Environ 90 % des cancers de l’anus sont attribuables au virus du papillome humain (VPH). À la suite de l’exposition, l’infection par le VPH demeure généralement localisée au site de contact, et la plupart des infections se résolvent spontanément ou entrent en phase de latence; dans certains cas, l’infection persiste (virus non résorbés). Il faut savoir que jusqu’à 80 %–90 % des hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HARSAH) vivant avec le VIH vont présenter un test positif au VPH à haut risque (VPH-HR) au niveau anal – à savoir les VPH-HR capables de mener au développement d’un cancer, comparativement à 47 %–61 % chez les HARSAH séronégatifs pour le VIH. Les comportements sexuels, les rapports anaux réceptifs sans préservatif et les antécédents d’infections transmissibles sexuellement et par le sang (ITSS) augmentent également le risque au sein des populations de HARSAH. Une infection par un VPH-HR peut entraîner des modifications ou des anomalies dans les cellules. Ces changements sont susceptibles de mener au cancer. Il existe des vaccins offrant une protection contre les principaux types de VPH susceptibles de causer le cancer (Société canadienne du cancer).
Par ailleurs, l’utilisation de la prophylaxie préexposition ou PrEP a également été associée à une incidence accrue des ITSS, reflétant des niveaux plus élevés d’exposition sexuelle. Ainsi, les HARSAH utilisant la PrEP constituent une population émergente à haut risque de pathologies anales liées au VPH. Des données émergentes suggèrent que la prévalence des VPH-HR au niveau anal chez les HARSAH sous PrEP pourrait se rapprocher de celle observée chez les HARSAH vivant avec le VIH. Toutefois, les stratégies de dépistage et les données probantes se sont principalement concentrées sur les HARSAH vivant avec le VIH, et aucune étude n’a directement comparé à la fois l’infection par des VPH-HR et les résultats de cytologie anale entre les HARSAH sous PrEP et les HARSAH vivant avec le VIH. Les auteurs ont comparé ici (Verheyden, M., & al., Sexually Transmitted Infections, 2026) le fardeau que représente l’infection anale par des VPH-HR, les anomalies cytologiques ainsi que les facteurs de risque associés, et ce, entre les HARSAH sous PrEP et les HARSAH vivant avec le VIH.
Résultats
Dans cette étude transversale, des HARSAH fréquentant une clinique belge spécialisée en VIH/PrEP entre 2020 et 2023 ont été recrutés. Au total, 303 participants ont été inclus, et parmi eux 298 présentaient des résultats exploitables pour le VPH et/ou la cytologie – à savoir 148 HARSAH sous PrEP et 150 HARSAH vivant avec le VIH.
Concernant les comportements sexuels, les HARSAH sous PrEP rapportaient un nombre plus élevé de partenaires récents ainsi qu’une pratique plus fréquente du chemsex, avec 30,4 % déclarant pratiquer le chemsex contre 19,3 % des HARSAH vivant avec le VIH. Les antécédents de gonorrhée et de chlamydiose étaient plus fréquents chez les HARSAH sous PrEP, tandis que la syphilis était plus souvent rapportée chez les HARSAH vivant avec le VIH. La vaccination contre le VPH était également plus fréquente chez les HARSAH sous PrEP (16,2 % vs 6 %). L’ensemble des HARSAH vivant avec le VIH recevaient un traitement antirétroviral combiné (TARc) ; le taux moyen de lymphocytes CD4 lors du dépistage était de 798 cellules/mm³ et 89,3 % présentaient une charge virale VIH indétectable (< 20 copies/mL).
Les participants ont rempli un questionnaire, et des écouvillonnages (prélèvements) anaux ont été réalisés pour des analyses cytologiques et le génotypage du VPH. Une régression logistique multivariée a été utilisée afin d’identifier les facteurs associés à l’infection par des VPH-HR et à des anomalies cytologiques.
La prévalence des VPH-HR était comparable entre les HARSAH sous PrEP et les HARSAH vivant avec le VIH – 74,3 % vs 75,8 %, la pondération selon l’âge ayant un impact minimal. Le VPH-16 était le génotype individuel (génotype spécifique pris séparément) le plus fréquemment détecté (en comparaison avec le VPH-18), tandis que le groupe rassemblant les autres VPH, en dehors des VPH-16 et VPH-18, demeurait le plus fréquemment observé dans l’ensemble, avec des distributions similaires entre les deux groupes.
Une cytologie anormale était également comparable – 53,5 % chez les HARSAH sous PrEP et 56,8 % chez les HARSAH vivant avec le VIH, les ASC-US (cellules malpighiennes atypiques de signification indéterminée) constituant l’anomalie la plus fréquente. 33 hommes ont rapporté une vaccination contre le VPH (24 HARSAH sous PrEP vs. 9 HARSAH vivant avec le VIH) ; tous avaient été vaccinés après le début de la vie sexuelle. En analyse multivariée, la vaccination était associée à une diminution des chances d’infection par des VPH-HR (RCa = 0,37), tandis que le chemsex demeurait indépendamment associé à des chances plus élevées d’infection. La vaccination n’était pas associée à la présence d’une cytologie anormale (RCa = 0,74).
Conclusion : HARSAH sous PrEP un groupe à haut risque
Les HARSAH utilisant la PrEP présentaient un fardeau d’infection par des VPH-HR et d’anomalies de la cytologie anale comparable à celui observé chez les HARSAH vivant avec le VIH. Ces résultats suggèrent que les HARSAH sous PrEP constituent un groupe à haut risque pour lequel une réévaluation des stratégies actuelles de dépistage du cancer anal pourrait être justifiée. L’effet protecteur potentiel d’une vaccination contre le VPH initiée après le début de la vie sexuelle mérite d’être exploré davantage, selon les auteurs.
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XLG
