Le virus de l’hépatite C (VHC) touche environ 2,4 millions de personnes aux États-Unis, l’État du Kentucky présentant l’un des taux d’infection par le VHC les plus élevés. Les Centers for Disease Control and Prevention (CDC) recommandent que tous les patients chez qui une infection par le VHC est diagnostiquée fassent l’objet d’un dépistage et, le cas échéant, d’une vaccination contre le virus de l’hépatite A (VHA) et le virus de l’hépatite B (VHB). Malgré ces recommandations de longue date, les taux de vaccination demeurent inférieurs aux objectifs fixés.
Les interventions dirigées par des pharmaciens ont montré un potentiel d’amélioration de divers aspects de la prise en charge des patients, notamment les taux de vaccination et l’observance médicamenteuse. Il a été mis en évidence que l’implication des pharmaciens dans les stratégies de vaccination était associée à une augmentation des taux de vaccination dans différents contextes. Malgré des données probantes solides soutenant le rôle des pharmaciens dans la prise en charge spécialisée des maladies, les travaux évaluant des modèles complets de soins de l’hépatite C dirigés par des pharmaciens en milieu de soins communautaires demeurent limités.
L’objectif de cette étude (Jenkins, L., & al., JMCP, 2026) consistait ainsi à évaluer l’impact d’un modèle de clinique (de gestion des médicaments) géré par des pharmaciens (Medication Management Clinic), sur les taux de vaccination contre le VHA et le VHB, ainsi que sur d’autres paramètres de prise en charge, chez des patients atteints d’une infection par le VHC. Ce modèle de clinique gérée par des pharmaciens a donc été comparé à un modèle de soins médicaux traditionnels, pour la prise en charge de patients atteints d’hépatite C.
St. Elizabeth Healthcare a en effet instauré en 2018 une clinique innovante – appelée Medication Management Clinic (MMC), afin d’offrir des soins complets pour des affections spécialisées, incluant l’infection par le VHC. Fonctionnant dans le cadre d’ententes de collaboration clinique (Collaborative Care Agreements, CCA) au sein d’une équipe hautement interdisciplinaire, les pharmaciens collaborent avec les médecins et d’autres professionnels de la santé pour assurer la prise en charge du traitement du VHC. Dans ce concept, les pharmaciens ont un rôle clinique élargi dans la prise en charge du VHC, et fournissent des services de soin de première ligne aux patients, alors que dans le modèle traditionnel, la prise en charge est centrée sur le médecin et le pharmacien a un rôle plus limité. Les pharmaciens peuvent effectuer la gestion des maladies chroniques, prescrire certains examens de laboratoire, initier/ajuster des traitements et administrer des vaccins (actes généralement réservés aux médecins). Depuis sa mise en place, la MMC s’est développée pour inclure six pharmaciens cliniciens, deux coordonnateurs cliniques et quatre techniciens en pharmacie, œuvrant au sein d’une équipe interdisciplinaire.
Cette étude de cohorte rétrospective a comparé les résultats cliniques des patients ayant reçu un diagnostic d’infection par le VHC et pris en charge dans la clinique MMC, et ce, entre le 1er août 2022 et le 28 février 2024, à ceux suivis selon un modèle de soins traditionnel entre le 1er août 2016 et le 28 février 2018. Le critère de jugement principal était le taux d’initiation de la vaccination contre le VHA et le VHB chez les patients admissibles. Les critères de jugement secondaires comprenaient les taux de dépistage du VHA et du VHB, les taux d’initiation et de complétion du traitement du VHC, la proportion de patients atteignant une réponse virologique soutenue (RVS), ainsi que le maintien des ordonnances.
Résultats
L’étude a inclus 330 patients pris en charge dans la clinique MMC (groupe MMC) et 250 patients suivis dans le cadre des soins traditionnels (groupe ST). L’âge médian était de 41 ans dans le groupe MMC et de 48 ans dans le groupe ST. Les deux groupes présentaient une distribution similaire selon le sexe, avec environ 52 % de patients de sexe masculin. Le génotype du VHC le plus fréquemment observé dans les deux groupes était le génotype 1a/1b (48,8 %, groupe MMC vs. 58,4 %, groupe ST), suivi du génotype 3a (37 %, groupe MMC vs, 28,4 %, groupe ST).
Dans le groupe MMC, 316 patients (95,8 %) ont initié un traitement contre le VHC, dont 296 (89,7 %) ont complété le schéma thérapeutique complet. Dans le groupe ST, 61 patients (24,4 %) ont initié un traitement, dont 59 (23,6 %) ont complété le traitement. Un suivi pour l’évaluation de la RVS était disponible chez 315 patients du groupe MMC et 61 patients du groupe ST.
Parmi les patients admissibles, les taux de vaccination contre le VHA étaient plus élevés dans le groupe MMC (33,3 % vs. 22,6 %; OR non ajusté = 1,71). Après ajustement pour l’âge, le sexe, le génotype et le stade de fibrose, les patients du groupe ST étaient moins susceptibles de recevoir la vaccination contre le VHA que ceux du groupe MMC (RCa = 0,569). De même, les taux de vaccination contre le VHB étaient plus élevés dans le groupe MMC (36,6 % vs. 23,7 %; OR non ajusté = 1,84). Dans l’analyse ajustée, les patients du groupe MMC étaient plus susceptibles de recevoir la vaccination contre le VHB que ceux du groupe ST (RCa = 1,85). Par ailleurs, l’âge plus avancé (OR = 1,03 par année) et le sexe féminin (OR = 2,29) constituaient des facteurs prédictifs indépendants de la vaccination contre le VHB.
Le groupe MMC présentait également des taux de dépistage plus élevés pour le VHA (97,6 % vs. 76,4 %) et le VHB (96,1 % vs. 28,8 %). Une tendance à l’amélioration du taux de RVS a également été observée (80,6 % vs. 68,9 %). Le taux de maintien des prescriptions en pharmacie spécialisée dans le groupe MMC était de 81 %.
Conclusion : rôle important des modèles de soins dirigés par des pharmaciens
Dans un contexte où les recommandations de vaccination contre le VHA et le VHB sont demeurées stables au fil du temps, ce modèle de soins dirigé par des pharmaciens (MMC) a été associé à des taux plus élevés de vaccination et de dépistage comparativement au modèle de soins traditionnel, et ces associations sont demeurées robustes après ajustement pour l’âge, le sexe, le génotype et le stade de fibrose. Ces résultats suggèrent que les modèles de soins collaboratifs gérés ou dirigés par les pharmaciens pourraient jouer un rôle important dans l’amélioration de la prise en charge globale de l’hépatite C.
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