En réduisant la contrainte associée à une prise de plusieurs comprimés par jour, les schémas thérapeutiques à comprimé unique (ou régimes à comprimé unique, RCU – à savoir des régimes thérapeutiques comprenant une seule pillule à prendre par jour) favorisent l’adhésion thérapeutique, améliorant ainsi la suppression virale et les résultats cliniques à long terme. Cependant, la persistance thérapeutique mesurée en conditions réelles, définie comme la durée pendant laquelle les patients maintiennent leur schéma prescrit, constitue un paramètre essentiel pour évaluer le succès à long terme et la tolérabilité en dehors du cadre contrôlé des essais cliniques. La compréhension des facteurs influençant l’interruption des traitements éclaire la prise de décision clinique et soutient l’optimisation d’une prise en charge du VIH centrée sur la personne.
Dans ce contexte, les RCU comprenant des inhibiteurs de l’intégrase (INI), tels que le bictégravir (BIC) ou le dolutégravir (DTG), sont privilégiés dans le traitement du VIH en raison de leur efficacité et de leur commodité :
- le schéma bictégravir/emtricitabine/ténofovir alafénamide (BIC/FTC/TAF) est souvent reconnu pour son efficacité favorable et son profil de sécurité à long terme, son administration en une prise quotidienne et sa barrière élevée à la résistance, contribuant à des taux de persistance élevés dans diverses populations de patients ;
- de même, les RCU contenant du DTG restent largement prescrits en raison de leur forte efficacité et de leur bonne tolérabilité, en particulier chez les personnes vivant avec le VIH (PVVIH) passant d’un schéma établi à un autre ou dans certaines situations cliniques spécifiques.
Cette étude (Loufty, M., & al., International Journal of STD and AIDS, 2025) visait de fait à comparer la persistance — définie comme la durée entre l’instauration et l’arrêt/l’interruption du traitement — entre le schéma BIC/FTC/TAF et les RCU contenant du DTG dans une clinique VIH de Toronto (Ontario). Pour ce faire, une analyse rétrospective de cohorte a été réalisée auprès de 1732 PVVIH adultes provenant de la Maple Leaf Medical Clinic, ayant initié/démarré ou remplacé leur traitement par le schéma BIC/FTC/TAF ou un RCU contenant du DTG, et ce, entre 2016 et 2022. Plus précisément, les objectifs de cette étude visaient à :
- (1) évaluer la persistance thérapeutique, entre BIC/FTC/TAF et les RCU à base de DTG, globalement ou alors selon un schéma spécifique à base de DTG – abacavir (ABC)/lamivudine (3TC)/DTG, 3TC/DTG et rilpivirine (RPV)/DTG ;
- (2) identifier les principaux motifs ayant mené à l’interruption, comme les événements indésirables (ÉI), le coût des ARV, l’échec virologique… ;
- (3) explorer les différences potentielles entre les types de schéma étudiés.
La persistance a été mesurée en nombre de jours jusqu’à l’arrêt du traitement. Les courbes de Kaplan-Meier et les modèles de Cox ont été utilisés pour évaluer le délai avant arrêt et les risques associés. Les modèles de Cox permettent d’évaluer comment des variables indépendantes (prédicteurs) influencent le temps nécessaire à la survenue d’un événement.
Les données ont en fait été extraites rétrospectivement du dossier médical électronique de la clinique afin d’évaluer la persistance et les motifs d’interruption des RCU à base de BIC et de DTG. Les variables collectées comprenaient les caractéristiques démographiques et cliniques telles que : l’âge, le sexe, l’origine culturelle, la durée de l’infection par le VIH, la charge virale et le taux de lymphocytes CD4+ initiaux, le statut vis-à-vis des hépatites B et C, ainsi que le fait d’être naïf ou expérimenté vis-à-vis des antirétroviraux (ARV) au moment de l’instauration du RCU. Les informations relatives au schéma thérapeutique, incluant le type de RCU (BIC/FTC/TAF, ABC/3TC/DTG, 3TC/DTG, RPV/DTG), ainsi que la date d’instauration ou de changement de traitement ont été documentées.
Résultats de l’étude
Au total, il y avait 1732 participants, âgés de 48 ans en moyenne, et 88,7 % d’entre eux étaient des hommes cisgenres. Voici ce qui a été constaté à la fin de la période d’analyse (à savoir au 31 décembre 2023) :
- 387/1732 patients (soit 22,3 %) avaient interrompu leur schéma thérapeutique en RCU – après une durée médiane de 402 jours.
- 224/1187 patients du groupe BIC/FTC/TAF – soit 18,9 %, avaient interrompu leur traitement après un délai médian de 383 jours.
- 163/545 patients du groupe suivant un RCU à base de DTG – soit 29,9 %, avaient interrompu leur traitement, après un délai médian de 479 jours.
- Au sein des sous-groupes de DTG, les taux d’interruption ont été de 35,1 % (126/359) pour le sous-groupe ABC/3TC/DTG, 15,9 % (18/113) pour le sous-groupe 3TC/DTG et 26 % (19/73) pour le sous-groupe RPV/DTG.
L’analyse de survie selon Kaplan-Meier a mis en évidence une différence significative de persistance entre les RCU à base de BIC/FTC/TAF et ceux contenant du DTG.
L’analyse par régression de Cox (modèle à risques proportionnels) a confirmé cette différence : les RCU contenant du DTG présentaient un risque plus élevé d’interruption par rapport au schéma BIC/FTC/TAF (avec un rapport de risques ajusté HR = 1,31). Les analyses de sous-groupes au sein des schémas à base de DTG ont mis en évidence des variations de persistance. Le groupe ABC/3TC/DTG, comparé à BIC/FTC/TAF, a montré un risque significativement plus élevé d’interruption (HR = 1,43).
La cause la plus fréquente d’interruption était la survenue d’ÉI, représentant 47 % des cas d’interruption (182/387). Les ÉI correspondaient à 10,5 % (182/1732) de l’ensemble des participants de l’analyse, avec des taux numériquement plus élevés observés dans les RCU contenant du DTG (12,5 %, 68/545) comparativement au schéma thérapeutique BIC/FTC/TAF (9,6 %, 114/1187).
Discussion
Le schéma BIC/FTC/TAF a montré une meilleure persistance et moins d’ÉI que les RCU contenant du DTG, ce qui contribue à orienter les décisions thérapeutiques personnalisées dans le VIH en vue d’améliorer les résultats à long terme.
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