La pandémie de COVID-19 a exercé une pression sans précédent sur les systèmes de santé à travers le monde, en détournant de fait les ressources financières et humaines qui étaient auparavant allouées aux efforts nationaux mis en place pour éliminer le virus de l’hépatite C (VHC), compromettant ainsi l’atteinte des objectifs d’élimination du VHC au niveau planétaire. Et ceci est d’autant plus vrai en ce qui concerne l’accès aux services liés au VHC pour les populations marginalisées. Peu d’études ont exploré l’impact direct de la pandémie sur les sous-groupes clés à l’origine de la transmission du VHC ou sur les groupes prioritaires à risque, incluant les personnes qui utilisent des drogues par injection (PUDI) ou celles vivant une situation d’incarcération – deux populations qui se recoupent considérablement. Comme plusieurs mesures préventives ont été mises en place afin de réduire les risques de transmission du SARS-CoV-2 au sein des prisons provinciales du Québec, celles-ci ont donc pu avoir des effets sur l’ensemble des activités de dépistage du VHC dans ces établissements. Le but de cette étude (Kronfli, N., & al., Frontiers in Public Health, 2024) était donc d’évaluer l’impact de ces mesures incluant aussi la réorientation des ressources humaines sur le dépistage du VHC dans deux des plus grandes centres de détention provinciaux du Québec au cours de la pandémie de COVID-19.
Les analyses ont été effectuées à partir de données rétrospectives des tests de laboratoire liés au VHC qui ont été effectués entre juillet 2018 et février 2022 au sein de l’Établissement de détention de Montréal (EDM) et de l’Établissement de détention de Rivière-des-Prairies (EDRDP). Pour examiner l’association entre la pandémie (mesures associées) et le nombre de tests de dépistage des anticorps anti-hépatite C (anti-VHC) pratiqués, trois périodes ont été considérées : avant l’épidémie (ou éclosion de COVID-19), pendant l’épidémie et après l’épidémie – les dates encadrant chacune des trois périodes différaient d’un établissement à l’autre, du fait que ceux-ci n’ont pas expérimenté le même nombre d’épidémies et à des dates différentes.
Diminution des tests à l’EDM pendant la pandémie
Selon les résultats, un total de 1790 tests anti-VHC ont été réalisés (1182 à l’EDM et 608 à l’EDRDP) et 56 (3 %) d’entre eux se sont avérés positifs. Parmi ceux-ci, 44 tests d’ARN du VHC (ARN-VHC) ont été effectués (30 à l’EDM et 14 à l’EDRDP) et 23 d’entre eux (sur les 44, soit 52 %) sont sortis positifs (18 à l’EDM et 5 à l’EDRDP).
Par ailleurs, une diminution significative du nombre de tests anti-VHC a été observée à l’EDM pendant l’épidémie (aOR = 0,29) et après l’épidémie (aOR = 0,49), par rapport à la période située avant l’épidémie (période de référence) – il y a eu 857 tests conduits avant l’épidémie vs. 325 pendant et après l’épidémie. En revanche, aucun changement significatif n’a été observé dans le nombre de tests anti-VHC qui ont été pratiqués à l’EDRDP pendant l’épidémie (aOR = 0,98) par rapport à la période de référence pré-pandémique, mais une augmentation significative a été constatée après l’épidémie (aOR = 1,66). Il est à noter qu’à l’EDM, 7 % des nouvelles admissions ont été dépistées pour les anti-VHC avant la pandémie de COVID-19, ce pourcentage ayant diminué à 3 % pendant/après la pandémie de COVID-19. Ces pourcentages étaient de 3 % et 4 % respectivement à l’EDRDP. De même, le pourcentage de personnes positives pour les anti-VHC ayant subi un test de confirmation de l’ARN-VHC est passé de 90 % avant la pandémie de COVID-19 à 67 % pendant/après la pandémie de COVID-19 à l’EDM, tandis que ces pourcentages étaient de 64 % et 70 % respectivement à l’EDRDP.
Conclusion
En conclusion, selon les auteurs de l’étude, la pandémie de COVID-19 a eu un impact négatif sur le nombre de tests de dépistage du VHC conduits à l’EDM, mais l’impact a été minimal à l’EDRDP. En effet, ils ont constaté que les tests anti-VHC dans la plus grande prison provinciale du Québec a diminué de manière significative pendant la pandémie de COVID-19 et n’avait pas encore retrouvé les niveaux d’avant la pandémie à la fin de la période d’étude. À l’inverse, la pandémie de COVID-19 a eu un impact minimal dans une prison voisine de détention provisoire, où le dépistage des anti-VHC a augmenté après l’épidémie pour atteindre des niveaux supérieurs à ceux d’avant 2020. Pour éliminer le VHC au sein des milieux carcéraux, il sera essentiel de veiller à minimiser les interruptions de dépistage lors de futures épidémies et de privilégier les tests de dépistage combinés VHC/SARS-CoV-2.
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Photo utilisée : Établissement de détention de Montréal, dans le quartier Bordeaux, Arrondissement Ahuntsic-Cartierville, Montréal, Québec, Canada (source : Wikipedia).
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