Le développement des traitements à base d’antiviraux à action directe (AAD) pangénotypiques représente une avancée majeure dans le traitement du virus de l’hépatite C (VHC), avec des taux de réponse virologique soutenue (RVS) ≥ 95 %. Cependant, le nombre de patients présentant des comorbidités et faisant usage de polypharmacie associée (aux maladies coexistantes) a augmenté et pour eux, les risques d’interactions médicamenteuses (IM) potentielles sont plus grands. De plus, une association entre les réactions indésirables aux médicaments (RIM), et les IM a récemment été rapportée. Il est donc essentiel de prendre en compte les comorbidités et les comédications chez les patients vivant avec une infection chronique par le virus de l’hépatite C (PVVHC), et ce, afin d’évaluer les IM potentielles lors du choix d’un AAD. Par ailleurs, les recommandations internationales préconisent une évaluation approfondie du risque d’IM avant d’initier un traitement par AAD et de démarrer une comédication. Cette étude (Turnes, J., & al., Revista Española de Sanidad Penitencaria, 2024) visait ainsi à évaluer l’impact des IM potentielles multiples sur le profil des événements indésirables (ÉI) en conditions de vie réelle chez les PVVHC traités par AAD.
Il s’agit d’une étude rétrospective et observationnelle, menée en Espagne et faite à partir des dossiers médicaux électroniques des patients. Les données des patients ont été analysées un mois avant le début du traitement, pendant le traitement par AAD (8 ou 12 semaines) et au cours de la période de suivi de 6 mois après le traitement. Les patients inclus pour l’analyse étaient des PVVHC traités par les régimes AAD – entre 2017 et 2020, qui ne comprenaient pas d’inhibiteur de protéase (IP). Ces régimes correspondaient aux deux combinaisons suivantes : sofosbuvir/velpatasvir (SOF/VEL) et glécaprévir/pibrentasvir (GLE/PIB). Les IM potentielles (simples et multiples) ont été identifiées à l’aide du Liverpool HEP Interaction Checker. Les ÉI potentiellement associés aux IM ont été recensés durant la période de traitement par AAD.
Résultats : 27,4 % de la population présente un risque potentiel d’IM
Selon les résultats, un total de 1620 patients ayant une prescription d’AAD (SOF/VEL ou GLE/PIB) ont été inclus pour analyse, dont 730 patients ont été traités avec la régime SOF/VEL et 890 avec le régime GLE/PIB. On a eu :
- 1620 patients qui se sont vus prescrire ≥1 comédication ;
- 1256 (/1620, soit 77,5 % de l’échantillon initial) patients qui se sont vu prescrire ≥2 comédications, dont 84,2 % (615/730) qui étaient sous traitement par SOF/VEL et 72,0 % (641/890) qui étaient sous traitement par GLE/PIB.
Les classes de comédications les plus fréquemment prescrites étaient celles ciblant le système nerveux central (35,8 %), le système digestif et le métabolisme (24,1 %) ainsi que le système cardiovasculaire (14,2 %).
- Au total, 444/1620 patients, ou encore 27,4 % de la population totale ayant reçu ≥1 comédication présentaient un risque potentiel d’IM avec leur traitement par AAD, dont 231 dans le groupe traité par SOF/VEL et 213 dans le groupe traité par GLE/PIB. Ces patients constituaient la « population IM ».
- Parmi les 1256 patients de la population générale ayant reçu ≥2 comédications, 123 présentaient un risque prédictif d’IM multiples, définissant ainsi la « population multi-IM » (ou patients ayant ≥2 comédications avec ≥2 IM avec les AAD). Ainsi, environ 10 % (123/1256) des patients recevant ≥2 comédications étaient à risque de multi-IM avec les AAD. En fait, 7,6 % de la population totale était à risque de multi-IM (123/1620). Parmi les 123 patients présentant des multi-IM, 52 faisaient partie du groupe traité par SOF/VEL et 71 du groupe traité par GLE/PIB.
Dans la population globale, 18 ÉI associés aux comédications ont été identifiés, à savoir 14 avec GLE/PIB et 4 avec SOF/VEL et la majorité des ÉI liés aux comédications ont été rapportés dans la population à risque de multi-IM (88,9 %, soit 16/18), ce qui signifie que 13 % (16/123) des patients exposés aux multi-IM ont présenté des ÉI. Selon le schéma thérapeutique, un plus grand nombre d’ÉI liés aux comédications a été observé chez les patients traités par GLE/PIB par rapport à ceux traités par SOF/VEL (18,3 % [13/71] vs 5,8 % [3/52]).
Les ÉI associés aux comédications rapportés concernaient des médicaments utilisés pour cibler le système cardiovasculaire, le système nerveux central (SNC) ou l’appareil digestif. En particulier, les patients traités par GLE/PIB étaient associés aux trois groupes, tandis que chez les patients traités par SOF/VEL, les ÉI étaient uniquement liés aux comédications cardiovasculaires. Un plus grand nombre d’ÉI cardiovasculaires a été rapporté chez les patients sous GLE/PIB.
Conclusion
En conclusion, les PVVHC présentant un risque élevé de multi-IM sont exposés à un risque accru d’ÉI. De plus, un nombre moindre d’ÉI associés aux comédications a été observé avec l’AAD sans IP SOF/VEL, comparé à GLE/PIB.
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XLG
