Le cabotégravir + rilpivirine à action prolongée (CAB + RPV LA) constitue le premier schéma complet de traitement antirétroviral à action prolongée (ou TAR LA) recommandé par les lignes directrices et approuvé aux États-Unis pour le maintien de la suppression virologique – chez les personnes vivant avec le VIH (PVVIH) dont la charge virale est déjà initialement supprimée. Dans les études de phase 3/3b, l’administration de CAB + RPV LA selon un intervalle mensuel ou tous les deux mois (bimestriel) a démontré une non-infériorité par rapport au TAR oral quotidien pour le maintien de la suppression virologique (Swindells, S., & al., NEJM, 2020 ; Ramgopal, M. N., & al., The Lancet HIV, 2023). Les personnes recevant le CAB + RPV LA tous les mois (analyse combinée des études ATLAS et FLAIR) ou tous les deux mois (étude SOLAR) ont rapporté un niveau de satisfaction thérapeutique significativement plus élevé que les personnes poursuivant un TAR oral quotidien. De plus, dans ces études, la grande majorité des personnes recevant le CAB + RPV LA (de 89,9 % à 99,2 %) ont indiqué préférer le TAR LA au TAR oral quotidien au cours des 48 semaines de suivi.
Des données récentes ont également montré que le CAB + RPV LA était bénéfique chez les personnes éprouvant des difficultés liées au TAR oral quotidien (montrant des barrières à l’adhésion) – Gandhi, M., & al., Annals of Internal Medicine, 2023. Bien que la prescription du CAB + RPV LA chez les PVVIH qui ne présentent pas de suppression virologique se situe en dehors des indications actuellement approuvées figurant dans la monographie du produit, des études sont en cours afin d’évaluer l’efficacité et l’innocuité de cette approche dans cette population. Dans une cohorte de pratique clinique réelle composée de personnes présentant des difficultés d’adhésion sous TAR oral antérieur, y compris des personnes en situation de virémie, le CAB + RPV LA a permis de maintenir la suppression virologique (Hickey, M. D., & al., Clinical Infectious Diseases, 2025).
Le traitement par CAB + RPV LA pourrait donc contribuer à atténuer les difficultés d’adhésion associées à la prise quotidienne d’un TAR oral. L’objectif de cette étude (Garris, C., & al., JMCP, 2026) visait à évaluer et comparer, en contexte de pratique clinique réelle, l’adhésion, la persistance au traitement et l’utilisation des ressources de soins de santé chez les PVVIH ayant effectué une transition vers le CAB + RPV LA, par rapport à celles ayant maintenu un TAR oral quotidien.
Méthodes
« ABOVE » est une étude de cohorte rétrospective menée aux États-Unis qui utilise les données de réclamations administratives (demandes de remboursement) de la Symphony Health Solutions Integrated Dataverse, couvrant la période du 1er janvier 2020 au 31 août 2023. L’étude a inclus des PVVIH âgées de 12 ans et plus, recevant un TAR oral stable et présentant une activité clinique continue pendant au moins 12 mois précédant la date index (ou date initiale de l’étude). Les participants ont été répartis entre le groupe de ceux ayant amorcé un traitement par CAB + RPV LA (cohorte TAR LA) et ceux ayant maintenu un TAR oral (cohorte TAR oral). La date index correspondait à la date de la première injection de CAB + RPV LA ou, pour la cohorte TAR oral, à une date index imputée. Une pondération (fondée sur le ratio standardisé de mortalité, ou RSM utilisant les scores de propension) a été appliquée afin d’équilibrer les caractéristiques de base entre les groupes. L’observance/adhésion thérapeutique (proportion de jours couverts ou PDC ≥ 0,9 au cours des 12 mois suivant la date index) ainsi que la persistance au schéma thérapeutique (nombre de jours écoulés entre la date index et la première occurrence de l’arrêt du traitement ou de la fin du suivi) ont été comparées entre les groupes. Le rapport de cotes ajusté (RCa ou ORa) a été aussi mesuré. L’utilisation des ressources de soins de santé, y compris les soins préventifs, a également été évaluée. Les résultats ont été présentés sous forme de rapports de taux d’incidence (incidence rate ratios, IRR).
