Les directives internationales actuelles en matière de dépistage du VIH recommandent que les personnes séronégatives appartenant aux groupes prioritaires pour le VIH effectuent un dépistage de routine tous les 3-6 mois. Les directives canadiennes recommandent de même que de tels dépistages soient effectués tous les 3-6 mois, alors qu’en Ontario (là où la présente recherche a été effectuée), la recommandation indique tous les 3 mois. Une telle approche permet donc un diagnostic précoce du VIH et une liaison rapide aux soins – ce qui est conforme aux objectifs 95-95-95 de l’ONUSIDA visant à ce que 95 % des personnes non diagnostiquées connaissent leur statut sérologique pour le VIH.
Pour atteindre ces objectifs, de nouvelles approches en matière de dépistage du VIH ont été développées, comme par exemple l’implantation du projet d’autodépistage du VIH, « GetaKit.ca », qui utilise un algorithme de dépistage en ligne pour déterminer l’éligibilité à recevoir des autotests. GetaKit.ca est à la base une étude de l’Université d’Ottawa (démarrée en juillet 2020 et s’est étendue à travers l’Ontario en avril 2021) visant à évaluer un système d’évaluation en ligne et d’envoi postal pour les services de santé sexuelle, comprenant les tests et la prévention. Si elles sont admissibles, les personnes peuvent donc commander un test de dépistage INSTI (MD) autoadministré du VIH et le faire livrer à leur domicile ou à un autre point de ramassage désigné. Les personnes qui communiquent leurs résultats reçoivent des informations sur la PPE et la PrEP. Tous les participants reçoivent également des rappels automatiques leur indiquant que le moment est venu de réeffectuer un test de dépistage du VIH, en fonction des facteurs de risque qu’ils ont déclarés. Les personnes dont les résultats d’autotest sont positifs sont contactées directement et mises en relation avec les services de soins pour un test de confirmation, des services de soutien et un traitement. Pour comprendre la fréquence du dépistage individuel par rapport aux recommandations de dépistage tous les 3 mois, les chercheurs ont donc évalué (O’Byrne, P., & al., AIDS and Behavior, 2024) les données des participants ayant commandé des autotests de dépistage du VIH supplémentaires via GetaKit.ca – les données ont été extraites de la période allant d’avril 2021 à mars 2023.
16 nouveaux diagnostics du VIH
Selon les résultats rapportés, pendant la période d’étude, 5235 autotests de dépistage du VIH ont été distribués à 3627 participants (dits « uniques »). 78 % (n = 2821/3627) des participants appartenaient à une des populations prioritaires. Ensuite, 26 % des participants (n = 928/3627) ont passé commande à plusieurs reprises (plus de deux fois) et ces participants ont commandé 48 % (n = 2536/5235) des tests distribués lors de la période d’étude. La réalisation de tests de dépistage supplémentaires s’est effectuée chez 27 % (n = 772/2821) de participants appartenant à une des populations prioritaires pour le VIH, vs. chez 19 % (n = 156/820) des personnes qui n’appartenaient pas à une population prioritaire. Ces 156 participants non prioritaires ont utilisé 393 autotests, vs. 2143 tests utilisés par ceux qui appartenaient aux populations prioritaires. Par ailleurs, les participants ayant effectué des tests de dépistage supplémentaires étaient plus susceptibles d’être blancs, masculins et de faire partie d’une population prioritaire pour le VIH ; ils étaient également plus susceptibles d’avoir effectué des tests de dépistage des ITSS ou du VIH antérieurs ou d’avoir reçu un diagnostic d’ITSS antérieur, en comparaison avec ceux qui ne l’avaient pas fait. Les chercheurs ont réussi à identifier 16 nouveaux diagnostics de VIH, dont deux parmi les personnes ayant repassé d’autres tests. Les participants ayant déclaré des résultats positifs étaient plus susceptibles d’avoir commandé seulement une fois et d’avoir été testés positifs lors de leur première commande : en effet, 88 % (n = 14/16) des résultats de test VIH auto-déclarés positifs signalés à GetaKit.ca pendant l’étude ont été observés lors du premier test commandé.
Selon les auteurs, les résultats suggèrent que l’autotest du VIH peut être utile pour aider à atteindre les objectifs de l’ONUSIDA visant à identifier les infections non diagnostiquées ; cependant, de tels efforts ont moins de chances d’être couronnés de succès sans un lien adéquat avec les services de suivi, y compris les soins de traitement et de prévention du VIH.
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