L’hépatite delta chronique (HDC) constitue la forme la plus sévère d’hépatite virale et est associée à une progression accélérée vers la cirrhose et l’insuffisance hépatique. Le bulévirtide (BLV) a montré des résultats prometteurs dans les essais cliniques, mais les données issues d’essais menés en vie réelle concernant son efficacité, sa tolérance et son impact sur les résultats de santé rapportés par les patients (RRP) demeurent limitées.
Méthodes et mesures
Cette étude (Mengato, D., & al., Journal of Viral Hepatitis, 2026) observationnelle prospective incluait 31 patients atteints d’HDC, et a été menée au centre hospitalier de l’Université de Padou (Italie), au sein d’une structure spécialisée – la Medication Review Clinic (MRC), dédiée à la prise en charge des patients atteints d’HDC. Les patients étaient envoyés à la MRC par des hépatologues ou autres spécialistes afin qu’ils puissent bénéficier d’une prise en charge personnalisée encadrée par un pharmacien, pour renforcer leur observance thérapeutique, être accompagnés tout au long de leur traitement et améliorer leurs résultats cliniques. Des doses de 2mg de BLV étaient administrées quotidiennement par voie sous-cutanée (par auto-injection) et les patients étaient évalués par le pharmacien à l’inclusion, puis à toutes les 4 à 8 semaines, ou plus fréquemment si cela était cliniquement indiqué. Les patients traités par BLV entre juillet 2023 et juillet 2025 et ayant bénéficié d’au moins deux visites consécutives à la MRC ont été inclus dans l’analyse. Les réponses virologiques, biochimiques et combinées ont été évaluées aux semaines 24, 48 et 60 (S24, S48 et S60):
- La réponse virologique était définie par des taux d’ARN du VHD (ARN-VHD) inférieurs à la limite de quantification (LdQ) ou par une diminution > 2 log10 UI/mL par rapport à l’inclusion.
- La réponse biochimique correspondait quant à elle à une normalisation des taux d’alanine aminotransférase (ALAT), à savoir < 40 U/L.
- La réponse combinée était atteinte lorsque les deux critères — diminution de l’ARN-VHD > 2 log10 UI/mL ou < LdQ et ALAT < 40 U/L — étaient remplis.
La qualité de vie ou QdV (au moyen du questionnaire EQ-5D-5L), l’observance thérapeutique (proportion de jours couverts, PJC) ainsi que les événements indésirables (ÉI), ont été évalués tout au long du suivi.
Résultats de l’étude
Parmi les 31 patients atteints d’HDC, 27 ont complété le suivi à S24, 22 ont atteint le suivi à S48 et 16 celui à S60. Les patients étaient majoritairement de sexe féminin (54,3 %), avec un âge moyen de 57,1 ans. L’évaluation de la sévérité de la maladie hépatique a mis en évidence une forte prévalence de la cirrhose au sein de la cohorte (71 %), dont 22,7 % des patients étaient classés Child-Pugh B.
Selon les résultats, l’ARN-VHD est passé :
- de 5,39 log10 UI/mL à l’inclusion (t0),
- à 3,51 log10 UI/mL à S24 (t1) – soit -1,88 log10,
- à 2,56 log10 UI/mL à S48 (t2) – soit -0,95 log10,
- à 2,83 log10 UI/mL à S60 (t3) – soit +0,27 log10 (non significatif).
Globalement, entre l’inclusion et S60, une réduction significative de -2,56 log10 UI/mL a été constatée. De manière similaire, la proportion de patients présentant un ARN-VHD indétectable (< 10 UI/mL) a augmenté de façon significative au cours du temps, passant de 0 % à l’inclusion à 7,4 % à S24, 22,7 % à S48 et 37,5 % à S60.
Les marqueurs biochimiques de l’inflammation hépatique ont montré quant à eux une amélioration rapide et durable :
- les taux médians d’ALAT ont diminué de manière significative, passant de 63 U/L à 34 U/L entre l’inclusion et S24, puis sont restés globalement stables par la suite jusqu’à S60;
- les taux d’ASAT (aspartate aminotransférase) ont diminué de 63 U/L à 38 U/L entre l’inclusion et S24, puis sont demeurés relativement stables par la suite.
Une réponse combinée a été obtenue chez 4 patients (14,8 %) à S24, chez 36,4 % des patients à S48 et chez 43,7 % des patients à S60, soulignant l’efficacité prolongée du maintien du traitement par BLV.
Les patient·e·s ont rapporté une amélioration significative de leur QdV au cours de la période d’étude. Le score VAS moyen est passé de 72,42 à l’inclusion à 83 à S24, puis cette amélioration s’est maintenue par la suite — 83,11 à S48 et 84,59 à S60. L’amélioration globale du score VAS entre la première et la dernière visite de suivi (S60) était de +12,17, atteignant une différence statistiquement significative. L’analyse en sous-groupes a montré que les antécédents thérapeutiques n’influençaient pas significativement ces résultats : les patient·e·s préalablement exposé·e·s à l’interféron (38,7 %) comme les patient·e·s naïf·ve·s au traitement ont présenté des améliorations significatives similaires de la qualité de vie reliée à la santé (QdVRS). À S24, le PJC moyen global était de 95,3 %, et 27/27 patient·e·s (100 %) démontraient une adhésion optimale, définie par un PJC ≥ 90 %. Lors des suivis à S48 et S60, l’observance est demeurée élevée, avec 100 % des patient·e·s maintenant une PJC ≥ 80 %, et une augmentation de la PJC moyenne global jusqu’à 96 %.
28 ÉI ont été rapportés chez 15 patient·e·s (48,4 %) au cours de la période d’étude, dont 9,8 % (3/31) ont été classés comme ÉI de grade 3 ou 4. Toutefois, l’arrêt du traitement n’est survenu que chez 3 patient·e·s (9,8 %), respectivement en raison de problèmes d’observance, d’un ÉI (éruption cutanée majeure et prurit sévère) et d’un décès non lié au traitement (3,2 % chacun). Des réactions au site d’injection, incluant un érythème et un prurit, ont chacune été rapportées chez 9,8 % des patient·e·s.
Conclusion
Cette étude constitue la première recherche menée en vie réelle intégrant à la fois des critères centrés sur le·la patient·e, incluant la QdVRS, en parallèle des critères d’efficacité virologique, biochimique et de tolérance, chez des patient·e·s atteint·e·s d’HDC recevant du BLV. En situation de vie réelle, le BLV a permis d’obtenir des améliorations virologiques et biochimiques durables, associées à des résultats favorables en termes de tolérance et de QdV, confirmant ainsi son efficacité dans la prise en charge courante de l’HDC. L’efficacité du BLV dans la réduction de la charge virale et l’amélioration des paramètres biologiques de la fonction hépatique observée dans cette cohorte reflète étroitement les résultats des essais cliniques pivots, selon les auteurs.
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