L’avènement des antiviraux à action directe (AAD) pangénotypiques a profondément transformé la prise en charge de l’hépatite C chronique, permettant d’atteindre des taux de réponse virologique soutenue (RVS) supérieurs à 95 %, et constituant la pierre angulaire des objectifs mondiaux de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) visant à éliminer les hépatites virales d’ici 2030.
Alors que les recommandations internationales – de l’Association européenne pour l’étude du foie (EASL) et de l’Association américaine pour l’étude des maladies du foie (AASLD), positionnent principalement l’association sofosbuvir/velpatasvir/voxilaprévir (SOF/VEL/VOX) comme un traitement de rattrapage chez les patients ayant déjà reçu un traitement, les données en vie réelle concernant son efficacité et sa sécurité d’emploi en première intention demeurent limitées. Et même si des essais cliniques de phase III (p. ex., POLARIS) aient démontré l’efficacité et la sécurité d’utilisation du schéma thérapeutique SOF/VEL/VOX chez les patients naïfs au traitement, les données en conditions de vie réelle demeurent largement limitées aux cohortes de patients ayant déjà reçu un traitement (Jacobson, I. M., Gastroenterology, 2017).
L’étude présente (Tahmaz, A., Üser, Ü. & Keçe, M. S., BMC Gastroenterology, 2026) visait à évaluer, en conditions de vie réelle, l’efficacité clinique du traitement par SOF/VEL/VOX chez des patients atteints d’une hépatite C chronique (HCC), qu’ils soient naïfs au traitement ou déjà traités, afin de fournir des données supplémentaires en vie réelle dans ce contexte clinique encore peu documenté.
Méthodes
Cette étude de cohorte rétrospective, observationnelle, longitudinale et monocentrique, a inclus 124 patients atteints d’une HCC sans cirrhose – l’HCC étant définie ici par une positivité persistante de l’ARN du VHC (ARN-VHC) pendant au moins six mois, et recevant un traitement par SOF/VEL/VOX (400/100/100 mg). La cohorte comprenait 86 patients (69,3 %) naïfs de tout traitement et 38 patients (30,6 %) ayant déjà reçu un traitement – à savoir ayant des antécédents documentés d’un traitement antiviral antérieur (à base d’interférons ou d’AAD). Les patients naïfs de tout traitement (ou patients « NT ») ont reçu l’association SOF/VEL/VOX pendant 8 semaines, tandis que les patients ayant déjà reçu un traitement (ou patients expérimentés « EXP ») l’ont reçu pendant 12 semaines.
Le critère d’évaluation principal était la réponse virologique soutenue à 12 semaines après la fin du traitement (RVS12). La fibrose hépatique a été évaluée à l’aide de l’indice du rapport aspartate aminotransférase sur le nombre de plaquettes (APRI) – l’indice APRI étant un score non invasif simple utilisé pour évaluer la fibrose hépatique.
Résultats – caractéristiques à l’initial
L’âge moyen des participants était de 42 ans, avec une prédominance masculine (81,4 %) et une proportion importante de personnes incarcérées (44,3 %). 63,7 % des patients ne présentaient aucun signe de stéatose hépatique, tandis qu’une stéatose hépatique de grade 1 et de grade 2 a été détectée chez 27,4 % et 8,9 % des patients, respectivement.
Les comorbidités cliniques les plus fréquentes au sein de la cohorte étaient l’hypertension artérielle ou HA (8,1 %) et le diabète (8,1 %). Parmi les patients ayant déjà reçu un traitement (n = 38), les schémas thérapeutiques antérieurs les plus fréquemment utilisés combinaient glécaprévir/pibrentasvir (GLE/PIB) (55,3 %) et paritaprévir/ritonavir/ombitasvir associé au dasabuvir (PrOD) (10,5 %). L’évaluation virologique et biochimique initiale a révélé, dans l’ensemble de la cohorte, une charge virale médiane du VHC de 674 812 UI/mL.
Les génotypes 1 (58,1 %) et 3 (40,3 %) du VHC étaient les plus fréquemment représentés. Concernant les différences observées à l’inclusion, les patients EXP étaient plus jeunes (âge moyen : 37,4 vs. 44,1 ans) et présentaient une prévalence plus élevée d’une infection par le génotype 1a que les patients NT.
Paramètres biochimiques (à l’initial) : taux d’ALAT et d’ASAT
Les taux médians d’ALAT et d’ASAT, utilisés comme indicateurs de la nécro-inflammation hépatique, étaient élevés comme prévu – 52 et 38 U/L, respectivement, tandis que la fonction rénale demeurait optimale dans les deux groupes – avec un débit de filtration glomérulaire estimé (DFGe) médian de 98 mL/min. Conformément à l’absence de maladie hépatique avancée, la numération plaquettaire médiane se situait dans les valeurs normales – 250 × 10³/µL, et les paramètres de coagulation entre autres, demeuraient dans les valeurs de référence. Fait notable, le faible score APRI médian dans l’ensemble de la cohorte – 0,29-0,30 chez les patients NT, et 0,27 chez les patients EXP, était compatible avec le fait que la population étudiée était majoritairement composée de patients sans cirrhose et ne présentant pas de fibrose hépatique significative.
Paramètres biochimiques et virologiques 12 semaines après le traitement (RVS12)
À la semaine 12 après la fin du traitement (RVS12), une clairance de l’acide ribonucléique du virus de l’hépatite C (ou ARN-VHC) a été obtenue chez 100 % des patients NT et chez 100 % des patients EXP, sans différence significative entre les deux groupes (p = 1,000).
Parallèlement à la clairance virologique, les taux d’ALAT, d’ASAT et de gamma-glutamyl transférase (GGT) – sachant qu’une élévation des taux de GGT dans le sang indique une atteinte du foie, et des niveaux plus élevés d’ALAT et d’ASAT que la norme indiquent que des cellules du foie ou des muscles sont endommagées, ont diminué de manière significative (p < 0,001), témoignant de la résolution de la nécro-inflammation hépatique.
De plus, le score APRI médian a diminué, passant de 0,28 à 0,14 après la fin du traitement (RVS12) (p < 0,001). Cette diminution reflète la résolution rapide de la nécro-inflammation hépatique consécutive à la clairance virale plutôt qu’une régression structurelle définitive de la fibrose, dans cette cohorte majoritairement composée de patients sans cirrhose.
Le traitement a bien été toléré, sans événements indésirables (ÉI) graves ni interruption du traitement. Des ÉI mineurs et transitoires (3,2 %) se sont complètement résolus au cours du suivi.
Conclusion
Cette étude menée en conditions de vie réelle montre que l’association SOF/VEL/VOX a permis d’obtenir un taux de RVS12 de 100 %, avec une excellente tolérance, tant chez les patients NT que chez les patients EXP pour une hépatite C chronique (HCC). Ces résultats appuient l’utilisation de l’association SOF/VEL/VOX comme option thérapeutique de première intention chez les patients NT, notamment dans les contextes où d’autres schémas pangénotypiques ne sont pas disponibles, tout en assurant une efficacité virologique élevée et en favorisant une résolution rapide de la nécro-inflammation hépatique.
Pour accéder à l’article d’origine, cliquer sur ce lien.
XLG