Résultats de l’étude
Au cours de la période d’étude, 442 091 PVVIH ont été identifiées dans la base de données administrative. Parmi celles-ci, 304 335 avaient reçu un TAR stable depuis au moins trois mois. Au total, 1245 et 58 644 personnes admissibles ont été incluses respectivement dans la cohorte (non pondérée) de TAR LA et dans la cohorte (non pondérée) de TAR oral. La durée moyenne de la période d’observation était de 17,2 ± 3,9 mois pour la cohorte TAR LA et de 13,4 ± 0,6 mois pour la cohorte TAR oral, respectivement. La majorité des participants recevaient, durant la période de référence, un inhibiteur de transfert de brin de l’intégrase (INTBI ou INI) associé à deux inhibiteurs nucléosidiques de la transcriptase inverse (INTI). Le schéma thérapeutique le plus fréquemment utilisé était composé de bictégravir/emtricitabine/ténofovir alafénamide (BIC/FTC/TAF), observé chez 52,2 % des personnes de la cohorte TAR LA et chez 51,4 % de la cohorte TAR oral (non pondérée).
L’échantillon pondéré par le RSM comprenait 1245 personnes dans la cohorte TAR LA et 1275 personnes dans la cohorte TAR oral. À la date index, les participants des deux cohortes recevaient en moyenne leur schéma antirétroviral oral de référence depuis 9 à 10 mois. Au cours de la période de référence, l’observance thérapeutique (proportion de participants ayant une PDC ≥ 0,90) était similaire entre les deux cohortes après pondération. Elle était de 63,9 % dans la cohorte TAR LA pondérée, de 63,3 % dans la cohorte TAR oral pondérée, et de 64,2 % dans le sous-groupe BIC/FTC/TAF pondéré.
Modalités de traitement par CAB + RPV LA
Au cours de la période d’observation (de 12 mois), la majorité des personnes de la cohorte TAR LA avaient reçu le CAB + RPV LA aux deux mois (57,6 %) ou avaient effectué une transition d’une administration mensuelle vers une administration aux deux mois (29,2 %). Un total moyen de 8 injections de CAB + RPV LA a été administré par participant. Parmi les 258 personnes ayant reçu un TAR oral en relais pour couvrir des injections manquées, les schémas les plus fréquemment utilisés étaient BIC/FTC/TAF (53,9 %) et dolutégravir/lamivudine ou DTG/3TC (15,5 %).
Adhésion thérapeutique
Dans l’échantillon pondéré par le RSM, une proportion plus élevée de participants de la cohorte TAR LA étaient adhérents (à savoir avec ≥ 0,90 PDC) sur 12 mois (73,7 %) comparativement à la cohorte TAR oral et au sous-groupe BIC/FTC/TAF (30,1 % et 29,5 %, respectivement). Des taux d’adhésion plus élevés dans la cohorte TAR LA par rapport à la cohorte TAR oral ont également été observés pour les seuils de PDC ≥ 0,85 (76,5 % vs 41,9 %) et ≥ 0,80 (78,8 % vs 49,9 %). Selon les analyses plus poussées, la cohorte recevant un TAR LA présentait une probabilité d’adhésion huit fois plus élevée que la cohorte recevant un TAR oral (RC ajusté = 8,06). La probabilité d’adhésion était également plus élevée dans la cohorte TAR LA que dans le sous-groupe recevant le TAR oral à base de BIC/FTC/TAF (RC ajusté = 8,19). Parmi les facteurs associés à l’adhésion au traitement par CAB + RPV LA figuraient le type de régime d’assurance, les troubles liés à l’usage de substances et les troubles addictifs, ainsi que le niveau d’adhésion au départ de l’étude dans la cohorte TAR LA.
Persistance thérapeutique
Dans l’échantillon pondéré par RMS, la cohorte recevant un TAR LA présentait une persistance au traitement plus élevée (424 jours) que la cohorte recevant un TAR oral (393 jours). La persistance au traitement était également plus élevée dans la cohorte TAR LA que dans la cohorte recevant le schéma BIC/FTC/TAF (396 jours).
La cohorte TAR-LA affichait également des taux plus élevés de vaccination (IRR = 1,25), de dépistage des cancers (IRR = 1,17), de dépistage des infections transmissibles sexuellement (IRR = 1,24), de tests de la densité minérale osseuse (IRR = 2,37), ainsi que des taux d’hospitalisation plus faibles (IRR = 0,37).
Conclusion / Interprétation des résultats
Les personnes ayant effectué une transition vers un TAR LA présentaient une adhésion thérapeutique à 12 mois significativement supérieure ainsi qu’une meilleure persistance au traitement durant la période de suivi, comparativement aux personnes ayant maintenu un TAR oral. Les taux plus élevés de recours aux mesures préventives essentielles et les taux d’hospitalisation plus faibles observés chez les personnes ayant effectué la transition vers un TAR LA mettent en évidence les bénéfices associés à un engagement accru dans les soins de santé.
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