L’essai clinique STORM-C-1 a évalué l’efficacité et la tolérance du traitement par ravidasvir/sofosbuvir (RDV/SOF), lequel a démontré une efficacité et une bonne tolérabilité chez les patients atteints d’une infection chronique par le virus de l’hépatite C (VHC), en particulier chez ceux ne présentant pas de cirrhose ou ayant une cirrhose compensée. L’analyse intermédiaire (Andrieux-Meyer, I., & al., The Lancet Gastroenterology and Hepatology, 2021) a montré que plus de 90 % des patients avaient atteint une suppression de la charge virale (ARN du VHC < 15 UI/mL) bien avant les 12 à 24 semaines de traitement, 97 % d’entre eux obtenant une réponse virologique soutenue 12 semaines après la fin du traitement (RVS12). En effet, certaines études ont plaidé en faveur d’une durée plus courte du traitement par AAD, mettant en évidence son efficacité, ses avantages économiques et une meilleure observance chez les patients. Ainsi, une étude de type « time-to-event » (analyse du temps jusqu’à l’événement), imbriquée dans l’essai STORM-C-1 (Nor Asiah, M., & al., Scientific Reports, 2025 – NCT02961426), a été conduite afin de déterminer le temps nécessaire pour atteindre une suppression optimale de la charge virale sous RDV/SOF chez les patients atteints d’hépatite C chronique, en particulier ceux sans cirrhose ou avec une cirrhose compensée, ainsi que pour identifier la proportion de patients ayant obtenu une suppression précoce, à quatre et huit semaines de traitement, ainsi que les facteurs prédictifs associés.
Méthodes
Les chercheurs ont utilisé ici les données de l’essai STORM-C-1 (2016-2020). L’objectif de cette étude visait en fait à évaluer l’efficacité, les effets indésirables (EI) et la pharmacocinétique d’un traitement de 12 et 24 semaines par RDV/SOF chez des personnes infectées par le VHC en Malaisie et en Thaïlande. Les patients sans cirrhose avaient reçu 200 mg de RDV et 400 mg de SOF une fois par jour pendant 12 semaines, tandis que les patients atteints de cirrhose avaient suivi le même schéma thérapeutique mais pour une durée de 24 semaines. Ont été inclus tous les patients de l’étude STORM-C-1, qu’ils soient naïfs au traitement ou préalablement traités, présentant une infection chronique par le VHC, ne présentant pas de cirrhose ou ayant une cirrhose compensée. Le critère principal de jugement de cette étude était le délai nécessaire pour atteindre une suppression optimale de la charge virale, définie comme un ARN du VHC < 15 UI/mL. Les critères secondaires comprenaient la proportion de patients ayant atteint cette suppression de manière précoce, c’est-à-dire dans un délai de quatre ou huit semaines après le début du traitement, ainsi que les facteurs prédictifs potentiels associés au délai nécessaire pour atteindre cette suppression.
Résultats : délais pour atteindre une suppression optimale de la charge virale
Parmi les 580 patients infectés par le VHC inclus dans cette étude, 350 (60,3 %) ne présentaient pas de cirrhose, tandis que 230 (39,7 %) présentaient une cirrhose compensée. La majorité d’entre eux étaient des hommes (78,1 %), avec un âge moyen de 46,8 ans. Les génotypes 1 et 3 étaient prédominants, tant chez les patients non cirrhotiques que cirrhotiques. Une charge virale élevée (> 800 000 UI/mL) a été observée chez 396 patients (68,3 %) en début d’étude. Le variant génétique d’IL-28B le plus fréquent était le génotype CC (77,1 %). Plus de 30 % des patients présentaient une co-infection avec le VIH, tandis que 79,8 % n’avaient jamais été traités par interféron. L’usage de drogues injectables était rapporté chez 46,6 % de ces patients.
En comparant patients non cirrhotiques (350 patients) et cirrhotiques (230 patients) :
- Les délais les plus courts et les plus longs pour atteindre une suppression optimale de la charge virale (ARN du VHC < 15 UI/mL) étaient respectivement de 6 et 85 jours pour les non cirrhotiques et de 5 et 148 jours pour les cirrhotiques. Le délai médian pour que 50 % des patients non cirrhotiques et cirrhotiques atteignent cette suppression était de 29 jours dans les deux groupes.
