Les agents antiviraux à action directe (AAD) permettent d’obtenir une réponse virologique soutenue (RVS) chez presque 100 % des personnes infectées par le virus de l’hépatite C (VHC), et ce, après seulement 8 à 12 semaines de traitement. Cependant, malgré une durée de traitement beaucoup plus courte et un excellent profil de sécurité en comparaison avec les schémas thérapeutiques antérieurs contenant de l’interféron, certains patients, pour diverses raisons, interrompent le traitement avant que le délai optimal pour l’efficacité du traitement ne soit atteint. À ce jour, l’efficacité d’un traitement à base d’AAD qui a été interrompu avant une durée de quatre semaines n’a pas été analysée dans la pratique clinique courante. Cette étude (Flisiak, R., & al., Journal of Viral Hepatitis, 2024) visait de fait à déterminer si l’arrêt prématuré du traitement contre l’infection par le VHC permettait d’obtenir une RVS chez les patients traités dans des conditions d’expérience en vie réelle. De plus, la relation entre le taux de RVS et la durée du traitement, y compris les traitements ultra-courts ne dépassant pas deux semaines, a été évaluée.
La population d’étude était composée de 97 patients ayant interrompu leur traitement par AAD et dont les données permettaient l’analyse de leurs caractéristiques et de la maladie ainsi que l’évaluation de l’efficacité du traitement. Cette population a été sélectionnée parmi 16 815 patients qui étaient inscrits dans la base de données « EpiTer-2 ». Les raisons les plus fréquentes menant à l’interruption du traitement étaient basées sur une situation de décompensation hépatique (20,6 % des cas) ou une décision personnelle du patient (18,6 % des cas).
Parmi les 97 patients ayant interrompu le traitement, 23 ont interrompu une thérapie pangénotypique et 74 ont interrompu une thérapie spécifique à un génotype, dont respectivement 1 et 35 patients avaient reçu de la ribavirine en complément. La majorité (63,9 % ou n = 62) ont interrompu le traitement après quatre semaines, et 36 % (ou n = 35) ont interrompu la thérapie avant 4 semaines, dont 12 personnes d’entre elles au cours des deux premières semaines. Les patients ayant interrompu le traitement par rapport à ceux qui ont terminé le traitement dans les délais étaient significativement plus âgés, plus susceptibles d’avoir échoué à un traitement antérieur, d’avoir une cirrhose, des antécédents de décompensation, et une classification de Child-Pugh B ou C. Les patients ayant interrompu le traitement avant la 4ᵉ semaine étaient significativement plus susceptibles de recevoir des médicaments pangénotypiques, tandis que ceux ayant interrompu le traitement après quatre semaines étaient plus souvent traités avec une thérapie spécifique au génotype.
Taux de RVS plus faible chez ceux ayant interrompu le traitement avant la fin de la 4ᵉ semaine
La RVS a été atteinte chez 76 des 97 patients (78,4 %) ayant interrompu le traitement. Par ailleurs, la RVS a été atteinte chez :
- 93,5 % des patients ayant interrompu le traitement après 4 semaines (58 sur 62),
- 60,9 % des patients ayant interrompu le traitement à 3 ou 4 semaines (14 sur 23)
- et 33,3 % des patients ayant interrompu le traitement à 1 ou 2 semaines (4 sur 12).
Que ce soit dans le groupe de patients traités par des médicaments pangénotypiques ou chez ceux traités par des médicaments spécifiques à un génotype, le taux de RVS était significativement plus faible chez les patients qui ont interrompu le traitement avant la fin de la 4ᵉ semaine, comparativement à ceux qui l’ont interrompu plus tard ou qui ont terminé le traitement comme prévu.
Les patients recevant une thérapie pangénotypique qui l’ont interrompue après quatre semaines avaient les mêmes chances d’obtenir une RVS que ceux ayant terminé le traitement prévu ; en revanche, les patients interrompant une thérapie spécifique au génotype après 4 semaines avaient des chances de succès thérapeutique significativement plus faibles. Enfin, les patients ayant répondu au traitement d’une durée maximale de deux semaines (pas plus) présentaient une charge virale de base faible ( < 400 000 UI/mL).
Conclusion
Dans une très large population de patients infectés par le VHC traités par AAD en conditions de vie réelle, les auteurs ont réussi à démontrer une efficacité de 78 % de la thérapie malgré son interruption prématurée. Selon les chercheurs, malgré l’interruption du traitement après la quatrième semaine, les chances de RVS restent élevées.
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XLG
