En raison de voies de transmission communes, environ 20 à 30 % des patients infectés par le VIH présentent une coinfection par le virus de l’hépatite C (VHC), en particulier chez les utilisateurs de drogues par injection (UDI), chez lesquels le taux de coinfection atteint les 70 à 95 %. Des études antérieures ont démontré que l’infection par le VIH accélérait la progression des maladies hépatiques liées au VHC, entraînant un risque accru de cirrhose, de complications hépatiques et de mortalité. Au fil du temps, les options thérapeutiques pour le VIH et le VHC se sont considérablement améliorées, notamment avec l’avènement de la thérapie antirétrovirale (TAR) et l’introduction des antiviraux à action directe (AAD). Les AAD permettent d’obtenir des taux élevés de réponse virologique soutenue (RVS) et répondent aux préoccupations liées aux interactions médicamenteuses entre les traitements du VIH et du VHC.
L’objectif de cette étude (Park. J., & al., World Journal of Gastroenterology, 2026) visait à réévaluer l’efficacité des traitements du VHC en comparant les résultats thérapeutiques entre les patients coinfectés par le VIH/VHC et ceux présentant une mono-infection par le VHC.
Méthodes
L’étude a inclus rétrospectivement des patients diagnostiqués avec le VHC, avec/sans VIH, qui étaient issus de 12 centres hospitaliers de la Corée du Sud, entre janvier 2009 et décembre 2020. Comme traitements, les patients ont reçu du peginterféron (PegIFN) administré avec la ribavirine (RBV) ou un AAD. Le critère d’évaluation principal était la survie globale (SG). Les critères d’évaluation secondaires comprenaient l’obtention d’une RVS, le délai de survenue d’un carcinome hépatocellulaire (CHC) et les variations de l’indice fibrosis-4 (FIB-4).
Résultats
Au total, 904 patients ont été inclus dans cette étude. Parmi eux, 792 ont été classés dans le groupe VHC et 112 dans le groupe VIH/VHC. Dans le groupe VIH/VHC, 97/112 (86,6 %) avaient reçu un traitement antirétroviral contre le VIH avant leur inclusion dans l’étude. La durée médiane de suivi était de 58,4 mois.
Parmi les patients traités, 93,4 % de ceux du groupe VHC ont obtenu une RVS, contre 81,4 % dans le groupe VIH/VHC. Par ailleurs :
- Dans le groupe traité par PegIFN/RBV, 80,2 % des patients VHC ont obtenu une RVS, tandis que 60 % des patients VIH/VHC ont atteint une RVS. La proportion de patients ayant obtenu une RVS demeurait significativement plus élevée dans le groupe présentant une mono-infection par le VHC (P = 0,039).
- Dans le groupe traité par AAD, 98,7 % des patients VHC ont obtenu une RVS, contre 92,9 % des patients VIH/VHC.
Au cours de la période de suivi, parmi les patients ayant obtenu une RVS, 41/762 sont décédés. Cela comprenait 40 patients (5,8 %) du groupe VHC et 1 patient (1,4 %) du groupe VIH/VHC. La survie globale médiane (SG) n’a été atteinte dans aucun des deux groupes – à savoir que moins de la moitié des patients sont décédés au cours de la période de suivi. La SG ne différait pas significativement entre les deux groupes.
Le carcinome hépatocellulaire (CHC) est survenu chez 44/762 patients ayant obtenu une RVS au cours de la période de suivi. Parmi ces patients, 43 (6,2 %) appartenaient au groupe VHC et 1 (1,4 %) au groupe VIH/VHC. Aucune association significative n’a été observée entre l’apparition du CHC et la mono-infection par le VHC ou la co-infection VIH/VHC – quelque soit la modalité de traitement du VHC.
Parmi les patients ayant obtenu une RVS12, le FIB-4 moyen à l’inclusion était de 3,54 ± 3,63 dans le groupe VHC et de 2,54 ± 4,90 dans le groupe VIH/VHC. Après 1 an, le FIB-4 a diminué de manière significative dans les deux groupes. Lors du suivi à 3 et 5 ans, le FIB-4 est resté diminué dans les deux groupes. Chez les patients traités par PegIFN/RBV, le FIB-4 a diminué de manière significative après 1 an dans le groupe VHC. Dans le groupe VIH/VHC, une tendance à la diminution a été notée. Chez les patients traités par AAD, le FIB-4 a diminué de manière significative après 1 an dans les deux groupes, et cette réduction a été maintenue lors du suivi à 3 et 5 ans.
Conclusion : des résultats cliniques identiques pour les deux groupes avec la prise d’AAD
Dans le groupe VIH/VHC, les patients traités par PegIFN/RBV avaient un taux de RVS significativement inférieur à celui du groupe VHC. En revanche, chez les patients traités par AAD, aucune différence significative n’a été observée (P = 0,14). Une fois la RVS atteinte, aucune différence statistiquement significative n’a été constatée dans la survie globale (SG) ou l’incidence de CHC entre le groupe VHC et le groupe VIH/VHC, que les patients aient été traités par PegIFN/RBV ou par AAD. Après obtention de la RVS, l’indice FIB-4 a montré une réduction significative un an après le traitement par AAD, qui est restée stable au cours du temps. Cette analyse rétrospective démontre que, bien que la co-infection VIH/VHC soit historiquement associée à des résultats cliniques moins favorables, l’introduction des AAD a permis d’obtenir des taux de RVS plus élevés et des résultats cliniques comparables à ceux observés chez les patients présentant une mono-infection par le VHC.
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