- Pour les deux groupes, l’analyse n’a révélé aucune différence significative dans le délai d’atteinte de la suppression optimale de la charge virale en fonction des différentes variables mesurées, à l’exception des patients cirrhotiques, pour lesquels une différence significative a été observée entre les patients naïfs d’interféron et ceux ayant déjà été traités par interféron (p = 0,016).
- Pour les non cirrhotiques, le génotype 2 du VHC (HR ajusté = 1,854) et l’usage de drogues injectables (HR ajusté = 1,232) étaient significativement associés à une plus forte probabilité d’atteindre une suppression virale. De même, les patients naïfs au traitement (HR ajusté = 4,7E) présentaient une probabilité plus élevée d’atteindre une suppression virale.
- À l’inverse, pour les non cirrhotiques et les cirrhotiques, les patients porteurs du génotype CC d’IL-28B présentaient une probabilité significativement plus faible d’atteindre une suppression virale (HR ajusté de 0,002 et 0,001 respectivement).
Suppression virale précoce à 4 et 8 semaines de traitement
Les proportions de patients ayant atteint une suppression optimale de la charge virale dans les quatre et huit premières semaines de traitement étaient respectivement :
- de 40,6 % (142/350) à J28 – et 80,6 % entre J28-J30, et 92,6 % (324/350) à J56, pour les non cirrhotiques ;
- de 29,6 % (68/230) à J28 – et 76,1 % entre J28-J30, et 90,4 % (208/230) à J56, pour les cirrhotiques.
Selon l’analyse de régression logistique multivariée qui a été conduite :
- chez les patients non cirrhotiques, les patients naïfs au traitement – comparés aux patients ayant déjà été traités, et les utilisateurs de drogues injectables – comparés aux non-utilisateurs de drogues, présentaient une probabilité significativement plus élevée d’atteindre une suppression optimale de la charge virale dans les quatre premières semaines (l’odds ratio ou OR = 1,909 et OR = 1,721, respectivement).
- chez les patients cirrhotiques, les patients coinfectés par le VIH présentaient une probabilité significativement plus élevée d’atteindre une suppression virale optimale dans les quatre premières semaines comparés aux patients sans co-infection par le VIH (OR = 2,405). De plus, les patients cirrhotiques naïfs au traitement avaient une probabilité significativement plus élevée d’atteindre une suppression précoce de la charge virale dans les huit premières semaines par rapport aux patients déjà été traités (OR = 2,970).
Relation entre la suppression virale précoce et la RVS12
La relation entre la suppression optimale de la charge virale précoce et la RVS12 (ARN du VHC indétectable 12 semaines après la fin du traitement,) a été analysée.
- Parmi les patients non cirrhotiques ayant atteint la suppression virale dans les 4 premières semaines, 96,5 % (137/142) ont ensuite obtenu la RVS12, contre 97,6 % (203/208) de ceux ayant mis plus de 4 semaines pour atteindre la suppression (p = 0,538). Parmi ceux ayant atteint la suppression virale dans les 8 premières semaines, 96,9 % (314/324) ont atteint la RVS12, tandis que tous les patients (26/26) ayant mis plus de 8 semaines pour y parvenir ont également obtenu la RVS12 (p = 0,363).
- Chez les patients cirrhotiques, tous ceux ayant atteint la suppression virale dans les 4 premières semaines (68/68) ont ensuite atteint la RVS12, contre 98,1 % (159/162) de ceux ayant mis plus de 4 semaines (p = 0,259). Concernant ceux ayant atteint la suppression dans les 8 premières semaines, 99,0 % (206/208) ont obtenu la RVS12, contre 95,5 % (21/22) de ceux ayant mis plus de 8 semaines (p = 0,159).
Conclusion – Discussion
Dans cette étude, la majorité des patients sans cirrhose (80,6 %) et avec une cirrhose compensée (76,1 %) ont atteint une suppression optimale de la charge virale dans les quatre premières semaines de traitement, et plus de 90 % des patients des deux groupes ont atteint cette suppression dans un délai de huit semaines, démontrant le potentiel du schéma RDV/SOF pour une réponse virale précoce.
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