ≥ 96 semaines de traitement par DTG + F/TDF, pendant les 48 semaines de la prolongation en ouvert (OLE) – groupe appelé « switch ».
Les auteurs présentent ici les résultats de la prolongation en ouvert (phase OLE). Les participants ont été recrutés entre le 30 mai 2018 et le 30 mars 2021.
Résultats – caractéristiques au départ
Parmi les 121 participants initiaux du groupe « B/F/TAF continu », 90 ont terminé la phase OLE. Parmi les 110 participants ayant terminé le traitement par DTG + F/TDF durant la phase en insu, 89 sont passés au B/F/TAF au début de la phase OLE (groupe « switch ») et 88 participants ont terminé la phase OLE.
Pour le groupe « B/F/TAF continu », 31 % (soit 38/121) des participants présentaient, au début de l’étude, une charge virale du VIH-1 ≥ 100 000 copies d’ARN/mL, 50 % (60/121) avaient un taux d’ADN-VHB ≥ 8 log10 UI/mL et le nombre médian de lymphocytes T CD4 était de 245 cellules/µL. La moitié des participants de ce groupe présentaient un taux d’ALT > LSN (limite supérieure de la normale); 76 % (92/121) et 100 % (121/121) étaient respectivement positifs pour l’AgHBe et l’AgHBs.
Les participants du groupe « switch » avaient déjà reçu ≥ 96 semaines de traitement par DTG + F/TDF avant de passer au B/F/TAF au début de la phase OLE. Au moment de l’instauration du B/F/TAF, 3 participants sur 89 (3 %) présentaient ≥ 50 copies d’ARN-VIH-1/mL et 15 participants (17 %) présentaient un ADN-VHB ≥ 29 UI/mL; le nombre médian de lymphocytes T CD4 était de 497 cellules/µL. 30 % (27/89) des participants présentaient un taux d’ALT > LSN; 58 % (52/89) et 87 % (77/89) étaient respectivement positifs pour l’AgHBe et l’AgHBs.
Suppression virologique
Dans le groupe B/F/TAF continu, 87,4 % des participants avaient obtenu une suppression virologique du VIH-1 à S12, et 99 % avaient obtenu une suppression virologique du VIH-1 à S144. La suppression virologique du VHB a augmenté au cours des 96 premières semaines de traitement et s’est maintenue jusqu’à la fin de la phase OLE, avec des taux élevés de suppression observés à S144 (80,2 %). Le nombre médian de lymphocytes T CD4 a augmenté de + 292 cellules/µL à S48 de la phase OLE par rapport à la valeur initiale.
Dans le groupe « switch », la proportion de participants présentant une suppression virologique du VIH-1 était élevée à l’entrée dans la phase OLE – avant l’instauration du B/F/TAF, soit de 96,6 % et s’est maintenue jusqu’à la fin de la phase OLE, avec 95,4 % des participants présentant une suppression virologique du VIH-1 après 48 semaines de traitement par B/F/TAF. De même, la proportion de participants présentant une suppression virologique du VHB était élevée au moment de l’instauration du B/F/TAF (83,1 %) et s’est maintenue jusqu’à la fin de la phase OLE, avec 86,6 % des participants présentant une suppression virologique du VHB après 48 semaines de traitement par B/F/TAF. Le nombre médian (Q1, Q3) de lymphocytes T CD4 a augmenté de + 248 cellules/µL par rapport à la valeur initiale de l’étude.
Paramètres cliniques reliés au VHB (taux d’ALT, AgHBe, AgHBs)
Dans le groupe B/F/TAF continu, la proportion de participants présentant une normalisation du taux d’ALT – c.-à-d. la proportion de participants qui avaient un taux d’ALT élevé (supérieur à la LSN), mais pour lesquels l’ALT est passé à une normalisation du taux d’ALT, (jusqu’à une valeur ≤ LSN), a augmenté progressivement jusqu’à S72, puis s’est maintenue par la suite, atteignant 78,8 % à S144. De même, la proportion de participants présentant un taux d’ALT normal a augmenté pour atteindre 77,9 % à S72 et s’est généralement maintenue jusqu’à S144, où 80,2 % des participants présentaient un taux d’ALT normal.
Parmi les participants dont le test de l’AgHBe était positif à l’inclusion, 44,8 % avaient obtenu une perte de l’AgHBe et 29,3 % avaient obtenu une séroconversion de l’AgHBe à S144. Parmi les participants dont le test de l’AgHBs était positif à l’inclusion, 22,5 % avaient obtenu une perte de l’AgHBs et 15,5 % avaient obtenu une séroconversion de l’AgHBs à la S144.
Dans le groupe « switch », 51,9 % des participants présentant un taux d’ALT anormal au moment de l’instauration du B/F/TAF avaient obtenu une normalisation du taux d’ALT après 12 semaines de traitement par B/F/TAF, cette proportion étant demeurée stable jusqu’à S48 de la phase OLE. La proportion de participants présentant un taux d’ALT normal a augmenté de 12,2 % au cours des 12 premières semaines de traitement par B/F/TAF, puis est demeurée stable, 79,3 % des participants présentant un taux d’ALT normal à S48 de la phase OLE. Au cours des 48 semaines de la phase OLE, 17 % des participants ont présenté une nouvelle perte de l’AgHBe et 12,8 % une nouvelle séroconversion de l’AgHBe; 4,3 % des participants ont présenté une nouvelle perte de l’AgHBs et aucun n’a présenté de nouvelle séroconversion de l’AgHBs.
Bien que la plupart des participants aient présenté au moins un événement indésirable (ÉI), la majorité de ces événements étaient de grade 1 ou 2 en termes de sévérité et n’étaient pas considérés comme liés au médicament à l’étude. Aucun des ÉI liés au médicament à l’étude n’était de grade 4. Un seul participant du groupe recevant continuellement le B/F/TAF a arrêté le traitement en raison d’un ÉI apparu sous traitement, sans lien avec le médicament à l’étude. Aucune résistance apparue sous traitement n’a été rapportée.
Conclusion
Le B/F/TAF s’est révélé efficace pour assurer la suppression virologique du VIH-1 et du VHB et a été bien toléré chez les personnes naïves de traitement pendant une période allant jusqu’à 3 ans, ainsi que pendant une période allant jusqu’à 1 an après le passage d’un traitement à base de TDF.
Pour accéder à l’article d’origine, cliquer sur ce lien.
XLG
