Dans des essais cliniques récents (Molina, J.-M., & al., Lancet Infectious Diseases, 2018 ; Luetkemeyer, A. F., & al., NEJM, 2023 ; Molina, J.-M., & al., Lancet Infectious Diseases, 2024), une prophylaxie postexposition (PPE) de 200 mg de doxycycline (ou doxy PPE), prise idéalement dans les 24 heures et au maximum 72 heures après une ou plusieurs relations sexuelles sans condom, a montré qu’elle réduisait les risques d’infections bactériennes transmissibles sexuellement (ou ITS bactériennes) — en particulier pour la chlamydia et la syphilis, avec des résultats mitigés pour la gonorrhée, chez les personnes assignées de sexe masculin à la naissance – en particulier chez les hommes gais, bisexuels et autres hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HARSAH) mais aussi chez les femmes transgenres, et vivant avec le VIH ou utilisant une prophylaxie préexposition (PrEP) contre le VIH.
L’objectif de cette étude (Traeger, M. W., & al., JAMA Internal Medicine, 2025) était de décrire l’adoption précoce de la doxy PPE (nombre d’individus ayant initié la doxy PPE à travers le temps) et d’évaluer les changements dans l’incidence des ITS après l’initiation de la doxy PPE chez les adultes inclus dans l’étude. Cette étude de cohorte rétrospective a porté sur des adultes séronégatifs pour le VIH ayant reçu la PrEP chez Kaiser Permanente – Northern California (KPNC), et ce, entre le 1er novembre 2022 et le 31 décembre 2023. À partir de novembre 2022, la doxy PPE a été proposée aux membres de KPNC bénéficiant de soins liés à la PrEP contre le VIH. Les données des dossiers médicaux électroniques ont été examinées pour comparer les utilisateurs de PrEP ayant reçu ou non la doxy PPE et les taux d’ITS bactériennes avant et après le début de l’adoption de la doxy PPE – à savoir qu’il est recommandé de réaliser un dépistage des ITS bactériennes au moins tous les trois mois pendant l’utilisation de la PrEP contre le VIH. Les individus ont été suivis à partir de leur premier test d’ITS enregistré le 1er novembre 2020 ou après, jusqu’au 31 décembre 2023 ou jusqu’à l’arrêt de leur adhésion au régime de santé.
Les caractéristiques démographiques et cliniques ont été comparées entre les individus ayant reçu ou non la doxy PPE. Les résultats principaux étaient l’incidence (cas incidents) de la chlamydia, la gonorrhée ou la syphilis infectieuse, mesurée par le taux de positivité (ou prévalence des cas positifs) des ITS trimestrielles (proportion d’individus présentant au moins un résultat positif au dépistage des ITS dans une période de trois mois). Parmi les bénéficiaires de la doxy PPE, les rapports de taux (RR) ont comparé la positivité moyenne trimestrielle des ITS, 24 mois avant et 12 mois après le début de la doxy PPE.
Résultats : importante baisse dans les taux de positivité trimestriels
Parmi les 11 551 utilisateurs de PrEP contre le VIH (âge moyen de 39,9 ans avec 95,1 % d’hommes), 2253 (soit 19,5 %) ont reçu une prescription pour la doxy PPE, dont 2228 (98,9 %) étaient des hommes et 1096 (48,6 %) avaient eu une ITS dans l’année précédant l’initiation de la doxy PPE. Le nombre trimestriel d’individus ayant reçu pour la première fois du doxy PPE est passé de 85 au quatrième trimestre 2022 à 650 au troisième trimestre 2023, avant de diminuer à 605 au quatrième trimestre 2023. Comparés aux individus n’ayant pas reçu de doxy PPE, les bénéficiaires de doxy PPE étaient plus âgés (âge moyen de 40,4 ans vs 39,8 ans), utilisaient la PrEP contre le VIH depuis plus longtemps (moyenne de 4,2 vs 3,4 ans) et une proportion plus élevée d’entre eux disposait d’une assurance santé – à savoir 2091 (92,8 %) vs 8270 (88,9 %).
Parmi les receveurs de doxy PPE, le taux de positivité trimestriel, au cours des 24 derniers mois précédant l’initiation à la doxy PPE vs. 12 mois suivant l’initiation de la doxy PPE :
- pour la chlamydia, variait de 7,9 % à 11,6 % vs. 1,8 % à 2,2 % ;
- pour la syphilis, variait de 1,3 % à 2,1 % vs. 0,2 % à 0,6 % ;
- pour la gonorrhée, variait de 7,6 % à 11,3 % vs. 7,8 % à 10,7 %.
De manière générale, le taux de positivité trimestriel moyen parmi les receveurs de doxy PPE :
- pour la chlamydia, est passé de (a diminué) de 9,6 % avant l’adoption de la doxy PPE à 2 % après l’adoption de la doxy PPE (RR = 0,21), avec des baisses significatives pour chaque site anatomique d’infection ;
- pour la syphilis, est passé (a diminué) de 1,7 % avant le début de l’adoption de la doxy PPE à 0,3 % après l’adoption de la doxy PPE (RR = 0,20) ;
- pour la gonorrhée est passé de (a diminué) de 10,2 % avant le début de l’adoption de la doxy PPE à 9 % après l’adoption de la doxy PPE (RR = 0,88). Les diminutions spécifiques aux sites étaient significatives pour la gonorrhée rectale et urétrale, mais pas pour la gonorrhée pharyngée.
Le taux de positivité pour les ITS est restée stable chez les individus n’ayant pas reçu de doxy PPE.
Conclusion
Dans cette large étude de cohorte portant sur des individus ayant accès à la PrEP dans un système de soins de santé intégré du nord de la Californie, une personne sur cinq a reçu la doxy PPE au cours de la première année de sa disponibilité. Les analyses de données montrent que l’administration de la doxy PPE a été associée à des diminutions importantes de l’incidence de chlamydia et de la syphilis, ainsi qu’à des diminutions modérées de la gonorrhée urétrale et rectale, mais pas de la gonorrhée pharyngée.
Ces données révèlent les estimations préliminaires de l’association existante entre l’administration de la doxy PPE et la diminution de l’incidence des ITS en pratique clinique, et mettent en évidence les avantages potentiels de la mise en œuvre de la doxy PPE pour réduire les ITS au sein des réseaux sexuels des personnes utilisant la PrEP.
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XLG
