Malgré des progrès considérables, de nombreuses personnes continuent de se heurter à des obstacles quant à l’accès aux soins liés au virus de l’hépatite C (VHC) et à l’observance du traitement par antiviraux à action directe (AAD), notamment en raison – entre autres, de leur situation géographique, de difficultés socioéconomiques, d’un faible niveau de littératie en santé, de l’usage de substances psychoactives (SPA) et de la stigmatisation. De plus, certaines populations à risque élevé, notamment les populations autochtones, les personnes utilisatrices de drogues par injection (PUDI) et les hommes gais, bisexuels et autres hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (gbHARSAH), demeurent touchées de manière disproportionnée par un accès insuffisant à ces services. Des modèles de soins novateurs sont donc nécessaires afin d’optimiser l’accessibilité aux services et de favoriser l’engagement des patients tout au long du continuum de soins de l’hépatite C. Afin d’évaluer l’utilité de la télémédecine dans la prestation des soins liés à l’hépatite C, les auteurs ont comparé ici (Fan, S., Imsirovic, H., & Cooper, C., Annals of Hepatology, 2026) les caractéristiques et les résultats cliniques des patients présentant une infection par le VHC, en fonction de trois modèles de soins distincts, au cours des périodes pré-pandémique, pandémique et post-pandémique de la COVID-19.
Patients et méthodes
Les patients présentant une virémie positive pour le VHC (avec un ARN-VHC détectable) et évalués entre octobre 2017 et mars 2025 dans le cadre du Programme des hépatites virales de l’Hôpital d’Ottawa ont fait l’objet d’une analyse rétrospective. Les modèles de prestation des soins pour le VHC ont été classés en trois catégories : les évaluations réalisées exclusivement en clinique externe selon le modèle conventionnel (modèle standard ou S), les soins dispensés exclusivement par télémédecine (modèle TM) ou selon un modèle hybride (modèle HB). Avant leur première consultation, les patients pouvaient choisir, lors de leur prise de rendez-vous, leur mode de prestation des soins préféré. Les patients du groupe S ont bénéficié exclusivement de services ambulatoires dans les cliniques de l’Hôpital d’Ottawa – Campus Général. Les patients du groupe TM ont été suivis uniquement dans le cadre de consultations ambulatoires virtuelles, au moyen de plateformes de téléconférence ou par téléphone. Les patients du groupe HB ont reçu leurs soins dans le cadre d’une combinaison de consultations virtuelles et de consultations en personne. L’ensemble des patients avaient accès au soutien de l’équipe multidisciplinaire du Programme des hépatites virales de l’Hôpital d’Ottawa, composée de médecins, d’infirmières, de travailleurs sociaux et de pharmaciens.
Résultats thérapeutiques selon le modèle de soins
Parmi les 1118 patients inclus, 626 (56 %) ont reçu des soins selon le modèle S, 139 (12,4 %) selon le modèle de TM, et 353 (31,6 %) selon le modèle HB. Les patients du groupe TM étaient moins susceptibles : d’être des personnes immigrantes, de présenter un trouble lié à l’usage de substances (TUS), de vivre de l’instabilité résidentielle, de présenter des antécédents d’incarcération, d’être aux prises avec des troubles psychiatriques, d’avoir un historique de consommation excessive d’alcool, ou de résider à Ottawa.
La proportion de patients ayant recours au modèle S a affiché une tendance à la baisse entre la période pré-pandémique et la période pandémique, puis une tendance à la hausse durant la période post-pandémique. À l’inverse, les proportions de patients pris en charge selon les modèles TM et HB étaient généralement plus élevées pendant la pandémie.
Durant la majorité des intervalles étudiés, les patients du groupe HB présentaient des taux d’initiation du traitement plus élevés que ceux observés dans les groupes S et TM. En effet, toutes périodes confondues, le modèle HB a été associé à des taux plus élevés d’instauration (modèles S, 81,5 %; TM, 79,1 %; HB, 92,1 %) et d’achèvement/de complétion (modèles S, 91,3 %; TM, 93,6 %; HB, 96,3 %) du traitement par AAD, comparativement aux modèles S et TM. Tous les autres résultats thérapeutiques étaient comparables entre les groupes de prestation des soins (toutes périodes confondues). Des différences en matière d’instauration du traitement étaient observées durant les périodes pré-pandémique et pandémique, mais non en période post-pandémique.
Patients présentant des obstacles face à la guérison
Une proportion plus importante de patients présentant des obstacles face à la guérison a été prise en charge selon un modèle HB (période pré-pandémique : 23,5 %; période pandémique : 41,6 %; période post-pandémique : 31,9 %; p < 0,01) ou par TM (période pré-pandémique : 6,3 %; période pandémique : 19,5 %; période post-pandémique : 8,9 %; p < 0,01) durant la pandémie, comparativement aux périodes pré- et post-pandémiques. Les taux de complétion du traitement par AAD dans cette population (période pré-pandémique : 91,1 %; période pandémique : 98,1 %; période post-pandémique : 95,8 %; p < 0,01) étaient plus élevés pendant la pandémie que durant les périodes pré- et post-pandémiques.
Le modèle de soins HB a été associé à une probabilité accrue d’amorcer un traitement par AAD (rapport de côtes, RC = 2,87), y compris chez les populations de patients faisant face à des obstacles à la guérison (RC = 2,35).
Conclusion
Les modèles de soins HB présentent un potentiel prometteur pour relever les défis de santé publique et favoriser l’engagement des populations marginalisées dans les soins, ce qui appuie leur intégration accrue au sein des programmes de prise en charge de l’infection par le VHC.
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XLG
