Le lénacapavir (appelé LEN ou GS-6207) est un inhibiteur de capside qui agit à plusieurs étapes de la réplication des souches virales, à action prolongée, permettant le traitement et la prévention tout en réduisant la dépendance à une observance quotidienne par voie orale. Les données probantes issues d’essais randomisés, toutes indications confondues, demeurent fragmentées. Les auteurs (Mukuhlani, B. T., & al., International Journal of Infectious Diseases, 2026) ont réalisé ici une synthèse systématique des données d’essais portant sur son efficacité et son innocuité, tant dans des contextes de traitement que de prophylaxie préexposition (PrEP).
Méthodes
Les auteurs ont examiné des essais contrôlés randomisés (ECR) de phases 2–3 évaluant le LEN pour le traitement ou la prévention du VIH, avec des recherches effectuées depuis la création des bases de données jusqu’au 15 janvier 2026. Voici les critères d’éligibilité de l’étude :
- Population ciblée : personnes vivant avec le VIH-1 (PVVIH) sous traitement antirétroviral (TAR) et individus séronégatifs participant à des essais sur la PrEP.
- Intervention : LEN administré de façon sous-cutanée à action prolongée, et ce, peu importe la dose ou le schéma étudié (avec ou sans phase d’initiation orale), seul ou en association avec d’autres agents antirétroviraux.
- Comparateurs : placebo ou schémas antirétroviraux actifs, incluant la thérapie orale standard ou d’autres formulations à action prolongée.
- Critères de jugement principaux : efficacité virologique (≥ 1 log₁₀ de diminution de l’ARN du VIH-1 ou charge virale < 50 copies/mL aux temps spécifiés dans le protocole) et innocuité (évaluation de la sûreté), avec un focus sur les réactions au site d’injection (RSI) et les événements indésirables graves (ÉIG).
- Critères de jugement secondaires : résistance au lénacapavir, interruption du traitement (IT), observance et acceptabilité…
Résultats détaillés
Cinq ECR incluant 9986 participants issus de 20 pays ont été retenus. Les études ont évalué le LEN utilisé dans différents contextes, à savoir : chez des patients avec un VIH-1 multirésistant, chez des patients naïfs au TAR, au sein de schémas thérapeutiques optimisés, et en tant que PrEP chez des femmes cisgenres, des hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes (HARSAH) et des personnes de genre divers. Le LEN a été administré par voie sous-cutanée toutes les 26 semaines (à savoir tous les 6 mois) ou par voie orale quotidienne, généralement en association avec des régimes de base optimisés (RBO) ou des combinaisons à dose fixe (par ex., B/F/TAF pour bictégravir/emtricitabine/ténofovir alafénamide). L’efficacité et l’innocuité ont été évaluées jusqu’à 52–54 semaines, avec un suivi en extension en cours.
Lénacapavir – Prévention de l’infection par le VIH
- Femmes cisgenres (essai PURPOSE 1) — Parmi 5338 femmes séronégatives en Afrique du Sud et en Ouganda, aucune infection n’a été observée dans le groupe LEN sur une moyenne de 12 mois (incidence de 0,00/100 personnes-années ou PA), contre 2,02 avec F/TAF (emtricitabine/ténofovir alafénamide) et 1,69 avec F/TDF (emtricitabine/fumarate de ténofovir disoproxil). Le LEN a montré une efficacité de 100 % par rapport à l’incidence de fond (IRR = 0,00). L’observance aux comparateurs oraux de PrEP était faible, soulignant l’avantage d’un traitement injectable indépendant de l’observance.
- Hommes et populations de genre divers (essai PURPOSE 2) — Parmi 3265 participants, l’incidence du VIH était de 0,10/100 PA avec le LEN, contre 0,93 avec F/TDF. Par rapport à l’incidence de référence du VIH (bVIH = 2,37/100 PA), le LEN a réduit le risque d’acquisition du VIH de 96 % (IRR = 0,04), avec une protection constante chez les hommes cisgenres, les femmes transgenres et les participants non binaires.
Lénacapavir – Traitement du VIH
- Traitement du VIH multirésistant (essai CAPELLA) — À la semaine 52 (S52), 83 % (30/36) des participants recevant du LEN en association avec un RBO ont atteint une charge virale VIH-1 < 50 copies/mL (86 % < 200 copies/mL). La plupart présentaient à la base une maladie avancée (64 % avec CD4 < 200 cellules/μL) et des options thérapeutiques limitées (53 % avec ≤ 1 agent pleinement actif). Un rebond viral avec émergence de résistances au LEN est survenu chez 9 participants (13 %), dont 4 ont ensuite retrouvé une suppression virale sous poursuite du traitement.
- Populations naïves au traitement (essai CALIBRATE) — Parmi 183 adultes naïfs au TAR, la suppression virale à S54 a été observée chez 90 % des participants recevant le LEN en association avec F/TAF, 85 % recevant le LEN en association avec le BIC, et 92 % recevant l’association B/F/TAF, sans différences significatives entre les groupes. Les augmentations moyennes du nombre de cellules CD4 ont dépassé 200 cellules/μL dans tous les bras. Les RSI étaient fréquentes mais majoritairement légères, et aucun ÉIG lié au traitement n’a été rapporté.
- Changement de schémas complexes (essai ARTISTRY-1) — Chez des participants virologiquement contrôlés sous schémas complexes, le passage à BIC + LEN a maintenu la suppression virale chez 98–100 % des participants à S24. Aucun échec virologique n’a été observé chez les témoins, et 1/52 (1,9 %) des participants recevant le LEN 50 mg a présenté un échec virologique. Les taux de CD4 sont restés stables, et aucun ÉIG n’a conduit à l’interruption du traitement.
Les RSI constituaient les ÉI les plus fréquents (≤ 1,2 % d’IT), sans ÉIG lié au traitement. Les mutations de résistance de la capside étaient rares et souvent transitoires.
Conclusion : une suppression virale robuste et durable
Cette revue montre que le LEN permet d’obtenir une suppression virale robuste et durable dans différents contextes cliniques, avec une efficacité et une tolérance comparables, et à certains égards supérieure aux schémas antirétroviraux à action prolongée établis. La suppression virale variait de 83 à 100 % dans les cohortes traitées, avec une protection quasi complète dans les essais de prévention.
Ces résultats concordent avec les critères d’efficacité rapportés pour la combinaison cabotégravir/rilpivirine (CAB/RPV), où une méta-analyse (Manalu S. B. P. S., & al., Journal of Antimicrobial Chemotherapy, mars 2025) de six essais randomisés (n = 2829) a montré des résultats virologiques non inférieurs par rapport à un traitement antirétroviral oral, avec 91,5 % des participants atteignant une charge virale VIH-1 < 50 copies/mL (différence de risque : 0,00). Cependant, le CAB/RPV était associé à des taux plus élevés d’ÉI ainsi qu’à une prévalence accrue de la résistance.
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