L’objectif de cette recherche (Prokopovych, M. & Hryzhak, I., WLMA, 2025) visait à étudier et à comparer l’efficacité de différents schémas de traitement antiviral combiné contre les virus de l’hépatite C et B (VHC et VHB) pour l’obtention d’une réponse virologique soutenue (RVS) chez des patients présentant une co-infection VIH/VHB/VHC, ainsi que leur impact sur le degré de fibrose hépatique.
Les chercheurs impliqués ont étudié 113 patients adultes vivant avec le VIH (AVVIH) et présentant une co-infection VHB/VHC, suivis entre 2017 et 2019 au sein du Centre des maladies infectieuses du Conseil régional d’Ivano-Frankivsk (Ukraine). L’efficacité du traitement antiviral du VHB a été évaluée par l’obtention de taux d’ADN du VHB (ADN-VHB) indétectables dans le plasma au moment de l’inclusion, puis à nouveau un an plus tard.
Le groupe 1 comprenait 44 patients n’ayant pas reçu de traitement antiviral contre le VHC. Les autres patients, ayant bénéficié d’un traitement antiviral du VHC d’une durée de 12 semaines, ont été répartis en deux groupes selon le schéma thérapeutique :
- le groupe 2 comprenait 29 patients traités par interféron pégylé, sofosbuvir et ribavirine – Peg-IFN + SOF + RBV;
- le groupe 3 comprenait 40 patients ayant reçu des schémas à base d’AAD sans interféron, avec ou sans RBV, à savoir :
- SOF + RBV chez 8 patients,
- SOF/ledipasvir + RBV, ou SOF/LDV + RBV chez 8 patients,
- SOF/LDV chez 7 patients,
- SOF + daclatasvir, ou SOF + DCV chez 10 patients,
- SOF/velpatasvir, ou SOF/VEL chez 7 patients.
Tous les patients ayant reçu un traitement antiviral du VHC étaient naïfs au traitement. L’ensemble des patients ont aussi reçu un traitement antirétroviral (TAR) associant des inhibiteurs nucléosidiques de la transcriptase inverse (INTI), le ténofovir et l’emtricitabine (TDF/FTC), tous deux actifs contre le VHB, ainsi que le dolutégravir (DTG).
Le stade de fibrose hépatique a été déterminé à l’aide de deux méthodes d’évaluation non invasives : l’indice APRI et l’élastographie par ondes de cisaillement ponctuelles (pSWE). La fibrose hépatique a été classée comme absente ou minime lorsque la valeur de l’APRI était < 0,5, modérée ou significative pour des valeurs comprises entre 0,5 et 1,5, et sévère ou correspondant à une cirrhose lorsque la valeur était ≥ 1,5.
L’efficacité du traitement antiviral contre le VHC a été évaluée sur la base de l’obtention d’une réponse virologique rapide à la semaine 4 du traitement (RVR4S) et d’une réponse virologique soutenue à 12 semaines après la fin du traitement (RVS12). L’efficacité du traitement antiviral contre le VHB a été appréciée par l’obtention de taux d’ADN-VHB indétectables dans le plasma au moment de l’inclusion, puis à nouveau un an plus tard.
Résultats – Traitement du VHC
Les schémas thérapeutiques associant deux AAD ont été associés à des taux élevés de RVR4S : 85,7 % pour SOF/LDV, 90 % pour SOF + DCV, et 100 % pour les schémas SOF/VEL et SOF/LDV + RBV. Ces schémas ont permis d’obtenir une RVS12 chez 100 % des patients.
L’efficacité du schéma Peg-IFN + SOF + RBV était légèrement inférieure, avec l’obtention d’une RVR4S et d’une RVS12 chez 86,2 % des patients. La plus faible efficacité a été observée avec le schéma SOF + RBV, avec une RVR et une RVS12 atteintes chez 75 % des patients. Un échec virologique est survenu chez des patients infectés par le VHC de génotype 1 (3 patients – 10,3 %) et de génotype 3 (1 patient – 3,4 %), présentant une résistance à ces schémas thérapeutiques. Aucune différence significative dans l’obtention de la RVR et de la RVS12 n’a été observée entre les groupes traités par Peg-IFN + SOF + RBV et SOF + RBV. En revanche, la comparaison entre les groupes traités par AAD ± RBV et par Peg-IFN + SOF + RBV a mis en évidence une différence statistiquement significative en faveur des AAD ± RBV pour l’obtention de la RVS12 (100 % vs 86,2 %, respectivement).
