La prophylaxie préexposition au VIH (PrEP ou PPrÉ) est un traitement médicamenteux utilisé pour prévenir l’infection par le VIH, la formulation la plus couramment employée étant l’association fumarate de ténofovir disoproxil / emtricitabine (TDF/FTC). Des populations clés sont dites prioritaires pour l’utilisation de la PrEP, et ce, en raison de leur niveau d’exposition accru et, par conséquent, de leur risque plus élevé d’infection par le VIH. Par exemple, le risque d’infection par le VIH est environ 28 fois plus élevé chez les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HARSAH), comparativement aux hommes adultes hétérosexuels, 30 fois plus élevé chez les travailleuses du sexe (TS) par rapport aux autres femmes adultes, et 35 fois plus élevé chez les utilisateurs de drogues injectables (UDI), comparativement aux usagers de drogues non injectables. Des méta-analyses antérieures ont démontré l’efficacité et la sécurité de la PrEP dans ces populations spécifiques.
L’objectif de cette revue (Dolatto Milléo, L., & al., AIDS Care, 2026) était de synthétiser l’ensemble des données relatives à l’efficacité et à la sécurité de l’utilisation de la PrEP dans diverses populations et divers contextes, à travers l’incidence du VIH. Cette analyse incluait à la fois des essais cliniques et des études observationnelles.
Méthodes – Extraction des données
Les études publiées en anglais, portugais ou espagnol entre 2018 et 2023, rapportant des données sur l’incidence du VIH ou les événements indésirables (ÉI) associés à l’utilisation de la PrEP, ont été incluses. Deux méta-analyses ont été réalisées : l’une portant sur les études comportant un groupe témoin et l’autre sur les études incluant uniquement des utilisateurs de PrEP. Les données relatives aux caractéristiques générales des études, le nombre de participants, le schéma thérapeutique de PrEP utilisé et le nombre de cas d’infections par le VIH ont été extraits. Les ÉI rapportés et le nombre de participants concernés ont également été analysés, de même que les variations du débit de filtration glomérulaire (DFG).
Résultats
1855 études ont été identifiées, dont 21 répondaient aux critères d’inclusion. Les populations ciblées par ces 21 études concernaient différentes catégories citées comme suit : les femmes, les femmes cisgenres, les femmes enceintes, les adolescent.e.s (15-19 ans), les adultes, les hommes adultes, les hommes cisgenres et les femmes transgenres, les HARSAH, les HARSAH et les femmes transgenres, les HARSAH cisgenres et les femmes transgenres qui ont des relations sexuelles avec des hommes.
Dans l’analyse statistique des études comportant un groupe témoin, huit études ont été incluses, totalisant 32 960 participants dans le groupe PrEP et 24 738 participants dans le groupe contrôle. Au total, 99 cas d’infection par le VIH ont été rapportés parmi les utilisateurs de la PrEP, contre 404 cas dans le groupe contrôle. La méta-analyse de ces huit études a mis en évidence un risque relatif (RR) global de 0,24, correspondant à une réduction de 76 % du risque d’infection par le VIH chez les participants recevant la PrEP. Notons que :
- Parmi les études incluses, la diminution la plus marquée de l’incidence du VIH a été observée dans l’étude de Greenwald et al. (2019) – population adulte ciblée, avec une réduction de 96 % dans le groupe PrEP (RR de 0,04).
- Le résultat le plus favorable pour le groupe contrôle a été rapporté par Krakower et al. (2019) – population adulte ciblée, montrant une réduction de 70 % (RR de 0,30).
- L’étude cas-témoins de Jourdain et al. (2022) – population d’hommes adultes ciblée, qui a contribué le poids le plus important à la méta-analyse (60,6 %), a mis en évidence une réduction de 74 % de l’incidence du VIH chez les utilisateurs de la PrEP (RR de 0,26).
Dix études ont évalué quant à elles l’incidence du VIH exclusivement chez des utilisateurs de la PrEP, sans groupe témoin. Au total, 179 nouveaux cas d’infection par le VIH ont été rapportés parmi 19 982 utilisateurs de PrEP. La proportion globale de participants infectés était de 0,01, indiquant qu’environ 1 % des participants sous PrEP ont reçu un diagnostic d’infection par le VIH.
Analyse des ÉI associés à l’utilisation de la PrEP
Seuls les ÉI survenus dans le groupe PrEP ont été inclus dans l’analyse. Ont été rapportés :
- des ÉI généraux et gastro-intestinaux – incidence de 34 %;
- des ÉI liés aux infections transmissibles sexuellement (ITS) – incidence de 69 %;
- des ÉI associés à d’autres infections (hors ITS) – incidence de 32 %;
- des ÉI cutanés chez les participants – incidence de 5 %;
- 19 cas de pertes de grossesse parmi 372 femmes enceintes, sans relation apparente avec l’utilisation de la PrEP. Aucune étude n’a rapporté de cas de malformation congénitale parmi 206 femmes enceintes exposées à la PrEP.
L’un des ÉI les plus largement étudiés et rapportés concernait les modifications de la fonction rénale, mises en évidence par une diminution du DFG ou une élévation de la créatininémie plasmatique.
Conclusion
Les données présentées dans cette revue suggèrent que la PrEP est efficace pour réduire l’incidence du VIH et présente un profil de sécurité globalement favorable dans des populations diverses (femmes et hommes cisgenres, HARSAH, femmes et hommes transgenres, …). Le schéma thérapeutique le plus fréquemment utilisé était le TDF/FTC en prise quotidienne; néanmoins, d’autres schémas ont également démontré une efficacité élevée, le CAB-LA montrant une efficacité supérieure à celle du TDF/FTC dans les études où il a été évalué. Bien que plusieurs ÉI aient été rapportés lors de l’utilisation de la PrEP, la majorité étaient d’intensité légère ou non directement imputables à l’intervention, comme dans le cas des ITS. Dans l’ensemble, ces résultats soutiennent l’utilisation de la PrEP comme stratégie efficace et sûre de prévention primaire de l’infection par le VIH dans l’ensemble des populations.
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