Bien que plusieurs études menées en vie réelle aient rapporté une augmentation du risque de diabète chez les personnes vivant avec le VIH (PVVIH) naïves au traitement antirétroviral (TAR) et initiant des schémas thérapeutiques à base d’inhibiteurs du transfert de brin de l’intégrase (ITBI) comparé à d’autres régimes de TAR, cette association n’a pas été retrouvée de manière constante dans toutes les études. Par ailleurs, les schémas thérapeutiques à base d’ITBI ont été associés à une prise de poids plus importante que les régimes à base d’inhibiteur non nucléosidique de la transcriptase inverse (INNTI) et, dans une moindre mesure, que les régimes à base d’inhibiteurs de la protéase (IP), et par ailleurs, la prise de poids sous TAR constitue un facteur de risque majeur de diabète de type 2. Les auteurs ont cherché ici à évaluer l’effet d’un passage à un traitement à base d’ITBI sur l’incidence du diabète chez des PVVIH déjà expérimentées à la TAR.
Méthodes
Dans cette étude (Hwang, Y. J., The Lancet HIV, 2026), les auteurs ont utilisé rétrospectivement des données individuelles issues de 27 cohortes longitudinales de PVVIH aux États-Unis et au Canada – à savoir que les auteurs ont reproduit analytiquement les conditions d’un essai clinique randomisé idéal à partir de données observationnelles. Les chercheurs ont conçu un essai cible incluant des adultes vivant avec le VIH, sans antécédent de diabète, ayant reçu des INNTI ou des IP, sans exposition préalable aux ITBI. Dans cette étude d’émulation, ont été inclus des PVVIH âgées d’au moins 18 ans, ayant eu au moins une consultation clinique VIH entre le 1er janvier 2016 et le 31 décembre 2022, sans antécédent de diabète, sous traitement par INNTI ou IP depuis au moins 180 jours, n’ayant jamais été exposées aux ITBI, et disposant d’une mesure de poids dans l’année précédant la consultation clinique. Les auteurs ont exploité les données de toutes les consultations cliniques au cours desquelles les participants poursuivaient un traitement par INNTI ou IP, comparativement à celles au cours desquelles ils passaient à un ITBI, avec une période de suivi pouvant aller jusqu’à 5 ans. L’effet du passage aux ITBI sur l’incidence du diabète a été estimé à l’aide d’un modèle de régression de Cox pondéré avec variance robuste. Les chercheurs ont également évalué si cet effet variait selon le temps écoulé depuis le changement de traitement et s’il pouvait être expliqué par une prise de poids au cours de la première année.
Résultats
Au total, 13 071 participants ont été suivis à partir de 2702 consultations au cours desquelles ils sont passés d’un INNTI à un ITBI, 54 766 consultations au cours desquelles ils ont poursuivi avec un INNTI, 1714 consultations au cours desquelles ils sont passés d’un IP à un ITBI, et enfin, 26 599 consultations au cours desquelles ils ont poursuivi avec un IP. Le passage des IP aux ITBI était associé à un rapport de risques ajusté (HRa) de 1,38 pour la survenue d’un diabète, tandis que le passage des INNTI aux ITBI était associé à un HRa de 1,10.
Le risque de diabète était principalement concentré dans les deux premières années suivant le passage aux ITBI. Voici ce qui a été observé, comparativement à la poursuite d’un régime :
- à base d’INNTI, le HR de diabète associé au passage aux ITBI était de 1,30 durant les deux premières années suivant le changement, puis de 0,89 au-delà de cette période. À deux ans, le risque cumulatif de diabète était de 5,7 % chez les personnes ayant « switché » vers un ITBI, contre 4,4 % chez celles ayant poursuivi un INNTI (HRa = 1,30).
- à base d’IP, le HR de diabète associé au passage aux ITBI était de 1,67 durant les deux premières années, puis de 1,08 par la suite. À deux ans, le risque cumulatif était de 6 % chez les personnes ayant « switché » vers un ITBI, contre 4 % chez celles ayant poursuivi un IP (HRa = 1,51).
Les chercheurs n’ont pas mis en évidence de modification d’effet significative selon l’indice de masse corporelle (IMC) enregistré lors de la visite index. En effet, chez les participants passant des INNTI aux ITBI, le HRa d’incidence du diabète était de 1,02 chez les personnes ayant un IMC ≥ 25 kg/m², et de 1,47 chez celles ayant un IMC < 25 kg/m² (p interaction = 0,17). De manière similaire, chez les participants passant des IP aux INI, le HRa était de 1,40 chez les personnes ayant un IMC ≥ 25 kg/m², et de 1,30 chez celles ayant un IMC < 25 kg/m² (p interaction = 0,82).
Dans une analyse de sensibilité estimant le risque de diabète dans un scénario hypothétique dans lequel la prise de poids n’excédait pas 5 % au cours de la première année, le rapport de risque de diabète après un passage d’INNTI aux ITBI était de 1,03, et de 1,37 après un passage d’IP aux ITBI. Ces résultats étaient comparables à ceux observés dans l’analyse principale.
Interprétation
Dans cette étude, le passage des IP aux ITBI a été associé à un risque accru de diabète incident chez les personnes déjà exposées au TAR. En revanche, le passage d’INNTI aux ITBI était associé à une augmentation du risque non significative. L’excès de risque de diabète observé après le passage d’un IP à un ITBI était surtout concentré au cours des deux premières années suivant le changement de schéma thérapeutique, mais pas au-delà. Il est important de noter que le risque de diabète après le passage aux ITBI ne semblait pas s’expliquer par une prise de poids au cours de la première année suivant ce changement.
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