Résultats – Traitement du VHB
Après un an de suivi, une réplication persistante du VHB a été observée chez quatre patients (3,5 %), malgré un TAR régulier. Parallèlement, ces quatre patients présentaient tous une activité d’hépatite chronique minime à modérée, avec des taux d’alanine-aminotransférase (ALAT) compris entre 47,5 et 240 UI/L, et conservaient une immunodépression sévère, définie par un taux de lymphocytes CD4+ < 350 cellules/mm³. Voici la répartition des quatre patients :
- Dans le groupe 1, une réplication du VHB a été observée chez trois patients au début de l’étude. Après un an de suivi, deux de ces patients ont obtenu une suppression de la réplication du VHB, tandis qu’un patient présentait encore une réplication virale persistante.
- Dans le groupe 2, composé de patients traités par Peg-IFN + SOF + RBV, l’ADN-VHB était détectable chez un patient à l’inclusion et restait détectable un an plus tard. Toutefois, la charge virale de l’ADN-VHB a diminué de quatre ordres de grandeur, passant de 8,5 × 10⁷ UI/mL à 1,2 × 10³ UI/mL, respectivement. Cette diminution s’est accompagnée d’une augmentation du nombre de lymphocytes T CD4+, passant de 183 à 389 cellules/mm³.
- Dans le groupe 3, constitué de patients recevant des AAD ± RBV, l’ADN-VHB a été détecté chez deux patients au début de l’étude (charges virales respectives de 1,0 × 10¹ UI/mL et 2,5 × 10² UI/mL). Après un an de suivi, une suppression complète du VHB a été observée, associée à une amélioration des paramètres immunitaires, les taux initiaux de lymphocytes T CD4+ chez ces deux patients (440 et 97 cellules/mm³, respectivement) augmentant à 520 et 348 cellules/mm³, respectivement, après un an.
Ainsi, une résistance primaire du VHB au TDF/FTC a été observée chez deux patients tous groupes confondus (1,76 %). Une résistance secondaire a été mise en évidence chez les deux autres patients, exclusivement dans le groupe ne recevant pas de traitement antiviral contre le VHC (4,54 %).
Résultats – Impact sur le stade de fibrose
Après un an de suivi, chez les patients du groupe 1, la valeur médiane de la pSWE a augmenté pour atteindre 1,58 m/s, comparativement à la valeur initiale de 1,53 m/s. Toutefois, la proportion de patients présentant une fibrose avancée F3–F4 est restée inchangée. Parallèlement, la valeur médiane de l’indice APRI a diminué à 0,40, par rapport à 0,49 à l’inclusion. Néanmoins, la proportion de patients classés F3–F4 selon cet indicateur est également demeurée stable.
Après un an de suivi, soit neuf mois après la fin du traitement antiviral contre le VHC, chez les patients du groupe 2, la valeur médiane de la pSWE a diminué pour atteindre 1,30 m/s, contre 1,46 m/s à l’inclusion. En revanche, l’incidence des stades de fibrose avancée F3–F4 n’a pas varié de manière significative (10,34 % vs 17,24 % à l’inclusion). La valeur médiane de l’indice APRI a été réduite de moitié (0,23 vs 0,45 avant traitement), et aucun patient ne présentait de fibrose avancée (F3–F4) à l’issue du suivi.
Dans le groupe 3, la valeur médiane de la pSWE a diminué à 1,31 m/s après un an de suivi, soit neuf mois après l’achèvement du traitement antiviral contre le VHC, comparativement à 1,45 m/s avant traitement. Sur la base des résultats de la pSWE, l’incidence de la fibrose hépatique avancée F3–F4 a diminué, passant de 20 % avant traitement à 2,5 %. La valeur médiane de l’indice APRI a également diminué de près de moitié pour atteindre 0,26, contre 0,45 à l’inclusion, et aucun patient de ce groupe ne présentait un APRI ≥ 1,5, seuil correspondant à une fibrose sévère.
Conclusion
Les schémas thérapeutiques sans interféron comprenant deux AAD, administrés seuls ou en association avec la RBV, ont montré les effets les plus bénéfiques sur le parenchyme hépatique chez les patients coinfectés VIH/VHB/VHC, avec une réduction du degré de fibrose et une diminution significative de l’incidence de la fibrose avancée, observée neuf mois après la fin du traitement (de 20 % à 2,5 %). Ces résultats sont concordants avec ceux rapportés dans la littérature, où une diminution de la rigidité hépatique et une amélioration des indices de fibrose ont été observées après un traitement AAD.
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