L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a pour objectif de réduire la prévalence mondiale de l’infection par le virus de l’hépatite C (VHC) d’ici 2030, et ce, en incitant à la promotion de l’intensification des tests de dépistage, la mise en place de stratégies de réduction des risques et d’un accès universel au traitement. Des stratégies ciblées dites de microélimination au sein des groupes à haut risque, y compris les populations marginalisées, ont permis d’accélérer les progrès. Toutefois, les infections non diagnostiquées, en particulier chez les migrants, pourraient freiner les efforts d’élimination. La microélimination du VHC chez les populations migrantes vulnérables fait partie intégrante des objectifs mondiaux d’élimination. Par ailleurs, au Canada, on peut rappeler que les immigrants et les nouveaux arrivants constituent un groupe important exposé à un risque accru d’hépatite virale. Ceux-ci représentent un nombre disproportionné des cas d’hépatite C (30 %) et d’hépatite B (jusqu’à 70 %) au Canada, et se heurtent à des obstacles particuliers en matière de diagnostic et de prise en charge (voir rapport d’Action Hépatites Canada, 2024).
Dans ce contexte, cette étude transversale (Ryan, P., & al., Eurosurveillance, 2025) visait à évaluer les facteurs de risque, la prévalence et les tendances de l’infection active par le VHC chez les migrants à risque dépistés pour le VHC à Madrid (Espagne), entre 2019 et 2023. Les individus ont été dépistés pour le VHC à l’aide d’unités mobiles utilisant un test rapide de détection des anticorps (anti-VHC), confirmé ensuite par un test d’ARN du VHC (ARN-VHC). Le recrutement des participants s’est concentré sur les centres de migrants, les refuges, les centres de réduction des risques et les services sociaux. Pour les besoins de l’étude, les migrants à risque ont été définis comme des personnes nées en dehors de l’Espagne, ayant récemment immigré dans le pays — indépendamment de leur statut légal — et y résidant depuis moins de 10 ans. Les critères d’inclusion exigeaient la présence d’au moins une des vulnérabilités psychosociales clairement définies suivantes, susceptibles d’augmenter la probabilité d’acquisition du VHC : absence de domicile ou situation de logement précaire, usage actuel ou antérieur de substances injectables, consommation problématique d’alcool (ou présence d’un trouble lié à l’usage d’alcool), absence d’un revenu régulier, accès limité aux services de santé, et origine d’un pays où la prévalence du VHC est modérée (≥ 2 %) ou élevée (≥ 5 %). Ces vulnérabilités psychosociales s’inscrivent dans un contexte plus large de déterminants sociaux et structurels — notamment la marginalisation socioéconomique, les barrières juridiques et linguistiques, et l’accès restreint aux soins — qui augmentent le risque d’infection par le VHC, à la fois par exposition directe et par un accès limité au diagnostic et à la prise en charge.
Le critère de jugement principal était la prévalence de l’infection active par le VHC – l’infection active par le VHC était définie par la détection de l’ARN du VHC chez les participants présentant des anticorps anti-VHC. Les facteurs de risque analysés comprenaient : l’origine géographique des individus, la consommation d’alcool, l’absence d’un revenu stable, l’usage de substances et les comportements sexuels.
Résultats de l’étude
L’âge moyen des migrants à risque était de 38 ans, 69,1 % (n = 1 582) étaient des hommes, 30,9 % (n = 706) des femmes, alors que 72,2 % (n = 1 652) étaient en situation d’itinérance, 74,4 % (n = 1 703) ne disposaient d’aucun revenu et 23 % (n = 527) étaient des migrants à risque sans statut légal. Concernant l’usage de substances et les UD (usagers de drogues) au cours de l’année écoulée, 30,7 % (n = 703) avaient déclaré une consommation problématique d’alcool (> 50 g/jour), 17,9 % (n = 409) un usage de benzodiazépines, 19,8 % (n = 453) un usage de cocaïne et 12,8 % (n = 292) un usage d’héroïne. Parmi les utilisateurs de drogues par injection ou UDI, 10,6 % (n = 243) rapportaient un antécédent d’injection – parmi ceux-ci, 46,5 % (n = 113) avaient été actifs au cours de l’année écoulée, et 62,6 % (n = 152) bénéficiaient d’un traitement de substitution aux opioïdes (TSO). En ce qui concerne les comportements sexuels au cours de l’année écoulée, 60,2 % (n = 1 378) de l’ensemble des migrants à risque déclaraient être sexuellement actifs, et parmi ceux-ci, 35,9 % (n = 495) n’utilisaient pas de préservatifs.
Selon les résultats, parmi les 2288 migrants inclus dans l’analyse, 6,5 % (149/2288) présentaient des anticorps anti-VHC, dont 47 % (70/149) étaient positifs pour l’ARN-VHC. 81,4 % (57/70) d’entre eux ont initié un traitement antiviral par antiviraux à action directe (AAD). La prévalence globale de l’infection active par le VHC était donc de 3,1 % (70/2288).
Voici les trois facteurs de risque identifiés, avec les valeurs de RTIa associés (rapports de taux d’incidence ajustés) :
- l’usage de drogues injectables (UDI non actif/non UDI et UDI actif/non UDI) : 7,3 et 14,7 ;
- l’origine européenne des migrants (européenne/non européenne) : 5,8 ;
- l’usage problématique d’alcool (usage problématique/non problématique) : 1,8.
La prévalence de l’infection active par le VHC n’a pas montré de variation significative entre 2019 et 2023, que ce soit dans la population globale ou bien selon les groupes présentant l’un des trois facteurs de risque identifiés.
Conclusion et discussion
Cette étude menée chez des migrants à risque dépistés à Madrid (2019–2023) a pu mettre en évidence deux principaux résultats présentant d’importantes implications de santé publique pour l’élimination du VHC :
- D’une part, les auteurs ont identifié une prévalence élevée d’infection active par le VHC (3,1 %), environ 14 fois supérieure à l’estimation actuelle de 0,22 % qui est rapportée dans la population générale espagnole. Les principaux déterminants de cette charge disproportionnée étaient un historique (actuel et passé) d’utilisation de substances par injection, l’origine européenne des migrants et un usage problématique d’alcool.
- D’autre part, contrairement aux tendances à la baisse observées dans d’autres populations locales vulnérables, la prévalence de l’infection active par le VHC au sein de cette cohorte spécifique de migrants à risque est demeurée stable tout au long de la période d’étude, ce qui souligne la persistance de la transmission et la nécessité de mettre en place des interventions de santé publique ciblées.
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