L’objectif de cette étude (Hage, K., & al., AIDS, 2026) visait à examiner la proportion de personnes vivant avec le VIH (PVVIH) adoptant des comportements à risque, à savoir associés à l’infection par le virus de l’hépatite C (VHC) après un traitement réussi par antiviraux à action directe (AAD). Cette étude visait aussi à identifier les trajectoires longitudinales du risque comportemental au fil du temps.
Les PVVIH ayant été traitées avec succès par AAD et disposant d’au moins deux visites de suivi comportant des données comportementales ont été incluses. Les variations de la proportion de participants rapportant au moins un comportement à risque après le traitement — incluant des comportements sexuels et des comportements liés à l’usage de drogues — ont été analysées. Des trajectoires distinctes de comportements à risque au fil du temps ont été identifiées au moyen de modèles de trajectoires basés sur des groupes (GBTM). C’est une méthode qui permet de regrouper les personnes selon l’évolution de leurs comportements dans le temps, afin de repérer des trajectoires similaires au sein d’une population.
Comportements analysés
Les auteurs ont défini ici la catégorie principale de comportement « tout comportement à risque » (« any behavioural risk ») comme un critère composite regroupant les comportements suivants associés à l’infection par le VHC : consommation de substances – incluant à la fois l’utilisation de drogues par injection (UDI) et l’utilisation de drogues non-injectables (UDNI), l’UDI seule, l’UDNI seule, les rapports sexuels anaux sans préservatifs (RSA) avec tous types de partenaires (occasionnels ou réguliers), et les RAS avec des partenaires occasionnels.
Résultats détaillés
Parmi 33 105 PVVIH, 2510 (7,6 %) ont reçu un traitement par AAD. Parmi ces 2510 personnes, 2153 (85,8 %) ont été traitées avec succès. Au total, 1477 (68,6 %) sur 2153 personnes présentaient au moins deux visites d’étude comportant des données comportementales, espacées de six mois après la fin du traitement, et ont été incluses dans l’analyse. Les AAD ont été utilisés pour traiter l’infection primaire par le VHC chez 1393 personnes (94,3 %) et une réinfection par le VHC chez 84 personnes (5,7 %). De plus, 1397 participants (94,6 %) présentaient une charge virale de l’ARN du VIH (ARN-VIH) inférieure à 50 copies/ml (c.-à-d. indétectable). Parmi les 1477 personnes incluses : 487 (33 %) étaient des UDI, 378 (25,6 %) étaient des hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HARSAH) et 442 (29,9 %) appartenaient aux deux catégories.
Au cours du suivi, les participants ont passé en moyenne quatre visites. La durée médiane du suivi était de 2,7 ans. Après ajustement, la probabilité de tout comportement à risque a légèrement diminué au cours du suivi (aOR = 0,97, P = 0,004). Des diminutions ont également été observées pour l’usage de substances (aOR = 0,97, P = 0,02) et pour l’UDNI (aOR = 0,97, P = 0,045). En revanche, il n’y a eu aucune preuve de diminution pour les UDI (aOR = 0,98, P = 0,23), les RSA avec tous types de partenaires (aOR = 1,01, P = 0,55) ou les RSA avec partenaires occasionnels (aOR = 1,01, P = 0,53).
Trajectoires comportementales après un traitement réussi par AAD chez les participants
Des trajectoires dans le temps ont été identifiées pour les populations de chaque type de comportement. Pour la catégorie principale « tout comportement à risque », quatre trajectoires distinctes ont été identifiées (quatre sous-populations ont été identifiées selon l’évolution de leur prise de risque) :
- une trajectoire avec une probabilité moyenne du groupe inférieure à 0,20 tout au long du suivi – désignée ici comme « constamment faible » (27,8 %);
- une trajectoire avec une probabilité moyenne du groupe d’environ 0,80 au départ, suivie d’une diminution au cours du suivi – désignée comme « élevée décroissante » (16,4 %);
- une trajectoire avec une probabilité moyenne du groupe d’environ 0,40 au départ, suivie d’une augmentation au cours du suivi – désignée comme « modérée croissante » (11,6 %) ;
- une trajectoire avec une probabilité moyenne du groupe supérieure à 0,80 tout au long du suivi – désignée comme « constamment élevée » (44,2 %).
Au moment de l’inclusion, les participants assignés au profil « constamment élevée » étaient les plus jeunes, avaient reçu un diagnostic du VIH récent et présentaient moins souvent une charge virale VIH indétectable, par rapport aux autres profils.
En examinant les comportements individuels, la plupart des analyses GBTM ont identifié trois trajectoires – « constamment faible », « modéré » et « constamment élevé », et ce, pour trois types de comportements à risque : l’UDI, les RSA avec tous types de partenaires, et les RSA avec les partenaires occasionnels. La consommation de substances et l’UDNI présentaient les mêmes quatre profils tels qu’identifiés précédemment dans l’analyse principale (tout comportement à risque). Pour la plupart des événements étudiés, un âge plus jeune à l’inclusion était associé à un risque plus élevé d’appartenir au profil « constamment élevé ».
Conclusion
Dans cette cohorte internationale longitudinale de PVVIH ayant acquis une infection par le VHC, les auteurs ont évalué l’évolution dans le temps de la consommation de substances et des comportements sexuels après un traitement réussi du VHC par AAD. Au fil du temps, une légère diminution globale des comportements associés au VHC a été observée. Cependant, après identification de quatre trajectoires distinctes pour la catégorie principale « tout comportement à risque », la moitié des individus présentaient une probabilité « constamment élevée » de s’engager dans des comportements de consommation de substances et des comportements sexuels après le traitement. En dehors d’un âge légèrement plus jeune et d’un diagnostic du VIH plus récent, les individus présentant une probabilité élevée de comportements à risque ne se distinguaient pas par des caractéristiques particulières par rapport aux autres groupes de trajectoires.
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XLG
