L’augmentation du recours à la prophylaxie préexposition (PrEP) chez les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HARSAH) a conduit à l’émergence d’une nouvelle stratégie de prévention du VIH : le PrEP surfing. Celle-ci désigne le fait d’avoir des rapports sexuels anaux sans préservatif (RSA sans préservatif) en se fiant ou se reposant sur l’utilisation de la PrEP par son partenaire sexuel. Le PrEP surfing constitue ainsi une méthode indirecte de prévention du VIH, reposant sur l’utilisation d’un traitement préventif par son partenaire sexuel. Toutefois, la fréquence de cette pratique, les profils des personnes qui y ont recours, ainsi que la mesure dans laquelle les HARSAH envisagent de l’adopter demeurent inconnus. Dans cette étude (Blomaard, C. M., AIDS, 2026), les auteurs ont cherché à estimer la proportion de HARSAH séronégatifs pour le VIH ayant recours au PrEP surfing avec des partenaires occasionnels et entre autres, identifier les déterminants de cette pratique et évaluer l’intention d’y recourir.
Méthodes
Les « Amsterdam Cohort Studies » (ACS) représentent une étude de cohorte prospective ouverte, initiée en 1984 dans la région d’Amsterdam (Pays-Bas), et constituée d’HARSAH. Les participants effectuent des visites d’étude à chaque six mois au Service de santé publique d’Amsterdam. Ceux séronégatifs pour le VIH ayant effectué des visites d’étude entre octobre 2021 et décembre 2023 ont été inclus dans l’analyse d’intention de recourir au PrEP surfing. Les hommes étaient admissibles à l’analyse s’ils déclaraient une utilisation de la PrEP à la demande (avec ou sans périodes d’utilisation quotidienne) ou s’ils déclaraient ne pas utiliser la PrEP – ceux qui rapportaient une utilisation de la PrEP exclusivement selon un schéma quotidien au cours des six derniers mois étaient exclus de l’analyse. Le PrEP surfing était défini ici comme le fait de se fier à la prise de PrEP par le partenaire en tant que stratégie de prévention du VIH lors de RSA sans préservatif avec ce partenaire. On demandait aux participants s’ils y avaient eu recours avec des partenaires sexuels occasionnels au cours des six mois précédents la visite. Il leur était également demandé d’évaluer leur intention de recourir au PrEP surfing avec des partenaires sexuels séronégatifs pour le VIH au cours des six mois suivants à l’aide d’une échelle de Likert en 7 points.
Résultats
Entre octobre 2021 et décembre 2023, 636 HARSAH séronégatifs pour le VIH ont fourni des données sur le PrEP surfing lors de 2187 visites effectuées. L’âge moyen était de 45 ans. La plupart des participants ont rapporté avoir un partenaire régulier (n = 499 ; 79,6 %). Le nombre moyen de partenaires sexuels au cours des six mois précédents était de 4. Des RSA sans préservatif avec un partenaire occasionnel ont été rapportés par 318 participants (50 %). Par ailleurs, 232 participants (36,5 %) étaient éligibles à la PrEP au cours des six mois précédents, et 264 (41,5 %) déclaraient avoir utilisé la PrEP, dont 99 (37,5 %) selon un schéma quotidien.
Pratique récente du PrEP surfing
Le PrEP surfing récent a été rapporté au moins une fois par 238 participants (42,4 %) et documenté dans 449 visites (25,2 %) de l’ensemble des visites de l’étude. Voici ce qui a été observé :
- Facteurs positivement associés à la pratique récente du PrEP surfing : avoir eu 3–8 partenaires sexuels (aOR = 4,1) ou ≥ 9 partenaires sexuels (aOR = 4,1) au cours des six mois précédents; rapporter une utilisation récente de la PrEP selon un schéma événementiel (aOR = 3,1); avoir présenté une ITS rectale ou une syphilis diagnostiquée au cours des six mois précédents (aOR = 1,6); ne pas avoir de partenaire régulier (aOR = 1,5); percevoir sa probabilité d’acquisition du VIH comme intermédiaire ou élevée (aOR = 1,5).
- Facteurs négativement associés à la pratique récente du PrEP surfing : âge ≥ 45 ans (45–54 ans : aOR = 0,5; et ≥ 55 ans : aOR = 0,5) comparativement au groupe des 18–34 ans, et un pays de naissance autre que les Pays-Bas (aOR = 0,6).
Intention de recourir au PrEP surfing
L’intention moyenne de recourir au PrEP surfing était de 4. Parmi les 636 participants, 306 (48,1 %) ont rapporté une intention élevée (score 6-7), 192 participants (30,2 %) ont rapporté une intention modérée (score 3–5) et 138 (21,7 %) une intention faible (score 1–2).
- Facteurs associés à une intention plus élevée de recourir au PrEP surfing dans les six mois suivants : les RSA sans préservatif avec des partenaires occasionnels au cours des six mois précédents (β = 1,1); une inquiétude intermédiaire/élevée concernant le risque d’acquisition du VIH (β = 0,3); une perception intermédiaire/élevée de sa propre probabilité d’acquérir le VIH (β = 0,5); utilisation de la PrEP au cours des six mois précédents (β = 0,7), et enfin, ne pas avoir de partenaire régulier (β = 0,4).
- Facteurs associés à une intention plus faible de recourir au PrEP surfing : rapporter l’utilisation de la PrEP et avoir ≥ 9 partenaires sexuels – par rapport à ceux ayant 0–2 partenaires sexuels et ne prenant pas la PrEP. De plus, avoir un âge ≥ 45 ans était négativement associé à l’intention de pratiquer le PrEP surfing (45–54 ans : β = −0,8; et ≥ 55 ans : β = −0,7) – comparativement au groupe des 18–34 ans.
L’intention comme indice de prédiction pour la pratique du PrEP surfing
Une intention plus élevée de pratiquer le PrEP surfing rapportée lors de la visite précédente était associée à la pratique du PrEP surfing au cours des six mois suivants. En analyse multivariée, une intention plus élevée de pratiquer le PrEP surfing était fortement associée à une augmentation des probabilités de déclarer ultérieurement cette pratique (aOR = 1,6). Ainsi, chaque augmentation d’un point sur une échelle de Likert à 7 points était associée à une augmentation de 60 % des probabilités de pratiquer le PrEP surfing dans les six mois suivants.
Conclusion : un nombre important de HARSAH séronégatifs
En conclusion, il a été observé et établi que le PrEP surfing était pratiqué par un nombre important d’HARSAH séronégatifs qui n’utilisaient pas la PrEP selon un schéma quotidien, en particulier chez les HARSAH plus jeunes ayant déjà une expérience d’utilisation de la PrEP et ne disposant pas d’un partenaire stable. De plus, les HARSAH ayant une perception plus élevée de leur probabilité d’acquisition du VIH recouraient plus souvent au PrEP surfing. Des recherches sur l’efficacité du PrEP surfing sont essentielles afin d’optimiser le counseling relatif à cette pratique.
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XLG
