La microélimination est une stratégie qui consiste à atteindre progressivement l’élimination nationale par le biais d’initiatives permettant d’éliminer l’hépatite C dans des segments définis de la population – en particulier dans les groupes à risque, comme les personnes en situation d’itinérance ayant des troubles liés à la consommation d’alcool ou l’usage de substances. Le dépistage de l’ARN du VHC (ARN-VHC) sur place et le soutien par des pairs sont ainsi essentiels pour identifier et prévenir les infections par le VHC parmi les populations marginalisées, contribuant ainsi aux objectifs globaux d’élimination.
L’objectif de cette étude (Ryan, P., & al., JAMA Network Open, 2024) visait à évaluer les facteurs de risque, la prévalence et les tendances de l’infection active par le VHC parmi les personnes en situation d’itinérance (PSI) à Madrid (Espagne), pour la période 2019-2023. Les PSI étaient définis comme des personnes sans résidence fixe, régulière et adéquate pour la nuit – de manière générale les personnes qui vivaient dans la rue ou dans des refuges au cours des six derniers mois. Les participants ont donc été dépistés dans la rue (avec un véhicule adapté), dans des centres d’hébergement pour personnes sans domicile fixe (ou en situation d’itinérance) ou dans des institutions d’assistance sociale par exemple, via une unité mobile utilisant un test rapide d’anticorps anti-VHC (avec le test de dépistage OraQuick®, afin de détecter une infection au VHC active), suivi d’un test de l’ARN du VHC (via le test quantitatif Xpert® HCV Viral Load Fingerstick). L’intervention s’est concentrée sur des zones dites « à haut risque », à savoir des zones définies comme des lieux fréquentés par des individus à risque élevé de contracter une infection par le VHC – à savoir les PSI avec une consommation excessive d’alcool, les utilisateurs de drogues injectables (UDI), les personnes engagées dans le travail du sexe et les personnes migrantes.
Les données ont été analysées par la suite, à savoir entre janvier et juin 2024. Dans l’analyse effectuée, l’infection active par le VHC parmi les PSI constituait la principale mesure observée. Les facteurs de risque analysés incluaient : (1) être né en dehors de l’Espagne, (2) l’usage problématique d’alcool (trouble lié à l’usage de l’alcool), (3) l’absence de revenus financiers, (4) l’usage de benzodiazépines, (5) l’utilisation de drogues injectables (en comparant ceux qui n’ont jamais été UDI ou non-UDI, les UDI non actifs et les UDI actifs au cours de l’année précédente), (6) la participation à un traitement de substitution aux opiacés (TSO), et enfin (7) les comportements sexuels.
Facteurs de risque : UDI, absence de revenus financiers et consommation problématique d’alcool
Selon les résultats, 4741 individus ont été dépistés pour l’infection par le VHC. 2709 – d’âge moyen de 42,2 ans, dont 72,2 % étaient des hommes, étaient des PSI et ont donc été inclus dans l’analyse. Au total, 363 PSI (13,4 %) ont présenté des résultats positifs pour les anticorps anti-VHC, parmi lesquels 172 (47,4 %) ont obtenu des résultats positifs pour l’ARN-VHC. 148 sur 161 qui ont accepté un aiguillage au soins (91,9 %) ont commencé un traitement contre le VHC.
Dans l’ensemble, la prévalence de l’infection active par le VHC était de 6,3 %, et les principaux facteurs de risque associés à l’infection active par le VHC incluaient :
- l’utilisation de drogues injectables, englobant les UDI non actifs (rapport des cotes ajusté RCa = 10,9) et les UDI actifs au cours de l’année précédente (RCa = 27),
- l’absence de revenus financiers (RCa = 1,8)
- et la consommation problématique d’alcool (RCa = 1,8).
La prévalence de l’infection active par le VHC a été estimée en fonction de ces facteurs de risque séparément, avec des résultats montrant des taux significativement plus élevés parmi les participants ayant pratiqué l’UDI (pour les UDI non actifs, la prévalence était de 12,9 % et les UDI actifs, elle était de 26,2 %), ceux ne disposant d’aucun revenu financier (prévalence de 7,0 %), et ceux présentant une consommation excessive d’alcool (prévalence de 8,0 %). Il y a eu une diminution significative de la prévalence de l’infection active par le VHC dans toute la population entre 2019 et 2023, passant de 7,2 % à 3,4 %.
Conclusion
Pour conclure, dans cette étude transversale menée auprès de PSI à Madrid, l’utilisation de drogues injectables, l’absence de revenus et la consommation problématique d’alcool étaient les principaux facteurs de risque associés à l’infection par le VHC. La diminution significative des taux de VHC observée dans tous les groupes à risque au cours de la période d’étude suggère que les politiques de prévention ont été efficaces pour réduire la prévalence du VHC parmi la population itinérante.
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XLG
