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Parcours migratoires et cascade de soins du VIH chez les patients adultes nouvellement inscrits au SMVC (CUSM)

Les personnes migrantes sont confrontées à plusieurs obstacles en matière d’accès à une couverture des soins de santé, notamment les soins liés au VIH. Par définition, le terme « migrant » désigne ici toute personne résidant temporairement ou de façon permanente à l’extérieur de son pays de naissance, et au Canada, il existe différents statuts migratoires : les réfugiés/demandeurs d’asile (ou demandeurs de statut de réfugié), les résidents permanents, les citoyens, les travailleurs étrangers temporaires, les étudiants internationaux, les résidents temporaires (visiteurs), et les personnes admises au titre de la réunification familiale. Au Canada, l’accès à la couverture des soins de santé est défini par les régimes d’assurance maladie provinciaux; toutefois, l’admissibilité à ces régimes et les périodes d’attente sont largement déterminées par le statut migratoire. En effet, les groupes diffèrent considérablement sur le plan des droits et des privilèges, de la couverture des soins de santé et des parcours d’accès aux soins.

Les demandeurs d’asile et les personnes ayant présenté une demande de protection à titre de réfugié sont couverts par le Programme fédéral de santé intérimaire (PFSI) jusqu’à ce qu’ils deviennent admissibles à un régime provincial ou bénéficient d’une autre couverture (p. ex. une assurance offerte par l’employeur). Les personnes empruntant d’autres voies d’immigration sont davantage susceptibles de bénéficier d’une couverture partielle ou de connaître des délais et des interruptions de couverture. Au Canada, les réfugiés/demandeurs d’asile doivent se soumettre à un examen médical aux fins de l’immigration (EMI) obligatoire dans les 30 jours suivant le dépôt de leur demande d’asile. Les personnes chez qui une infection par le VIH est diagnostiquée sont orientées vers des services de soins spécialisés. Les autres groupes de personnes migrantes peuvent ne pas bénéficier d’un parcours d’accès aux soins aussi structurés.

Au Québec, on estime à 50 000 le nombre de personnes qui ne sont admissibles ni au régime provincial d’assurance maladie, administré par la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ), ni à la couverture du PFSI en raison de leur statut migratoire précaire. Ces disparités peuvent contribuer aux variations des délais entre le diagnostic et l’instauration du traitement. En d’autres termes, le statut migratoire influe sur les résultats de la cascade des soins.

Dans ce contexte, cette étude (Nodzynski, K., & al., HIV Medicine, 2026) avait pour objectif d’évaluer la cascade des soins liés au VIH chez des adultes nouvellement inscrits au Service des maladies virales chroniques (SMVC, Centre universitaire de santé McGill, CUSM, Montréal).

Méthodes

Il s’agit en fait d’une étude de cohorte rétrospective réalisée auprès d’adultes (≥ 18 ans) vivant avec le VIH et nouvellement inscrits au SMVC, entre le 1er janvier 2022 et le 31 décembre 2024. Les données sociodémographiques, cliniques et relatives à la cascade des soins ont été extraites des dossiers médicaux électroniques.

  • L’objectif 1 de cette étude consistait à caractériser les profils sociodémographiques, cliniques et liés au statut migratoire des adultes vivant avec le VIH nouvellement inscrits au SMVC entre 2022 et 2024.
  • L’objectif 2 visait à évaluer la progression dans la cascade des soins liés au VIH selon les différents groupes de statut migratoire. Plus précisément :
    • le délai médian entre les différentes étapes de la cascade chez les patients ayant reçu un nouveau diagnostic de VIH (stratifiés selon leur groupe de statut migratoire) a été déterminé;
    • ont été présentés les nombres et les proportions de personnes ayant atteint quatre indicateurs de la cascade à des points temporels prédéterminés – être pris en charge à 6 mois, recevoir un TAR à 6 mois, être demeuré dans les soins à 12 mois et avoir obtenu une suppression virologique à 12 mois, et des modèles de régression logistique multivariée ont été utilisés afin d’évaluer si le statut migratoire était associé à ces indicateurs (binaires) de la cascade.

Résultats – caractéristiques initiales

Parmi les 695 patients, 664 (95 %) étaient nés à l’extérieur du Canada et 528 (76 %) étaient des réfugiés ou des demandeurs d’asile et la plupart était couvert par le PFSI (515/695, ou 74 %). La majorité était sans emploi (562/695, 81%), et 34 % (237/695) de la cohorte d’étude était composée de femmes cis âgées de 36 ans en moyenne.

