Les taux d’infections transmissibles sexuellement (ITS) d’origine bactérienne (ou ITS bactériennes) ont fortement augmenté au cours des dernières décennies. La prophylaxie postexposition par la doxycycline (doxy PPE) constitue une intervention novatrice visant à prévenir les ITS bactériennes, justement. Des essais cliniques randomisés récents ont rapporté une forte efficacité de la doxy PPE dans la prévention de la syphilis et de la chlamydia chez les hommes cisgenres ayant des relations sexuelles avec des hommes (ou hommes gais, bisexuels et autres hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes, gbHARSAH) et chez les femmes transgenres.
Les chercheurs ont extrait ici (Osmundson, J., & al., Open Forum Infectious Diseases, 2025) les données des dossiers médicaux électroniques de 2083 patient·e·s d’une clinique communautaire de Los Angeles desservant principalement des personnes issues de la communauté LGBT, le Los Angeles LGBT Center, et ayant reçu une prescription de doxy PPE, et ce, entre 2019 et juin 2024. Les informations recueillies comprenaient, entre autres, l’âge, le revenu, le genre, le sexe, les prescriptions de doxy PPE ainsi que les résultats de dépistage des ITS remontant jusqu’à 1998 (historique de dépistage).
Comparaison initiation précoce et tardive de la doxy PPE
Entre février 2019 et le 27 juin 2024, 2083 patient·e·s ont reçu une prescription de doxy PPE. En fait, le Centre a publié des recommandations officielles à destination des clinicien·ne·s concernant l’utilisation de la doxy PPE en octobre 2022. Près de la moitié des patient·e·s sous doxy PPE étaient âgé·e·s de 31 à 40 ans (48,1 %) et la majorité étaient des hommes cisgenres homosexuels ou bisexuels (85,2 %). Le nombre de patient·e·s sous doxy PPE ainsi que le nombre de consultations, ont fortement augmenté à partir de la fin de l’année 2023, et ce, jusqu’en 2024. Entre le 1er janvier 2024 et le 15 avril 2024, 510 patient·e·s ont reçu leur première prescription de doxy PPE, représentant 24,5 % de l’ensemble des patient·e·s sous doxy PPE.
Parmi les 2083 personnes de la cohorte totale sous doxy PPE, 862 (41,4 %) présentaient des antécédents d’au moins deux diagnostics d’ITS au cours de l’année précédant l’initiation à la doxy PPE. Ces patient·e·s ont été divisé.e.s en quartiles pour comparer les premières et les plus récentes initiations de doxy PPE :
- le premier quartile, dite cohorte à initiation précoce, comprenait 521 personnes ayant commencé la doxy PPE le 12 octobre 2023 ou avant cette date,
- le quatrième quartile, dite cohorte à initiation tardive, comprenait 521 personnes ayant débuté la doxy PPE le 11 mars 2024 ou après cette date.
Au sein de la cohorte à initiation précoce de doxy PPE, 401 individus (soit 77 %) avaient reçu un diagnostic d’ITS avant le début de la doxy PPE, tandis que dans la cohorte à initiation tardive, 359 individus (68,9 %) présentaient un antécédent de diagnostic d’ITS. Ont aussi été évalués les diagnostics d’ITS dans les 12 mois précédant l’initiation de la doxy PPE et ont été observées des tendances similaires entre les deux cohortes. Un nombre significativement plus élevé d’individus de la cohorte à initiation précoce étaient séronégatifs pour le VIH (445/521) comparé à la cohorte à initiation tardive (411/521).
Afin d’évaluer l’utilisation de la doxy PPE à travers le temps et d’assurer une durée de suivi suffisante, les auteurs ont examiné les dossiers de 1115 patients (à savoir 53,5 % de la cohorte complète) pour lesquels la première prescription de doxy PPE avait été enregistrée au moins six mois avant l’analyse. Parmi les 1115 patients ayant initié la doxy PPE depuis au moins six mois, 366 ont retiré au moins une prescription de doxy PPE auprès de la pharmacie du Centre LGBT de Los Angeles. Dans cet échantillon du Centre, l’utilisation de la doxy PPE variait de 2 doses au total depuis l’initiation de la doxy PPE jusqu’à 24,6 doses de doxy PPE par mois. L’utilisation moyenne était de 5,24 doses de doxy PPE par mois. L’utilisation de la doxy PPE était significativement plus élevée chez les patients ayant reçu un diagnostic d’ITS avant l’initiation de la doxy PPE.
Estimation de l’efficacité de la doxy PPE
Les chercheurs ont évalué l’ensemble des tests de dépistage des ITS réalisés dans les six mois précédant et suivant la première prescription de doxy PPE chez les patients ayant au moins six mois d’utilisation de la doxy PPE. Ces 1115 individus présentaient 78 tests positifs pour la chlamydia, 358 tests positifs pour la gonorrhée, et 88 nouveaux diagnostics de syphilis au cours des six mois précédant l’initiation de la doxy PPE. Un test positif a été observé à la date de l’initiation de la doxy PPE chez 8,6 % des patients. Au cours des 6 mois suivant l’initiation de la doxy PPE, la réduction des résultats positifs a été de 86,4 % pour la syphilis (12 cas), de 89,7 % pour la chlamydia (9 cas), et de 54,7 % pour la gonorrhée (162 cas).
Dans la cohorte à initiation précoce, les chercheurs ont observé un grand nombre de tests positifs pour les ITS le jour de l’initiation à la doxy PPE, à savoir 69 diagnostics, contre 38 dans la cohorte à initiation tardive. L’infection à gonorrhée diagnostiquée au moment de l’initiation de la doxy PPE était significativement différente entre la cohorte précoce (45 diagnostics) et la cohorte tardive (24 diagnostics).
Tests de dépistage avant et après l’initiation à la doxy PPE
Dans cette cohorte de 1115 patients sous doxy PPE, 73 (6,54 %) et 82 (7,35 %) n’avaient effectué aucun test de dépistage de la gonorrhée/chlamydia ou aucun test RPR après l’initiation de la doxy PPE, respectivement. Les auteurs ont constaté que 59 des 73 patients (80,8 %) sans test de dépistage de la gonorrhée/chlamydia après l’initiation et 65 des 82 patients (79,3 %) sans test RPR après l’initiation n’avaient eu aucune visite supplémentaire pour la doxy PPE. Afin de vérifier que les résultats sur l’efficacité de la doxy PPE n’étaient pas dépendants d’une diminution du dépistage des ITS après l’initiation, les chercheurs ont donc réalisé l’analyse uniquement chez les patients ayant effectué des tests de dépistage des ITS après l’initiation de la doxy PPE.
Conclusion
Les auteurs de cette étude ont réussi à démontrer que la doxy PPE était hautement efficace pour la prévention des ITS en conditions réelles. La diminution des nouvelles ITS bactériennes chez les utilisateurs de doxy PPE était similaire à celle observée dans les études ANRS 174 DOXYVAC et DoxyPEP. De plus, ces nouveaux résultats concernant la réduction de la gonorrhée sont comparables à ceux de l’étude DoxyPEP menée à San Francisco/Seattle. La différence de prévalence des ITS antérieures entre les cohortes précoces et tardives suggère que l’expérience personnelle d’une ITS antérieure a pu jouer un rôle relativement plus important chez les premiers utilisateurs.
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XLG
