La réinfection par le virus de l’hépatite C (VHC) après un traitement réussi (à la suite d’une réponse virologique soutenue, RVS) demeure une préoccupation, particulièrement chez les personnes utilisatrices de drogue par injection (PUDI), via notamment le partage d’aiguilles et d’autres matériels d’injection. Ces comportements et pratiques à haut risque peuvent cependant être atténués avec l’accès aux services de réduction des risques et via la participation à des programmes d’échange d’aiguilles ou de seringues (par accès à du matériel stérile).
L’objectif de cette recherche (Litwin, A. H., & al., JAMA Network Open, 2024) visait à évaluer l’incidence de la réinfection par le VHC ainsi que les facteurs de risque associés chez les PUDI. Ce rapport est en fait une analyse secondaire de l’étude initiale de cohorte « HERO », dans laquelle les participants ayant atteint une RVS ont été évalués pour une réinfection. À la base, cette étude a été réalisée dans huit villes américaines, au sein de huit OTP (Opioid Treatment Programs – programmes pour traiter le trouble lié à l’utilisation d’opioïdes) et 15 centres de santé communautaires (CHC), et ce, entre 2016 et 2018. Les analyses reliées à cette étude ont été réalisées en mars 2022. Les PUDI qui avaient obtenu une RVS, ont été suivies toutes les 12 semaines après la fin du traitement pendant une période allant jusqu’à 42 mois (168 semaines) – les participants éligibles atteints d’une infection par le VHC consommaient activement des drogues par injection dans les 90 jours précédant le dépistage. Cette analyse incluait les participants ayant réalisé au moins une évaluation de l’ARN du VHC (ARN-VHC) après la RVS.
Modes de suivi
Les participants ont été répartis de manière aléatoire (1:1) pour être suivi soit par des navigateurs de patients (NP) soit via un traitement directement observé modifié (TDOm). Tous les participants ont reçu du sofosbuvir et du velpatasvir une fois par jour pendant 12 semaines (fournis par Gilead Sciences). Le TDOm était une version modifiée du traitement directement observé (TDO) avec un suivi du traitement au moins 5 jours par semaine et des doses à emporter pour auto-administration les autres journées. Les participants assignés au groupe NP voyaient leur traitement supervisé par des NP formés qui coordonnaient le traitement et fournissaient éducation et soutien. Le critère de jugement principal était le taux de réinfection par le VHC. L’évolution des taux de réinfection au fil du temps a été évaluée à l’aide d’un modèle de régression de Poisson.
Résultats de l’étude
D’après les résultats, un total de 415 participants (d’âge moyen de 44,7 ans, incluant 302 hommes) ont obtenu une RVS et ont bénéficié d’une ou plusieurs évaluations post-RVS de l’ARN-VHC. Au total, 302 (sur 415, soit 72,8 %) ont déclaré une consommation récente de drogues injectables, 192 (46,3 %) vivaient dans un logement instable et 313 (75,4 %) avaient reçu récemment de la méthadone ou de la buprénorphine pour un trouble lié à l’utilisation d’opioïdes. Le taux global de réinfection était de 11,4 pour 100 personnes-années à risque sur 518 personnes-années de suivi. Il n’y avait aucune différence au niveau des taux de réinfection entre les deux modes de suivis – NP vs. TDOm.
Par ailleurs, les taux de réinfection variaient significativement selon les sites, allant de 2,9 pour 100 personnes-années à risque à 25,2 pour 100 personnes-années à risque (P = 0,006). Il y a eu une diminution significative de l’incidence des réinfections avec l’augmentation du suivi post-RVS (semaines 0-24, 15,5 pour 100 personnes-années; semaines 73-144, 4,3 pour 100 personnes-années).
Les taux de réinfection étaient plus faibles chez les participants âgés de 40 ans ou plus que chez les participants plus jeunes (rapport de taux d’incidence ajusté = 0,32) et chez les participants pour lesquels la méthamphétamine n’a pas été détectée lors du dépistage urinaire de drogues par rapport aux participants pour lesquels la méthamphétamine a été détectée (rapport de taux d’incidence ajusté = 0,41). Les participants ayant déclaré une utilisation de drogues par injection au cours des trois mois précédents présentaient un risque plus élevé de réinfection que ceux qui n’avaient pas utilisé de drogues par injection récemment (rapport de taux d’incidence ajusté = 3,33).
Le risque de réinfection était significativement plus élevé chez les participants qui ont rapporté s’injecter des combinaisons de drogues par rapport aux opioïdes seuls, s’injecter plus fréquemment, partager des cups/cuillères, utiliser une aiguille déjà utilisée avec un cup/une cuillère, utiliser des seringues préparées par un tiers ou en relais, s’injecter avec le rinçage de quelqu’un d’autre, laisser quelqu’un d’autre utiliser une seringue après l’avoir utilisée, utiliser la seringue de quelqu’un d’autre après son utilisation, et utiliser une seringue qui avait été utilisée par deux personnes ou plus.
Pour conclure, dans cette étude de cohorte portant sur des PUDI et qui ont été traitées pour une infection par le VHC dans des milieux communautaires, la réinfection était élevée dans la période immédiatement après la RVS mais a diminué de manière significative avec le temps. Ces résultats viennent donc renforcer les rapports stipulant que la plupart des réinfections surviennent dans les 24 semaines suivant la RVS, soulignant ainsi la nécessité de proposer des interventions efficaces tôt pour prévenir la réinfection. Les résultats ont aussi montré qu’il y avait une association entre le partage de matériel d’injection et le risque de réinfection, ce qui renforce l’importance de l’accès à des matériels d’injection stériles et non utilisés.
Pour accéder à l’article d’origine, cliquez sur ce lien.
XLG
