La prophylaxie préexposition au VIH (PrEP ou PPrE), prise de manière orale quotidiennement est déjà considérée comme très efficace lorsqu’elle est prise de manière régulière, mais d’autres options restent nécessaires. En effet, certaines personnes peuvent avoir de la difficulté à se rappeler de prendre un comprimé chaque jour, ressentir une stigmatisation liée à l’utilisation d’antirétroviraux également utilisés pour traiter le VIH, ou encore hésiter à posséder des flacons de médicaments pouvant être perdus ou volés. Ainsi, la PrEP injectable peut être considérée comme une option intéressante et valable pour les personnes faisant face à des problèmes d’adhésion. En ce sens, la PrEP intégrant le lénacapavir injectable administré deux fois par an est saluée comme une avancée majeure (voir à ce sujet, les résumés des essais PURPOSE 1 et PURPOSE 2). Toutefois, une injection préventive contre le VIH administrée une fois par an (plutôt que deux) pourrait avoir un impact encore plus important sur l’épidémie du VIH.
À ce sujet, la compagnie Gilead a récemment révélé les données d’une étude de phase I évaluant la pharmacocinétique et la sécurité du lénacapavir administré une fois par an par injection intramusculaire dans le cadre de la PrEP. Il est démontré dans cette étude que deux types de formulations à action prolongée administrées annuellement ont pu produire des concentrations médicamenteuses encore plus élevées que celles du lénacapavir semestriel déjà hautement efficace. Ces données ont été présentées à l’occasion de la dernière Conférence sur les rétrovirus et les infections opportunistes (CROI 2025) qui s’est déroulée du 9 au 12 mars, à San Francisco (États-Unis) et ont aussi été publiée dans The Lancet (Jogiraju, V., & al., 2025). Gilead Sciences considère les résultats suffisamment prometteurs pour passer directement aux essais de phase III (voir communiqué).
Le lénacapavir est déjà commercialisé sous le nom de Sunlenca® (Gilead Sciences), et cet antirétroviral est utilisé dans le cadre d’un régime visant à traiter l’infection par le VIH en association avec un ou plusieurs autres antirétroviraux, chez des adultes infectés-es par une souche de VIH-1 multirésistante pour lesquels-les il serait autrement impossible d’établir un schéma de traitement antirétroviral suppressif. Le lénacapavir (appelé LEN ou GS-6207) est un inhibiteur de capside qui agit à plusieurs étapes de la réplication des souches virales. Pour information, le lénacapavir possède une demi-vie prolongée dans l’organisme, permettant une administration peu fréquente. Les injections forment un « dépôt » sous la peau, libérant progressivement le médicament au fil du temps. En fait, plus la concentration est élevée, plus la libération est lente, et plus la libération est lente, plus la durée d’action est prolongée.
Rappel : étude du lénacapavir administré deux fois par an (injections bisannuelles)
Rappelons que les essais PURPOSE ont évalué la sécurité et l’efficacité du lénacapavir injectable administré de façon sous-cutanée deux fois par an (semestriel) en tant que PrEP par rapport au :
- Descovy® et au Truvada®, pris oralement une fois par jour – dans l’essai PURPOSE 1, au sein d’une population comprenant plus de 5300 femmes cisgenres et adolescentes. Il y avait trois groupes : le groupe LEN ou lénacapavir (2134 patientes), le groupe Descovy® (2136 patientes) et le groupe Truvada® (1068 patientes).
- Truvada® oral pris une fois par jour et à l’incidence de référence du VIH (bVIH) – dans l’essai PURPOSE 2, au sein d’une population (n = 2179 pour le groupe LEN et n = 1086 pour le groupe Truvada®) comprenant des hommes cisgenres, des hommes transgenres, des femmes transgenres et des personnes non binaires.
Dans le cas de PURPOSE 1, il n’y a eu aucun cas incident d’infection par le VIH parmi les 2134 femmes du groupe prenant le LEN. Par contre, il y a eu 16 cas incidents parmi les 1 068 femmes du groupe Truvada®. Dans le cas de PURPOSE 2, il n’y a eu simplement que deux cas d’infection sur les 2179 participants du groupe LEN, ce qui correspond à 99,9 % des participants n’ayant pas contracté l’infection par le VIH au sein de ce groupe.
Étude portant sur les injections annuelles (administrées une fois par an)
Cette étude multicentrique, de phase 1, ouverte, et présentée lors de la CROI 2025, portait sur la pharmacocinétique et la sécurité du lénacapavir administré annuellement en injection intramusculaire, chez des participants en bonne santé, présentant une faible probabilité d’acquisition du VIH. L’étude s’est déroulée dans deux centres de recherche clinique aux États-Unis. Les participants ont été recrutés entre le 9 mars et le 7 septembre 2023.
