L’infection par le virus de l’hépatite C (VHC) engendre une inflammation et des dommages importants au foie, mais peut aussi être associée à des complications non hépatiques, appelées manifestations extrahépatiques (MEH) – à savoir des problèmes de santé affectant des parties du corps en dehors du foie. Celles-ci incluent par exemple, des troubles immunitaires, des manifestations neurologiques, des atteintes (maladies) rénales, cardiovasculaires, cérébro-vasculaires, ou encore le diabète de type 2 (DT2). Les MEH aggravent les séquelles engendrées par une infection par le VHC, et ont de fait un impact important sur la qualité de vie des personnes qui en sont atteintes, ainsi que sur leurs résultats de santé de manière générale. Cependant, des études effectuées à la suite de l’introduction des antiviraux à action direct (AAD) – ceux-ci ont été introduits au Canada en 2014, ont montré que le traitement et la guérison de l’infection par le VHC par AAD pouvait être associée à une réduction des MEH.
Cette étude (Jeong, D., & al., JAMA Network Open, 2025) visait de fait à évaluer l’association existante entre un traitement réussi de l’infection par le VHC par AAD et le risque de manifestations extrahépatiques (MEH), chez des personnes atteintes d’une infection chronique par le VHC. Les auteurs ont évalué l’incidence des MEH chez les personnes ayant reçu un traitement par AAD et obtenu une réponse virologique soutenue (RVS), ainsi que chez celles n’ayant pas atteint la RVS, comparativement aux personnes n’ayant jamais reçu de traitement contre le VHC.
Cette étude de cohorte rétrospective, basée sur la population, a été menée en Colombie-Britannique, à partir de la cohorte « BC Hepatitis Testers Cohort », qui inclut plus de 1 300 000 personnes testées pour le VHC. Les analyses se sont basées sur des données recueillies entre 1990 et 2021, et ont été analysées entre février 2024 à mars 2025. Les participants ont été suivis sur une période moyenne de 2,5 ans. Les personnes traitées par AAD ont été appariées à celles qui n’ont jamais été traitées, en fonction de l’année de diagnostic de l’infection par le VHC.
La population étudiée comprenait les personnes ayant reçu un diagnostic d’infection chronique par le VHC au plus tard le 31 mars 2020. Le traitement par AAD a été défini comme la délivrance d’au moins une ordonnance d’AAD. Un traitement réussi de l’infection par le VHC par AAD, a été défini ici comme l’obtention d’une réponse virologique soutenue (RVS). La RVS était déterminée par un test d’ARN du VHC négatif effectué 10 semaines ou plus après la fin du traitement, la majorité des personnes ayant été évaluées pour la RVS à 12 semaines (RVS12) ou plus après le traitement. Les individus étaient classés en trois groupes : (1) traités avec RVS, (2) traités sans RVS, ou (3) non traités.
Étant donné que les caractéristiques cliniques et sociodémographiques des personnes ayant reçu des AAD pouvaient différer de celles n’ayant jamais été traitées, les auteurs ont utilisé la pondération inverse sur la probabilité d’être traité (IPTW, score de propension) afin de corriger les déséquilibres dans les caractéristiques de base.
Les principaux critères de jugement correspondaient à l’incidence des cinq groupes de MEH suivants : la maladie rénale (insuffisance rénale) chronique (MRC) et la maladie rénale terminale (MRT), le diabète de type 2 ou DT2 (augmentation du taux de sucre dans le sang au-dessus des valeurs normales), l’accident vasculaire cérébral (AVC), les événements cardiovasculaires indésirables majeurs (ou MACE, pour « major adverse cardiac events ») et les troubles neurocognitifs (TNC).
Résultats concluants pour les MRC, MRT, AVC, MACE et TNC
Selon les résultats, parmi les 22 576 personnes incluses dans cette étude – l’âge moyen (écart-type) au moment du diagnostic de l’infection par le VHC était de 42 ans (12 ans), comprenant 14 950 hommes (soit 66,2 %) :
- 11 953 individus avaient reçu un traitement par AAD et avaient obtenu une RVS,
- 386 individus avaient reçu un traitement par AAD, sans atteindre la RVS,
- 10 237 individus n’avaient jamais reçu de traitement.
Les taux d’incidence (pour 1000 personnes-années, PA) dans les groupes d’individus non traités vs. d’individus traités avec RVS (NT vs. T+RVS) étaient les suivants :
- 21,0 vs. 14,7, pour la MRC et la MRT – et 28 pour le groupe d’individus traités sans RVS (T-RVS);
- 8,9 vs. 6,3, pour l’AVC ;
- 26,7 vs. 19,3, pour les MACE – et 20,7 pour le groupe T-RVS ;
- 19,2 vs. 10,3, pour les TNC – et 19,5 pour le groupe T-RVS ;
- 6,4 vs. 9,2, pour le DT2 – pas de baisse au niveau du DT2 n’a été observée.
Après ajustement, un traitement réussi par AAD était associé à un risque plus faible de MRC et MRT (RRsa ou rapport de risque spécifique ajusté = 0,54), d’AVC (RRsa = 0,66), de MACE (RRsa = 0,58) et de TNC (RRsa = 0,52), comparativement à l’absence de traitement. En revanche, aucune association significative n’a été observée pour le DT2 (RRsa = 1,04).
Conclusion et discussion des résultats
Dans cette étude de cohorte portant sur 22 576 personnes atteintes d’une infection chronique par le VHC, un traitement réussi par AAD a été associé à un risque réduit de plusieurs MEH. Ces résultats soulignent l’importance du dépistage précoce et du traitement du VHC afin de prévenir les MEH et d’améliorer les résultats cliniques globaux.
Conformément à ces résultats, selon ce qu’expliquent les auteurs, des études antérieures ont déjà montré qu’un traitement par AAD était en effet associé à un risque réduit d’événements cardiovasculaires. Par exemple, une étude qui a été menée aux États-Unis chez des anciens combattants a révélé une réduction de 43 % du risque d’événements cardiovasculaires chez les patients traités par AAD, comparativement aux patients non traités (Butt, A. A., & al., Gastroenterology, 2019). De manière similaire, une étude française (Lam, L., & al., Pharmacoepidemiol Drug Safety, 2023) a rapporté une diminution du risque d’événements (maladies) artériels périphériques et, chez les patients présentant une fibrose hépatique avancée, une réduction du risque d’insuffisance cardiaque et d’événements cardiovasculaires globaux.
En ce qui concerne les résultats reliés au DT2, cela peut être expliqué par le fait que, selon les chercheurs, les personnes traitées pour le VHC aient bénéficié d’un meilleur accès aux soins et au dépistage, ce qui aurait conduit à une fréquence plus élevée de diagnostic de DT2 par rapport à celles qui n’ont jamais été traitées pour le VHC.
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Voir aussi le résumé de CATIE portant sur la même étude.
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