Chez les personnes présentant une infection chronique active par le virus de l’hépatite C (VHC), la rigidité hépatique (RH) constitue un examen non invasif utilisé pour évaluer l’étendue de l’atteinte hépatique. Par ailleurs, l’obtention d’une réponse virologique soutenue (RVS) interrompt la progression des lésions hépatiques, et dans la majorité des cas, la RH diminue de manière significative. Cependant, les personnes vivant avec le VIH (PVVIH) présentent une régression plus lente de la RH après l’obtention d’une RVS. Bien que certains facteurs, tels que l’immunodépression, puissent compromettre la réversibilité des lésions hépatiques, les patients susceptibles de présenter une normalisation de la RH restent mal identifiés. Dans certains cas, la RH s’aggrave. De même, les caractéristiques des patients à risque de progression de la RH demeurent insuffisamment connues. L’objectif de cette étude visait de fait à analyser l’évolution de la RH (dureté du foie) chez les PVVIH et présentant une fibrose hépatique avancée ayant obtenu une RVS, et à évaluer les facteurs associés à la normalisation ou à la progression de la RH après un suivi à long terme.
Méthodes
Cette étude de cohorte prospective multicentrique (Martin-Carmona, J., & al., AIDS, 2026) incluait des personnes vivant avec une co-infection VIH/VHC issues de la cohorte espagnole GEHEP-011, répondant aux critères suivants : rigidité hépatique pré-thérapeutique ≥ 9,5 kPa ; obtention d’une RVS après un traitement par antiviraux à action directe (AAD) ; disponibilité d’une mesure de la rigidité hépatique au moment de la RVS. Les facteurs associés à la normalisation de la RH (atteinte d’une valeur ≤ 7,2 kPa lors de deux mesures consécutives) et à sa progression (augmentation de la rigidité hépatique > 20 % à la dernière mesure disponible) ont été analysés.
Résultats
Au total, 678 personnes ont été incluses dans l’analyse. Tous les participants suivaient un traitement antirétroviral (TAR), et 563 (83 %) présentaient une charge virale plasmatique du VIH (ARN-VIH) inférieure à 50 copies/mL. La moyenne du nombre de lymphocytes CD4+ était de 573 (351–786) cellules/mm³. Avant le traitement, 421 patients (à savoir 62,1 %) présentaient une rigidité hépatique (RH) ≥ 14 kPa. Au moment de l’obtention de la RVS, 288 patients (42,5 %) présentaient une rigidité hépatique ≥ 14 kPa.
La durée moyenne entre la première et la dernière mesure de la RH était de 40 mois. L’ANOVA a mis en évidence un effet principal significatif du temps sur la RH, indiquant des différences de RH selon les points temporels. Ainsi, par rapport à la valeur initiale, la valeur moyenne de la RH a diminué de 29,9 % au moment de l’obtention de la réponse virologique soutenue (RVS). 12 et 24 mois après la RVS, la moyenne de la RH a diminué respectivement de 34,9 % et de 41,9 % par rapport à la valeur initiale. En considérant les catégories de RH :
- 448 personnes (66 %) ont présenté une amélioration,
- 192 (28 %) n’ont montré aucun changement,
- 38 patients (6 %) ont présenté une aggravation.
221 personnes (32,6 %) ont atteint une RH ≤ 7,2 kPa au cours du suivi (soit une normalisation). La probabilité d’atteindre une RH < 7,2 kPa à 1, 3 et 5 ans était respectivement de 11,2 %, 26,7 % et 38,7 %. En analyse multivariée, la présence d’une maladie hépatique plus avancée était significativement associée à une probabilité plus faible d’atteindre une RH ≤ 7,2 kPa. Par ailleurs, la coexistence d’un diabète sucré était associée à une diminution de la probabilité d’atteindre une RH ≤ 7,2 kPa, cette association étant proche du seuil de significativité statistique.
Au total, 50 patients (7,4 %) ont présenté une progression de la RH au cours de leur suivi. En analyse bivariée, un traitement sans interféron était significativement associé à l’événement étudié. En analyse multivariée, une valeur plus élevée de la RH au moment de la RVS, une valeur du paramètre d’atténuation contrôlée (CAP – outil accessible pour évaluer la stéatose hépatique ou quantifier la graisse dans le foie) à la RVS supérieure à 280 dB/m, ainsi qu’un âge plus avancé, étaient significativement associés à une probabilité plus élevée de progression de la rigidité hépatique.
Conclusion
Chez les patients présentant une co-infection VHC/VIH et une fibrose hépatique avancée, la RH diminue significativement à long terme après l’obtention d’une RVS, sous des schémas thérapeutiques à base d’AAD. Chez une proportion importante de patients, cette amélioration conduit à des valeurs de RH ≤ 7,2 kPa. Toutefois, près d’un tiers des patients ne présentent aucune modification, voire une augmentation, de la RH. La présence d’une maladie hépatique plus avancée avant la guérison de l’infection par le VHC était associée à une probabilité plus faible d’obtenir une normalisation de la RH. Par ailleurs, la présence d’une stéatose hépatique sévère, une valeur plus élevée de la RH — toutes deux mesurées au moment de la RVS — ainsi qu’un âge plus avancé, constituaient des facteurs prédictifs de la progression de la rigidité hépatique après la RVS.
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