Les populations transgenres et non-binaires sont touchées de manière disproportionnée par le VIH et rencontrent pourtant des obstacles quant à l’accès aux services qui y sont liés. Étant donné que la prophylaxie pré-exposition au VIH (PrEP) représente un outil efficace pour réduire les risques de transmission au VIH chez les individus séronégatifs, de fait améliorer la sensibilisation à la PrEP, son accès et son adoption est une stratégie importante pour réduire le fardeau du VIH parmi les populations transgenres et non-binaires. Cependant, aucune donnée n’existe permettant de nous éclairer sur le niveau de sensibilisation à la PrEP ainsi que sur son taux d’utilisation (ou d’adoption) au sein de cette population au Canada, de même que sur les éventuels obstacles ou facilitateurs (ou facteurs qui favorisent ou viennent entraver l’accès à la PrEP).
Cette étude (Hallarn, J., & al., JAIDS, 2024) a analysé les données de 1965 personnes ayant participé à Trans PULSE Canada 2019, un sondage national de recherche communautaire pour les personnes transgenres et non binaires âgées de 14+ du Canada – les participants devaient remplir, au cours de l’été 2019, un formulaire court ou standard. Les données ont été analysées afin d’estimer les niveaux de sensibilisation à la PrEP (être au courant de l’existence de la PrEP et de son utilité quant à la réduction des risques de transmission du VIH) ainsi que son niveau d’adoption, de même que pour identifier les indicateurs associés à une meilleure ou moins bonne sensibilisation à la PrEP au sein de la population étudiée. Par ailleurs, un sous-groupe constitué de personnes présentant une recommandation pour suivre la PrEP (ou ayant des indications pour suivre la PrEP) a été défini ici et regroupait en fait des individus ayant déclaré avoir eu des rapports vaginaux ou anaux sans préservatif au cours de l’année écoulée et qui n’étaient pas engagés dans une relation monogame.
Selon les résultats, 1965 participants ont été inclus dans l’analyse. La majorité des participants avaient moins de 35 ans. Ceux-ci s’identifiaient comme :
- femmes transgenres à 24,7 %,
- hommes transgenres à 24,3 %,
- comme personnes non binaires pour la moitié de l’échantillon (à savoir 42,4 % AFAB et 8,6 % AMAB) – AFAB pour « Assigned Female At Birth » et AMAB pour « Assigned Male At Birth ».
La majorité des participants vivaient en Ontario (35,6 %), en Colombie-Britannique (19,4 %) ou en Alberta (19,1 %). Un cinquième des participants ont rencontré les critères de recommandation pour suivre la PrEP (indications pour suivre la PrEP), ce qui représentait un échantillon de 395 personnes.
En comparant l’ensemble de l’échantillon avec le sous-groupe réunissant des individus ayant des indications pour suivre la PrEP, 71 % vs. 82,3 %, 2,2 % vs. 7,3 % et 0,9 % vs. 3,8 % des individus étaient, respectivement, au courant de l’existence et de l’utilité de la PrEP (sensibilisés), l’avaient déjà utilisé auparavant et l’utilisaient au moment de l’étude.
Différences significatives observées selon l’identité de genre
Parmi tous les participants, la sensibilisation différait significativement selon l’identité de genre, avec le niveau de sensibilisation le plus bas qui a été observé parmi les femmes transgenres (soit 61,2 %) et le plus élevé observé parmi les personnes non-binaires AFAB (78,3 %). L’utilisation passée et actuelle de la PrEP différait significativement selon l’identité de genre : le taux d’utilisation passée et actuelle de la PrEP était plus importante parmi les individus non-binaires AMAB (7,1 %) et les hommes trans (2,1 %), respectivement, alors qu’il était le moins important chez les femmes trans dans les deux cas (1,0 % et 0,4 %, respectivement). Au sein du sous-groupe dans lequel les individus présentaient une indication pour suivre la PrEP, la sensibilisation à la PrEP était plus élevée chez les hommes transgenres et les personnes non-binaires AFAB que chez les individus non-binaires AMAB et les femmes transgenres. L’utilisation passée et actuelle de la PrEP était la plus élevée chez les hommes trans (18,7 % et 12,0 % respectivement).
Les répondants âgés de 45 ans ou plus, les personnes transféminines (ou transfem – terme générique pour les personnes qui n’ont pas été assignées femme à la naissance, dont l’identité de genre est partiellement ou entièrement féminine), les personnes autochtones, vivant au Canada atlantique ou au Québec, et ayant un niveau d’éducation secondaire ou moins étaient significativement moins susceptibles d’être au courant de la PrEP. Le travail du sexe pratiqué au cours de la vie, les tests de dépistage du VIH et des ITSS effectués au cours de l’année précédente, le fait d’être célibataire ou dans une relation non monogame, et avoir reçu des niveaux élevés de soutien socioémotionnel étaient positivement associés à la sensibilisation à la PrEP.
En conclusion, selon les auteurs, il est nécessaire d’améliorer la sensibilisation à la PrEP et son adoption parmi les personnes trans et non-binaires au Canada. Dans cette enquête de 2019, un participant sur cinq parmi les personnes trans et non-binaires qui étaient éligibles à la PrEP n’avait jamais entendu parler de la PrEP.
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