Selon les résultats, 20 participants ont reçu la formulation 1 de lénacapavir (lénacapavir 500 mg/mL avec 5 % p/p d’éthanol – pour réduire la viscosité de l’injection) et 20 autres participants ont reçu la formulation 2 de lénacapavir (lénacapavir 500 mg/mL avec 10 % p/p d’éthanol), sous forme d’une dose unique de 5000 mg administrée par injection intramusculaire – à savoir deux injections intramusculaires de 5 millilitres dans les fessiers simultanément (2500 mg pour chaque injection). L’âge moyen des participants était de 37 ans dans la cohorte ayant reçu la formulation 1 et de 33 ans dans la cohorte ayant reçu la formulation 2. 13 participants (65 %) dans chaque cohorte étaient assignés masculins à la naissance. Le poids corporel moyen des participants ayant reçu la formulation 1 était de 73,6 kg, et celui des participants ayant reçu la formulation 2 était de 77,1 kg.
Après l’administration intramusculaire des formulations 1 et 2, les concentrations plasmatiques ont augmenté rapidement, avec un Tmax moyen survenant environ 12 semaines après la dose administrée pour la formulation 1 et environ 10 semaines après la dose administrée pour la formulation 2. Le Tmax est le temps pour atteindre la concentration maximale plasmatique Cmax. La Cmax moyenne du lénacapavir a été de 247 ng/mL avec la formulation 1 et de 336 ng/mL avec la formulation 2.
En comparant – au fil des 56 semaines, les formulations intramusculaires administrées une fois par an avec la formulation sous-cutanée administrée deux fois par an, les concentrations moyennes de lénacapavir enregistrées après une administration intramusculaire annuelle sont restées supérieures aux concentrations moyennes observées enregistrées après une administration sous-cutanée semestrielle dans les études PURPOSE 1 et 2, et ce jusqu’à au moins 56 semaines (voir la diapositive ci-dessous).
La Ctrough (ou concentration résiduelle mesurée en fin d’étude) moyenne observée de lénacapavir chez les participants, était de :
- 57 ng/mL et 65,6 ng/mL à S52, pour les formulations 1 et 2 respectivement ;
- 50,7 ng/mL et 55,9 ng/mL à S56, pour les formulations 1 et 2, respectivement.
- 23,4 ng/mL dans les études PURPOSE 1 et 2 à S26.
En fait, la Ctrough de lénacapavir à S52 pour tous les participants ayant reçu la formulation 1 ou la formulation 2 était similaire ou supérieure à la Ctrough de lénacapavir administré par voie sous-cutanée deux fois par an à S26. En effet, aucun des participants de l’étude ne présentait de concentrations exceptionnellement basses. Par ailleurs, l’aire sous la courbe (ASC ou AUC) médiane, qui mesure la quantité et le temps passé de l’antirétroviral dans le sang (ou mesure l’exposition totale au médicament au fil du temps), était également plus élevée avec les deux formulations annuelles, en comparaison avec le lénacapavir semestriel.
Sur la base des données disponibles, les anomalies biochimiques relevées de grade 3 étaient peu susceptibles d’être reliées au médicament à l’étude, selon les auteurs. L’anomalie en question de grade 3 la plus fréquente était une élévation du LDL-cholestérol (pour trois participants ayant reçu la formulation 1 et un participant ayant reçu la formulation 2) ; les quatre participants présentaient déjà un LDL-cholestérol élevé à l’inclusion (grade 1 ou 2). La plupart des réactions au site d’injection observées chez les participants étaient de grade 1 ou 2. Un seul participant a présenté une réaction au site d’injection de grade 3. Globalement, une douleur au site d’injection a été rapportée par 16 des 20 participants (80 %) ayant reçu la formulation 1 et par 15 des 20 participants (75 %) ayant reçu la formulation 2.
Conclusion
Dans cette étude de deux formulations de lénacapavir administrées par voie intramusculaire, les concentrations plasmatiques de lénacapavir sont toujours restées supérieures à celles associées au lénacapavir sous-cutané administré deux fois par an, et ce, pendant plus d’un an après l’administration. Les injections ont été généralement bien tolérées, la douleur au site d’injection étant l’effet indésirable le plus courant. Aucune préoccupation de sécurité cliniquement significative n’a été identifiée.
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XLG

Crédit illustration : Gilead Sciences.
