Malgré la mise en place du traitement contre le virus de l’hépatite C (VHC) en Colombie-Britannique (C.-B.), 35 % des personnes ayant obtenu un résultat positif à l’ARN du VHC (ARN-VHC) en 2020 n’avaient pas initié de traitement. L’épidémie du VHC au Canada continue d’avoir un impact disproportionné sur les personnes qui utilisent des drogues (PUD – groupe hétérogène d’individus utilisant des substances non réglementées), alors même que cette population présente le taux de recours au traitement du VHC le plus faible. Selon le Modèle directeur pour guider les efforts d’élimination de l’hépatite C au Canada, sur les 171 900 nouvelles infections par le VHC survenues au Canada en 2019, 85 % concernaient spécifiquement des personnes utilisatrices de drogues par injection (PUDI). Des barrières individuelles, systémiques et sociales, la présence de comorbidités médicales, des idées reçues sur le VHC ainsi que la stigmatisation liée aux soins de santé sont toutes des raisons qui contribuent au faible niveau d’adoption au traitement au sein de cette population.
En fait, l’absence de liens de soutien (ou d’accompagnement) avec les soins de santé primaires constitue une explication du faible recours au traitement du VHC parmi les PUD. De plus, bien que certains patients puissent être orientés vers des spécialistes pour la prise en charge et le traitement du VHC, des barrières sociales et structurelles, telles que les horaires d’ouverture, l’emplacement géographique, la proximité et le coût associé aux consultations, peuvent entraver la capacité des PUD à se rendre à ces rendez-vous spécialisés.
Les sites de consommation supervisée (appelés SCS) et autres services de réduction des méfaits jouent un rôle essentiel dans le soutien et l’amélioration de l’accès aux soins pour les PUD. De nombreux SCS et sites de réduction des méfaits ont tiré parti de cet environnement à bas seuil d’accès (peu de critères d’admissibilité) pour élargir leur offre et inclure des services de santé supplémentaires pour leurs usagers. D’ailleurs, cette pratique s’est révélée particulièrement efficace pour améliorer l’accès aux soins parmi les PUD.
Dans le but d’augmenter les taux de dépistage du VHC et d’améliorer l’accès aux soins parmi les PUD, le projet pilote « Hep C Connect » a été lancé dans un SCS situé dans le quartier du Downtown Eastside (DTES) de Vancouver (à savoir le SCS du centre Hope to Health, H2H SCS). L’objectif de l’étude (Hannigan, A., & al., BMC Health Services Research, 2025) visait ainsi à évaluer l’impact d’une intervention menée par des infirmiers afin de faciliter l’accès aux soins pour des participants non rattachés à des services de soins primaires, mais fréquentant des services de réduction des méfaits. Dans cet article, les auteurs tenaient à décrire la cohorte de clients rejoints par le projet pilote « Hep C Connect », les résultats du dépistage du VHC et de l’orientation vers les soins.
Méthodes
Tous les clients (âgés de ≥ 19 ans) fréquentant le centre H2H SCS, ont été invités à participer à cette étude pilote effectuée entre novembre 2021 et décembre 2022. Pour tous les participants éligibles inscrits et ayant donné leur consentement à l’étude, l’équipe de recherche a proposé un test de dépistage rapide des anticorps du VHC au point de service (DPS) – avec un résultat donné sur place le jour même, et les a invités à participer à une enquête en personne, avec un intervieweur, d’une durée d’environ 30 minutes. Les participants ont de même reçu une compensation financière.
Résultats : un très bon engagement pour la détection des anticorps anti-VHC
L’étude a inclus 186 participants, dont 123 (66,1 %) hommes et 59 (31,7 %) femmes, avec un âge moyen de 42 ans. Les résultats montrent que : 47 participants (25,3 %) ont déclaré être déjà pris en charge au sein de la clinique H2H, 75 participants (40,3 %) ont rapporté être rattachés à d’autres centres de santé communautaires (CHC), tandis que les 64 participants restants (34,4 %) ont indiqué ne pas avoir de fournisseur de soins de santé primaires. De plus, 26,9 % des participants interrogés (n = 135) n’ont pas consulté de fournisseurs de soins de santé primaires depuis plus d’un an.
Ce qui est mis en évidence :
- 83,3 % (155 participants) ont rapporté des antécédents d’incarcération.
- 61,3 % (114 participants) ont déclaré avoir déjà connu une situation d’itinérance.
- 25,3 % (47 participants) ont déclaré fréquenter régulièrement un SCS.
- 66,1 % (123 participants) ont indiqué se procurer du matériel d’injection stérile chaque jour.
Il est important de noter que 69 participants (37,1 %) ont déclaré consommer des drogues de façon solitaire en tout temps, tandis que 35 participants (18,8 %) ont indiqué en consommer seuls la plupart du temps (plusieurs fois par semaine). Plus des trois quarts des participants (N = 144, 77,4 %) ont rapporté avoir déjà été testés pour le VHC, tandis que 93 participants (50 %) ont déclaré avoir été testés au cours des cinq dernières années.
En ce qui concerne la cascade de soins pour la prise en charge de l’hépatite C :
- 186 participants ont accepté de réaliser un test de DPS pour la détection des anticorps contre le VHC (anti-VHC).
- 111/186 (59,7 %) des participants ont obtenu un test sérologique réactif (positif) pour les anticorps du VHC.
- 62/111 (55,9 %) ont choisi de participer au prélèvement sanguin pour le test de l’ARN-VHC. Malgré un bon taux d’acceptation du test DPS pour les anti-VHC et une connaissance élevée du VHC, 49 (44,1 %) des participants ayant obtenu un résultat positif n’ont pas souhaité effectuer un test de confirmation par détection de l’ARN-VHC.
- 36/111 (32,4 %) ont obtenu un résultat positif pour l’ARN-VHC.
Conclusions : lacunes présentes dans la cascade de soins du VHC
Le projet pilote « Hep C Connect » a permis d’impliquer efficacement une cohorte de PUD présentant un risque élevé d’infection par le VHC. Il est à noter que tous les participants à l’étude (N = 186) ont choisi de réaliser un test de dépistage des anticorps anti-VHC au point de service, et 111 d’entre eux (59,7%) ont obtenu un résultat réactif. Ces résultats soulignent l’importance et l’impact du DPS à faible barrière d’accès, qui permet une intervention plus précoce, une meilleure accessibilité pour les patients et un délai d’obtention des résultats plus court — autant de facteurs qui ont été associés à une meilleure observance du traitement. Cependant, le projet pilote « Hep C Connect » a identifié les lacunes présentes dans la cascade de soins du VHC chez les PUD. Les résultats suggèrent que, malgré un niveau élevé de connaissances sur le VHC, l’utilisation du prélèvement sanguin pour le test ARN a dissuadé de nombreux participants de réaliser un test de confirmation. L’amélioration de la cascade de soins du VHC nécessitera la mise en place de stratégies alternatives mieux adaptées et plus acceptables pour cette population.
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XLG

Photo Credit : British Columbia Centre for Excellence in HIV/AIDS.
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