Ne pas pratiquer suffisamment d’activité physique augmente le risque de stéatose hépatique chez les personnes vivant avec le VIH (PVVIH), selon les résultats d’une étude publiée dans le Journal of Acquired Immunodeficiency Syndromes (Riebensahm, C., & al., 2024). Plus précisément, le fait de passer plus de temps assis a augmenté le risque d’accumulation de graisses dans le foie. La stéatose hépatique se réfère en fait à l’accumulation de lipides (triglycérides) dans le foie. La maladie hépatique stéatosique associée à un dysfonctionnement métabolique (MASLD, anciennement appelée stéatose hépatique non alcoolique ou NAFLD) est souvent associée à l’obésité, au diabète de type 2 et à d’autres troubles métaboliques. Chez les PVVIH, la stéatose peut être un effet secondaire de la prise de certains antirétroviraux. Avec le temps, l’accumulation de graisses dans le foie peut mener à une fibrose, une cirrhose et un cancer du foie. En l’absence d’un traitement médical approuvé, la prise en charge de la stéatose hépatique repose sur des changements de mode de vie telles que la perte de poids et l’activité physique. Il est d’ailleurs reconnu que l’activité physique influence le stockage des lipides dans le foie dans la population générale. Les PVVIH tendent à développer des stéatoses même avec un indice de masse corporelle bas (IMC), selon certaines études.
Cohorte suisse
L’équipe de Riebensahm a examiné ici l’association existante entre l’activité physique et la stéatose hépatique chez 466 personnes issues de la cohorte « SHCS », une cohorte qui réunit près de 80 % des personnes vivant avec le VIH suivant une thérapie antirétrovirale (TAR) en Suisse. Ont été inclus dans cette analyse les participants de l’Hôpital universitaire de Berne qui sont passés à travers un dépistage de stéatose hépatique par élastographie impulsionnelle à vibration contrôlée (VCTE) – méthode non invasive pour mesurer l’élasticité ou la rigidité du foie, et ce, pour la période allant de novembre 2019 à mars 2023. L’élastographie permettait d’obtenir des mesures de LSM (liver stiffness measurement, ou mesure de la dureté du foie) et de CAP (controlled attenuation parameter). Les participants ont aussi rempli un questionnaire (Questionnaire International de l’Activité Physique ou IPAQ) sur leur activité physique modérée et d’intensité élevée (vigoureuse) pratiquée au cours de la semaine précédant leur visite, ainsi que sur la durée passée à marcher ou à rester assis de manière quotidienne, au cours d’une semaine typique. Les questionnaires ont été remplis au même moment que l’élastographie.
Plus de deux fois plus susceptibles de présenter une stéatose
Selon les résultats, presque tous les participants étaient sous traitement antirétroviral, et le compte de CD4 moyen dépassait les 700 (723 cells/μL). Environ la moitié (52,4 % ou 244 répondants) remplissaient les critères de surpoids avec un IMC ≥ 25. Un peu moins d’un tiers (148 répondants sur 466) répondaient à la recommandation de l’Association européenne pour l’étude du foie (EASL), de pratiquer 200 minutes d’activité d’intensité modérée ou 75 minutes d’activité vigoureuse par semaine. La moitié des participants (235 sur 466) présentaient une stéatose hépatique, et un tiers (157 sur 466) présentaient une stéatose de niveau sévère. Parmi les personnes atteintes de stéatose, 4 % avaient une fibrose hépatique modérée ou avancée (F2-F3) et 2 % avaient une cirrhose (F4). Parmi les individus rencontrant les critères de l’EASL, près d’un tiers d’entre eux (34,3 %) avaient une stéatose, en comparaison avec 56,3 % parmi ceux qui ne rencontraient pas ces critères. Après ajustement pour d’autres facteurs, les personnes ayant une activité physique inférieure au niveau recommandé étaient plus de deux fois plus susceptibles de présenter une stéatose. L’activité physique a aussi été mesurée en MET-min (équivalent métabolique ou Metabolic Equivalent of Task) par semaine, qui permet de calculer la dépense énergétique d’une activité physique spécifique et le risque de stéatose baissait de 24 % pour chaque 5 000 METS-min additionnels dépensés par semaine. Les personnes qui passaient plus de temps assises présentaient également une probabilité accrue de stéatose, le risque augmentant de 16 % par heure supplémentaire de temps assis par jour. Parmi les individus qualifiés de « maigres » avec un IMC < 25, près d’un tiers d’entre eux avaient une stéatose (65 sur 222 participants ou 29,3 %), en comparaison avec 69,7 % des personnes présentant un surpoids (170 sur 244).
En conclusion, les participants dont l’activité physique était inférieure aux recommandations de l’EASL, étaient plus de deux fois plus susceptibles de présenter une stéatose hépatique par rapport aux individus plus actifs. Des résultats similaires ont été observés en utilisant d’autres mesures de l’activité physique, comme les MET-min/semaine ou le temps passé assis, et la plupart des associations sont restées significatives lorsque les analyses étaient restreintes aux sujets maigres. Dans l’ensemble, selon les chercheurs, les résultats soulignent l’importance de promouvoir l’activité physique et de réduire le temps passé assis pour prévenir la stéatose hépatique chez les personnes vivant avec le VIH.
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