Par rapport à la population générale, les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HARSAH) sont touchés de manière disproportionnée par les infections transmissibles sexuellement et par le sang (ITSS) telles que l’infection par le VIH, la syphilis et autres ITSS. De plus, des données suggèrent que les infections par le virus de l’hépatite C (VHC) peuvent également affecter de manière disproportionnée les HARSAH. Dans ce contexte, les recherches scientifiques passées ont examiné la plupart du temps l’association existante entre les HARSAH séropositifs (ou VIH positifs), les utilisateurs de drogues par injections (UDI) ou HARSAH-UDI et l’infection par le virus de l’hépatite C (VHC). Cependant, peu d’études se sont arrêtées aux HARSAH séronégatifs non-UDI (ou consommateurs de drogues non injectables). Cette lacune laisse une partie de la population inexplorée, risquant ainsi de négliger des facteurs importants qui pourraient contribuer à la transmission et à la prévalence du VHC. Cette étude (Zhao, J., & al., BMC Infectious Diseases, 2024) visait ainsi à explorer la relation qui pourrait exister entre l’utilisation ou la consommation de drogues non injectables et l’infection par le VHC au sein d’une population d’HARSAH séronégatifs pour le VIH.
Dans cette étude transversale, les chercheurs ont analysé les données de 118 HARSAH VIH et VHB (virus de l’hépatite B) négatifs ayant déclaré utiliser des drogues non injectables. Les participants ont été recrutés depuis deux communautés urbaines de Houston (Texas, États-Unis), entre 2004 et 2007. Une analyse en classes latentes (ACL) – méthode statistique qui permet d’identifier des groupes inobservables au sein d’une population donnée, a été utilisée pour identifier les classes latentes d’usage de drogues. Une analyse de régression logistique multinomiale a été réalisée pour évaluer l’association entre les classes latentes d’usage de drogues et l’infection par le VHC.
42 ans ou plus et consommant plusieurs drogues non injectables
Selon les résultats, sur les 118 HARSAH de l’analyse, il y a eu 21 cas d’infection au VHC, ce qui représente 17,8 % de l’échantillon. La majorité des participants avaient consommé plusieurs drogues (ceci étant défini comme ayant déjà utilisé plus de deux types de drogues). Les types de drogues les plus courantes étaient : le crack (98 %), la marijuana (89 %) et l’alcool (86 %). Les taux de prévalence pour les autres types de drogues étaient de 57 % pour la cocaïne en poudre, 22 % pour la codéine (médicament opioïde), 21 % pour le « fry » (cigarettes de marijuana ou de tabac trempées dans du PCP), 14 % pour la méthamphétamine, 6,8 % pour l’héroïne et 3,4 % pour le speedball (mélange d’héroïne et de cocaïne).
Quatre classes latentes distinctes d’usage de drogues ont été identifiées :
– (1) la classe 1, qui regroupe des personnes de 42 ans ou plus n’utilisant que du crack ;
– (2) la classe 2, qui regroupe des personnes d’environ 42 ans utilisant plus de deux drogues ;
– (3) la classe 3, qui regroupe des personnes de moins de 42 ans utilisant plus de cinq drogues ;
– (4) et la classe 4, qui regroupe des personnes de 42 ans ou plus utilisant plus de six drogues.
D’après les analyses, la classe 4 était significativement associée à l’infection par le VHC. Les chances d’infection par le VHC chez les membres de la classe 4 étaient en effet :
– 17 fois plus élevées que chez les membres de la classe 2 (rapport de cotes ajusté [RCa] = 16,9) ;
– et presque 22 fois plus élevées que chez les membres de la classe 3 (RCa = 21,8).
Les données indiquent que l’âge et les types de consommation de drogues sont tous deux associés à l’infection par le VHC, et que les différences au niveau de l’âge sont liées à des préférences différentes pour certains types de drogues.
En conclusion, parmi les HARSAH utilisant des drogues non injectables, le sous-groupe d’individus âgés de 42 ans ou plus, consommant plusieurs drogues (incluant l’héroïne, le speedball, la méthamphétamine, le crack et la marijuana), présentait une forte probabilité d’infection au VHC. Des programmes de santé publique et d’éducation, ainsi que des programmes de traitement et de réhabilitation devraient être développés pour ce sous-groupe à haut risque afin de prévenir l’acquisition et la transmission du VHC, selon les auteurs.
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