La plupart des personnes avaient reçu un diagnostic du VIH antérieurement (414/695; 60 %), et 355/414 (86 %) recevaient déjà une TAR lors de leur première consultation. Parmi les personnes ayant reçu un diagnostic antérieur, 83 % (343/414) avaient une charge virale (CV) indétectable et 80 % (333/414) avaient un nombre de lymphocytes T CD4+ > 350 cellules/mm³ au moment de la première consultation. 40 % avaient reçu un nouveau diagnostic (281/695) lors de la première consultation, 95 % (267/281) n’avaient jamais reçu de TAR et présentaient une CV médiane de 33 330 copies/mL, ainsi qu’un nombre médian de lymphocytes T CD4+ de 346 cellules/mm³ – dont 20 % (55/281) avaient un nombre de lymphocytes T CD4+ < 200 cellules/mm³.

Intervalles de temps entre les indicateurs de la cascade de soins du VIH

Les demandeurs d’asile présentaient un délai médian de 13 jours entre leur entrée sur le territoire et le dépistage, de 7 jours entre le dépistage et l’annonce du diagnostic, et de 28 jours entre l’annonce du diagnostic et la première consultation au SMVC (arrimage aux soins).

Le délai moyen entre la première consultation au SMVC et la prescription d’une TAR variait de 0 à 18 jours selon les groupes. Le délai médian entre la prescription de la TAR et l’obtention d’une SV variait également selon le statut migratoire, allant de 30 jours chez les travailleurs étrangers temporaires à 46 jours chez les résidents permanents.

Dans l’ensemble, 618/695 (89 %) des personnes étaient documentées comme étant demeurées dans les soins à 6 mois, 603/618 (98 %) avaient une prescription de TAR documentée à 6 mois, 530/603 (88 %) étaient documentées comme étant demeurées dans les soins (toujours pris en charge) à 12 mois et 511/530 (96 %) avaient obtenu une SV documentée à 12 mois. Après stratification selon le statut migratoire, la proportion de personnes recevant des soins à 6 mois et sous TAR à 6 mois était élevée dans tous les groupes, variant de 75 % (chez les travailleurs temporaires pour les deux étapes) à 100 % (chez les résidents permanents et les étudiants internationaux pour les deux étapes).

Les différences devenaient plus marquées aux étapes plus tardives de la cascade. Dans le groupe le plus important, soit celui des réfugiés/demandeurs d’asile, 80 % (197/246 – chez ceux ayant reçu un nouveau diagnostic) avaient une rétention dans les soins documentée à 12 mois et 77 % (190/246) avaient obtenu une SV documentée à 12 mois.

Note : les résidents permanents, les citoyens, les travailleurs étrangers temporaires, les visiteurs ou résidents temporaires, les personnes admises au titre de la réunification familiale et les étudiants internationaux présentaient des profils variables quant à l’atteinte des différentes étapes de la cascade, bien que ces estimations doivent être interprétées avec prudence en raison de la taille plus limitée de leurs échantillons.

Fait important, parmi les personnes ayant reçu un diagnostic antérieur et qui étaient sous TAR lors de la première consultation, les réfugiés/demandeurs d’asile présentaient également des taux élevés d’atteinte documentée des différentes étapes de la cascade. En revanche, parmi les personnes ayant reçu un diagnostic antérieur mais ne recevant pas de TAR lors de la première consultation, les réfugiés/demandeurs d’asile présentaient une atteinte plus faible et plus variable des différentes étapes de la cascade, particulièrement en ce qui concerne la rétention dans les soins à 12 mois et la SV à 12 mois.
Dans les analyses exploratoires ajustées, les citoyens canadiens présentaient une probabilité moindre de demeurer dans les soins (RCa = 0,32) et d’obtenir une suppression virologique (RCa = 0,33) à 12 mois.

Conclusion

Cette étude de cohorte rétrospective a évalué la progression dans la cascade des soins du VIH entre 2022 et 2024 chez 695 personnes nouvellement inscrites pour recevoir des soins liés au VIH dans une grande clinique de soins tertiaires de Montréal. Cette analyse s’est concentrée sur les personnes ayant reçu un nouveau diagnostic de VIH, parmi lesquelles les réfugiés/demandeurs d’asile étaient majoritaires. En ce qui concerne les indicateurs de la cascade des soins, les réfugiés/demandeurs d’asile présentaient des délais médians de 28 jours avant l’établissement du lien avec les soins et de 18 jours avant la prescription d’un traitement antirétroviral (TAR). Néanmoins, la proportion de personnes de ce groupe ayant atteint les différentes étapes documentées de la cascade des soins était élevée. Chez les réfugiés/demandeurs d’asile ayant reçu un nouveau diagnostic du VIH, les délais d’arrimage aux soins semblent avoir augmenté par rapport aux estimations observées avant la pandémie. Les citoyens canadiens et les travailleurs temporaires présentaient une probabilité moindre d’atteindre certains indicateurs de prise en charge (être sous traitement à 6 mois chez les travailleurs temporaires, et maintien dans les soins et suppression virale à 12 mois chez les citoyens canadiens). Ces résultats montrent que les résultats des soins liés au VIH chez les personnes migrantes peuvent varier considérablement selon leur statut migratoire, ce qui souligne les limites d’une approche considérant les personnes migrantes comme un groupe homogène.

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