La combinaison lopinavir/ritonavir (LPV/r) associent deux antirétroviraux qui appartiennent à la classe des inhibiteurs de protéase (ou IP – à savoir qui réduisent et inhibent l’activité de la protéase), et dans cette combinaison le ritonavir est présent en plus faible dose et agit comme booster (afin d’accroître les concentrations de lopinavir dans le sang). Cette combinaison est généralement utilisée avec d’autres agents antirétroviraux comme avec des inhibiteurs nucléosidiques ou nucléotidiques de la transcriptase inverse (INTI), ou encore des inhibiteurs non nucléosidiques de la transcriptase inverse (INNTI), afin de constituer un schéma thérapeutique triple, sous forme de multi-comprimés – appelé traitement antirétroviral (TAR).
En Chine, environ 13 % des personnes vivant avec le VIH (PVVIH) reçoivent un traitement à base de LPV/r. Ces patients présentent généralement des antécédents d’échec thérapeutique ou d’intolérance aux schémas de première ligne à base d’éfavirenz (EFV). Compte tenu du nombre important de comprimés et des effets indésirables associés au LPV/r, l’optimisation du traitement revêt une importance particulière pour cette population. Pour cette population spécifique, le passage au schéma bictégravir/emtricitabine/ténofovir alafénamide (BIC/FTC/TAF) pourrait de fait s’avérer bénéfique, compte tenu de la simplification de la posologie et du profil d’effets indésirables plus favorable.
Cette étude rétrospective multicentrique (Fu, J., & al., Virologica Sinica, 2025) visait à évaluer l’efficacité et la tolérance du passage d’un schéma thérapeutique à base de LPV/r à un traitement en comprimé unique associant BIC/FTC/TAF. Les taux de suppression virologique (ARN du VIH < 40 copies/mL) ont été principalement comparés entre les périodes de 48 semaines (48S) avant et après la transition vers le BIC/FTC/TAF. Les taux de CD4 ainsi que les paramètres métaboliques ont également été évalués.
Résultats de l’étude
Pour ce faire, un total de 461 PVVIH ont été recrutées entre janvier 2021 et décembre 2023, dont 92,2 % d’hommes, avec un âge médian de 38 ans et une durée médiane de TAR de huit ans. À l’inclusion, le nadir médian des CD4 était de 250 cellules/μL, et la charge virale médiane du VIH était de 4,53 log10 copies/mL. Concernant les schémas thérapeutiques, 69,6 % des PVVIH avaient initié un TAR par un schéma à base d’EFV, et la majorité d’entre eux (75,5 %) recevaient le schéma LPV/r + 3TC (lamivudine) + TDF (fumarate de ténofovir disoproxil) avant le passage au BIC/FTC/TAF, suivi du schéma LPV/r + 3TC + AZT (zidovudine) (18,2 %). Avant l’instauration du traitement par LPV/r, 23 % (soit 106/461) présentaient un échec virologique documenté. Au cours du traitement par LPV/r, 18,9 % (20/106) de ces patients présentaient une reprise de la réplication virale.
Sur l’ensemble des participants, les taux globaux de suppression virologique (SV) ont significativement augmenté, passant de 94,6 % (avant le changement de traitement) à 98,6 % (après le changement). La prévalence de la virémie résiduelle (ou virémie de bas niveau, à savoir une charge virale détectable, mais faible) a diminué de 1,3 % à 0,7 %, tandis que la proportion d’échecs virologiques est passée de 4,1 % à 0,7 %.
Il est à noter que, chez les participants ayant présenté un antécédent d’échec virologique (AEV), les taux de suppression virale se sont améliorés de manière significative, passant de 81,1 % à 97,2 %, tandis qu’aucune différence significative n’a été observée chez ceux sans AEV (de 98,6 % à 99,2 %). Dans l’ensemble (entre la période « pre-switch » et « post-switch »), le taux médian de triglycérides a diminué de 2,4 mmol/L à 1,8 mmol/L (p < 0,001), sans variation des taux de CD4.
En outre, l’analyse comparative entre les PVVIH avec (n = 106) et sans (n = 355) échec virologique (documenté) a mis en évidence des différences significatives de progression de la maladie à l’inclusion. Les PVVIH ayant un AEV présentaient un statut immunologique plus altéré (nadir médian des CD4 : 192 vs. 265 cellules/μL) et un niveau de virémie initial plus élevé (médiane : 4,8 vs 4,4 log10 copies/mL). Bien que la composition des schémas thérapeutiques avant le changement ait été comparable entre les deux groupes, la cohorte AEV avait plus fréquemment initié un schéma de première ligne à base d’EFV (76,4 % vs 67,6 %). À noter que, malgré ces différences initiales et un taux de suppression virologique plus faible avant le passage au BIC/FTC/TAF (81,1 % vs 98,6 %,), les deux groupes ont obtenu des taux de suppression virologique comparables après le passage au BIC/FTC/TAF (97,2 % vs 99,2 %).
Conclusion : un schéma à comprimé unique efficace
Ces résultats démontrent que le schéma à comprimé unique BIC/FTC/TAF constitue une option thérapeutique efficace et métaboliquement favorable pour les PVVIH passant d’un traitement à base de LPV/r au schéma thérapeutique BIC/FTC/TAF, indépendamment de l’existence d’un AEV.
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XLG
