Chez les patients infectés par le virus de l’hépatite C (VHC), la réponse virologique soutenue (RVS) est associée à un ralentissement de la progression de la fibrose hépatique et de la cirrhose, en particulier après l’utilisation d’antiviraux à action directe (AAD), qui sont sûrs et efficaces chez les patients cirrhotiques. De même, plusieurs études ont montré que l’utilisation des statines pourrait également retarder la progression de la maladie hépatique chronique, notamment les manifestations de décompensation hépatique (DH) et le carcinome hépatocellulaire (CHC).
Dans cette recherche menée par Brown, K. A., & al. (BMJ Open Gastroenterology, 2026), les données ont été extraites de la Chronic Hepatitis Cohort Study (CHeCS), une étude observationnelle rétrospective menée aux États-Unis auprès de patients atteints d’hépatites virales, issus de quatre grands systèmes de santé. Pour chaque patient, la période d’observation débutait à une date dite « index » (date 0 ou baseline), définie comme la date d’initiation du premier traitement antiviral pour les patients ayant reçu une thérapie antivirale, ou comme une date index post-diagnostic sélectionnée de manière aléatoire pour les patients n’ayant jamais reçu de traitement antiviral.
Le délai entre la date index et la survenue d’un épisode incident de cirrhose décompensée (CD) constituait le principal critère de jugement. Le « temps jusqu’à l’événement » — de la date index à l’événement d’intérêt (CD) — était défini comme la date la plus précoce de survenue de l’événement de CD, ou tel que rapporté dans l’extraction des dossiers médicaux électroniques. Cette analyse reposait sur une approche adaptée de type « pseudo-observations ». Cette méthode suppose que le temps est enregistré en intervalles « repères » discrets (INT) de durée fixe. Dans le cadre de cette analyse, le premier intervalle était défini comme l’intervalle allant de la date index à l’année 1, le deuxième intervalle comme celui allant de la date index à l’année 2, et le xᵉ intervalle comme celui allant de la date index à l’année X, où X prend une valeur de 0 à 15. Et chaque intervalle, comprend, oui ou non, une observation de CD. Et les données étaient relevées pour chaque participants jusqu’à la survenue de l’événement de CD, du décès ou de la dernière date de suivi.
Résultats de l’étude
16 275 patients atteints d’infection par le VHC (représentant 93 343 observations par intervalles repères) ont été inclus sur une période de suivi de 15 ans. Les chercheurs ont observé 1718 cas incidents de DC (10,56 %) ainsi que 2398 décès (14,73 %).
Selon les résultats rapportés par l’étude, la population de patients est passée de 16 275 au moment de l’inclusion (A0) à 5373 au début de la 6e année (A6), puis à 1562 à la 15e année (A15). La proportion de patients non traités a diminué de 46 % à A0 à 26 % à A6, puis à 11 % à A15. Comme attendu, la prévalence des complications cliniques (p. ex. cirrhose compensée, comorbidités, diabète de type 2 [DT2]) a augmenté au fil du temps, en lien avec le vieillissement de la cohorte. De même, l’utilisation des statines est passée de 12 % à A0 à 28 % au début de la 15e année. Les génotypes (GT) les plus fréquents étaient le GT1 (58 %), le GT2 (10 %) et le GT3 (8 %). Plus de la moitié de la cohorte était constituée de fumeurs actuels ou anciens (54 % à 61 %).
Comparativement à l’absence de traitement antiviral, l’obtention d’une réponse virologique soutenue (RVS) était associée à une réduction du risque de CD (avec un rapport de risques ajusté [RRa] de 0,17). L’utilisation des statines était également associée à un risque plus faible de décompensation (RRa = 0,68, ou risque réduit de 32 %), indépendamment du statut de cirrhose ; ces réductions de risque variaient, mais se maintenaient dans les différents groupes selon le statut thérapeutique. Parmi les autres facteurs de risque figuraient un indice de masse corporelle > 25, le sexe masculin et la présence de multiples comorbidités. Un diagnostic de cirrhose constituait le facteur de risque le plus important de développement d’une CD; chez les patients atteints d’une infection par le VHC présentant une cirrhose compensée, le risque de CD était environ cinq fois plus élevé que chez ceux sans preuve de cirrhose (RRa = 6,65).
Conclusion de l’étude
L’obtention d’une RVS et le traitement par statines étaient tous deux associés à une réduction du risque de CD chez les patients atteints d’hépatite C. Ces résultats peuvent éclairer la prise en charge clinique afin de diminuer le risque de CD chez les patients infectés par le VHC.
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