Un vaccin candidat contre le VIH (vaccin préventif anti-VIH) a entraîné des faibles concentrations d’anticorps largement neutralisants (bnAbs) contre le VIH ainsi que des niveaux élevés d’autres cellules immunitaires clés à la suite d’un essai clinique de phase I. Cette réponse immunitaire pourrait représenter un signal important que, si les niveaux d’anticorps peuvent être amplifiés davantage, la stratégie de vaccination pourrait être en mesure de prévenir le VIH. Les résultats de cet essai soutenu par le NIAID (National Institute of Allergy and Infectious Diseases) ont été publiés dans la revue Cell (Williams, W. B., & al., 2024).
Le VIH présente une grande diversité génétique qui rend difficile le ciblage par un vaccin, mais les anticorps largement neutralisants (bnAbs) ou anticorps neutralisants à large spectre arrivent à répondre à ce problème, car ils peuvent se lier à certaines régions virales qui elles changent très peu d’une souche à l’autre ou qui restent très stables en général, même lorsque le virus mute. Ces bnAbs peuvent alors reconnaître et neutraliser de nombreuses souches du VIH, afin de provoquer leur destruction par le système immunitaire de l’organisme. Plusieurs classes de bnAbs spécifiques au VIH ont donc été identifiées, et chaque classe se lie à une section stable différente de la surface du virus. Certaines personnes vivant avec le VIH (seulement 1-2% des individus infectés) arrivent à générer naturellement des bnAbs puissants, mais à travers un processus qui se déroule généralement sur plusieurs années après la transmission. Dans le cadre d’un vaccin préventif, les chercheurs ont pour objectif d’accélérer le processus par lequel le système immunitaire génère des bnAbs et à le faire chez des personnes qui ne sont pas infectées par le VIH.
Les bnAbs « MPER »
Il existe des bnAbs dirigés spécifiquement contre un épitope très conservé et stable (même lorsque le virus mute) situé sur la gp41 du VIH-1 (la gp41 est un composant de la glycoprotéine d’enveloppe du VIH, Env), appelé « MPER » (pour « membrane-proximal external region », ou « région externe proximale membranaire ») : on les appellera les bnAbs MPER. Ces bnAbs interagissent donc avec le peptide MPER (composés de plusieurs acides aminés) de la gp41 ainsi qu’avec la surface de la bicouche lipidique du virion. L’essai clinique en question a examiné la capacité d’un vaccin à susciter des bnAbs qui se lient au MPER. Les anticorps ciblant le MPER sont en effet parmi les bnAbs ayant la meilleure amplitude de neutralisation.
L’essai HVTN 133 du Réseau des essais de vaccins contre le VIH (NCT03934541) a donc évalué un vaccin que l’on pourrait qualifier de « peptidique liposomique » (vaccin contenant l’immunogène peptide/liposome « HIV-1 gp41 MPER-656 »), à savoir un vaccin contenant des liposomes qui intègrent en leur structure un peptide mimant le MPER de la gp41 du VIH-1, destiné à stimuler les cellules B génératrices (précurseurs) de bnAbs MPER. Ces bnAbs se nomment 2F5, m66 et m66.6 et reconnaissent un épitope situé sur le MPER (comme par exemple l’épitope « ELDKWA » hautement conservé, encadrant les acides aminés de 662 à 667). Le but était donc d’administrer plusieurs immunisations afin de guider le développement de bnAbs précurseurs vers des bnAbs matures qui iront cibler une séquence d’acides aminés spécifiques située sur la région MPER.
L’étude en question a donc recruté 24 participants, dont 20 ont été sélectionnés aléatoirement pour recevoir des doses vaccinales. Les quatre participants restants ont reçu des injections de placebo. Quinze participants du groupe vacciné ont reçu des doses de 2000 mcg du vaccin (groupe à haute dose) et les cinq autres participants ont reçu des doses de 500 mcg du vaccin (groupe à faible dose). Le but était d’administrer quatre doses chez chacun des individus aux mois M0, M2, M6 et M12. Avant que l’étude ait été interrompue en raison d’une réaction anaphylactique associée au polyéthylène glycol (PEG), cinq participants avaient eu le temps de recevoir trois doses et 15 participants avaient pu recevoir deux doses. L’équipe a ensuite analysé les échantillons de sang des participants à l’étude.
Réponse sérique de 95 %
D’après les résultats, après deux vaccinations, le vaccin présentait un taux de réponse sérique de 95 % et un taux de réponse des lymphocytes T CD4+ de 100 %. Les chercheurs ont découvert que 13 des receveurs du vaccin avaient généré des anticorps (de stade précoce) dirigés contre le MPER (anticorps MPER+) après l’administration de deux doses vaccinales. Parmi les cinq participants ayant reçu trois doses, les anticorps dans les échantillons de deux d’entre eux pouvaient neutraliser de nombreuses souches courantes de VIH qui circulent globalement. L’un de ces deux participants avait des cellules B, montrant des signes de maturation de telle manière qu’elles seraient capables de produire des bnAbs dirigés contre le MPER si elles étaient stimulées davantage. L’autre participant avait commencé à produire des bnAbs dirigés contre le MPER. Les receveurs du vaccin présentaient également des signes d’activité des cellules T CD4+, ce qui est une étape cruciale pour permettre le développement des anticorps. Un receveur du vaccin a éprouvé une anaphylaxie, un événement indésirable connu mais rare lié à une allergie, qui a été rapidement pris en charge et résolu. L’équipe a enquêté sur la cause de l’événement, qui était probablement due à un additif utilisé pour aider à stabiliser le contenu du vaccin. L’essai a été arrêté à ce moment-là.
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